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samedi 2 juin 2012

Haïti/ Publication éventuelle de la Constitution de 1987 amendée: de quels amendements s'agirait-il ?

Par Dr. Pierre Montès
Mises à jour, 4 juin, 20 juin 2012

À l'heure actuelle, personne ne sait quelle est la version authentique des amendements qui ont été votés par l'Assemblée nationale en mai 2011.

De plus, la 49eme législature avait-elle le pouvoir de modifier les amendements votés par la 48e législature ? Dans mon livre à moi, la réponse est NON.

Il faut repartir à zéro.

Il faut laisser vivre la Constitution de 1987 non amendée ([1], [2]) et attendre la fin de la 49e législature pour voter de nouveaux amendements.

La 49e législature devra voter de nouveaux amendements (qui peuvent inclure certains des amendements qui avaient été proposés par la 48e législature) à la fin de sa dernière session quelque part en 2015. Et la 50e législature qui succédera à la 49e en 2016, ne devra rien ajouter à/retrancher de ces amendements, pour ne pas répéter la même erreur que la 49e en 2011. De plus, le cheminement des documents contenant les amendements d'une instance à l'autre devra être sécurisé pour assurer son intégrité en tout temps, jusqu'à sa parution dans Le Moniteur.

Nous fournissons ci-après des liens vers quelques documents et quelques articles sur la question. Ce n'est pas un travail exhaustif, mais il donnera aux lecteurs une saveur de la chose.


1)      Rapport de la Commission Moïse à René Préval, juillet 2009 :



2)      Déclaration du corps législatif relative à l’amendement de la constitution de 1987, le 6 octobre 2009 :



3)      Amendements publiés dans le Moniteur  le 13 mai 2011 (deux liens vers des copies du même document):






4)      Kiskeya, samedi  4 juin 2011 :
5)      Mise au point du RNDDH le 27 octobre 2011 sur les erreurs de publication de la loi constitutionnelle amendée :



6)      Article d’Haiti-libre mai 2012/Graves conséquences en cas de publication des amendements. On trouvera dans cet article des liens vers le rapport de la commission Gourgue et vers l'avis de Mirlande Manigat :

       http://www.haitilibre.com/article-5761-haiti-politique-graves-consequences-en-cas-de-publication-de-la-constitution.html
7)      Article du journal Le Matin du 1er juin2012 :



8)      Monferrier Dorval, docteur en droit, prof à l’UEH opine (13 février 2012) :



9)  Article du Dr. Georges Michel (30 mai 2012) :
Analyse de la crise constitutionnelle et politique/lenouvelliste.com

10)    Amendement de la Constitution de 1987: Le rétablissement de la vérité par Robert Magloire, conseiller du Président Préval (mis en ligne sur sribd.com; lien ajouté ici le 20 juin 2012) :
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[1] Wikipédia/ La Constitution de 1987.
[2] haiti-reference.com/Texte intégral de la constitution de 1987.

vendredi 30 mars 2012

Haïti/ «Avec la Constitution de 1987 le pays sera in-gou-ver-na-ble.»

Par Dr. Pierre Montès


C'est ce qu'affirmait le Professeur Hubert De Ronceray en 1987, dans les jours qui ont suivi l'adoption de la Constitution par référendum le 29 mars 1987.

Le sociologue De Ronceray avait bien vu. Ses prédictions se sont révélées vraies pendant les 25 dernières années. Elles continueront de l'être dans le futur tant que cette constitution reste en vigueur, que ce soit sous sa forme amendée dans la confusion et suivant un processsus flou en 2011, que ce soit sous toutes autres futures formes amendées.

Je me rappelle très bien ces paroles du Dr. De Ronceray en 1987.

La Constitution a donc 25 ans. Vingt-cinq ans perdus à la violer parce qu'elle est une loi inapplicable et parce que les haïtiens, depuis 1804, ne se sont pas encore entendus de bonne foi sur une manière de faire fonctionner démocratiquement les institutions.

Il ne s'agit pas d'amender la Constitution pour tenter de l'améliorer. Elle est trop rigide et irréaliste. Il faut la rejeter et repartir à zéro: le régime semi-présidentiel, semi-parlementaire ne marche pas. Il faut un document plus simple et bien conçu: «Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément

Il faut donc écrire une nouvelle constitution plus claire, plus simple, plus courte, plus facile d'application et qui soit le fruit d'un consensus entre tous les haïtiens.

En Amérique, il y a deux régimes politiques: le régime présidentiel dans certains pays, le régime parlementaire dans d'autres (*). Haïti est le mouton noir de l'Amérique, voire le mouton noir du monde entier.

Dans le cas d'Haïti, j'aurais privilégié l'introduction d'un système parlementaire comme dans les antilles anglophones,ou comme au Québec. Mais Haïti n'est pas encore prête pour un tel système. Il lui faut donc un système présidentiel et, sans premier ministre, s'il vous plaît. 

Haïti regorge de belles têtes, hommes et femmes, qui sont plus utiles au reste du monde qu'à leur propre pays, qu'elles soient dans la diaspora ou qu'elles soient sur le terrain. C'est triste de faire un tel constat: je n'aime pas ça  «pantoute».

Et quand un haïtien veut changer les choses, les autres, voire presque tous les autres, se liguent contre lui. Un exemple actuel: le cas du Président Michel Martelly vs. le Parlement.

Le plus grand problème d'Haïti, c'est que chacune de ses belles têtes pense que c'est elle, et elle seule, qui doit être à la tête du pays pour qu'il soit «bien gouverné». Chaque belle tête pense que c'est elle, et elle seule, qui ait «la» solution aux problèmes d'Haïti. Et, au lieu de faire équipe avec les autres belles têtes pour faire avancer leur pays, quelle que soit la couleur (politique ou épidermique) du chef de l'État en fonction, chaque belle tête préfère faire obstruction aux actions du chef de l'État et de son gouvernement. Dans ces conditions, les puissances amies d'Haïti s'imposent comme arbitres, le surarbitre étant les États-unis d'Amérique. 

Il faudrait entamer des échanges entre haïtiens, initier un dialogue national, pour définir sans préjugés ce que l'on devrait faire pour qu'Haïti commence à fonctionner «comme du monde», c'est-à-dire, comme le reste de l'Amérique, comme le reste du monde.

Une bonne constitution (de préférence pas très longue) serait la pièce maîtresse, la clef de voûte (the keystone) dans cette marche d'Haïti vers la modernité en 2012.


En attendant, peut-être, faudrait-il que les puissances amies d'Haïti, les arbitres et le surarbitre, permettent au Président Martelly de se transformer, c'est-à-dire, de passer de l'homme mou («papa gâteau», «papa Pétion bon kè») à l'homme fort («papa Christophe pi di») qui n'ait pas peur de «fouetter» (2), comme des animaux, certains des parlementaires, c'est-à-dire, ceux qui se  comportent comme des dinosaures.

Pour écrire cette nouvelle constitution, il n'y a nulle doute dans mon esprit que Madame Myrlande Manigat, professeure, constitutionnaliste, serait la personne indiquée pour présider l'entité qui serait chargée de produire ce document.

Quant au dialogue national, le Président Martelly a toute la bonne volonté, toute l'énergie, toute la ténacité requises pour diriger/inspirer l'équipe qui serait chargée d'organiser les échanges haitïano-haïtiennes durant son quinquennat.

Les échanges constants entre l'équipe chargée d'écrire la nouvelle constitution et l'équipe chargée d'organiser le dialogue national seraient indispensables. 
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7 août 2011.

(2) Le mot «fouetter» est ici utilisé au sens figuré, c'est-à-dire, le sens qu'a le mot «fouetter» dans la bouche du brillant animateur de l'émission «C'est bien meilleur le matin» de Radio-Canada/radio, le morning man René Homier-Roy.

vendredi 5 août 2011

Haïti/crise politique/ Ce que dit réellement l'article 137 de la constitution de 1987

À l'attention des Parlementaires de la 49e législature...

ARTICLE 137:

«Le Président de la République choisit un Premier Ministre parmi les membres du parti ayant la majorité au Parlement. A défaut de cette majorité, le Président de la République choisit son Premier Ministre en consultation avec le Président du Sénat et celui de la Chambre des députés.
Dans les deux (2) cas le choix doit être ratifié par le Parlement.»


Nous avons mis en gras l'article indéfini «un» et l'adjectif possessif «son» et en avons augmenté la taille de leurs caractères pour bien attirer l'attention du lecteur.
Quand il n'y a pas de parti majoritaire au Parlement, aucun parti ne peu imposer un Premier ministre au Président de la république.
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Lien vers la constitution de 1987:
Haïti/Constitution de 1987

mercredi 27 juillet 2011

Haïti: Constitution quand tu nous tiens... !

NDCDP-Politique.- Bien qu'il date de quatre ans, le texte suivant est encore d'actualité.
Nous remercions Madame Emmanuelle Gilles de l'avoir partagé avec les internautes hier mardi 26 juillet 2011. Ce texte est cité dans le rapportde MM. Moïse et Hector sur la question constitutionnelle (1).

Source: lenouvelliste.com, 23 mars 2007
Par Me Serge H. Moïse av.
cabinetmoise@hotmail.com



Il y a environ vingt ans que la Constitution de 1987 était élaborée et promulguée dans une atmosphère d'euphorie collective. Les mises en garde de quelques voix autorisées furent vite isolées et étouffées sous les vivats d'autosatisfaction.

A peine quelques années plus tard, l'un de ses plus chauds artisans et promoteurs s'exclamaient les larmes aux yeux que cette dernière était la plus déchirée, malmenée, avilie, méprisée et violée. En effet, notre charte fondamentale depuis sa promulgation n'a jamais été appliquée ; quelques fervents partisans, profanes ou personnes avisées, mais de mauvaise foi, oubliant ou faisant d'oublier qu'une Constitution est un tout indivisible, ont le toupet d'avancer que notre loi mère aurait été appliquée en partie. Les férus de statistiques parlent d'application à dix ou quinze pour cent. On aura tout entendu !

Qu'aujourd'hui, il se dégage une velléité de se livrer à un exercice de réflexion sur le contenu et la portée de notre charte, ce n'est certes pas trop tôt et toute émotivité mise de côté, cela devrait se révéler de bonne augure pour la nation en devenir.

Des voix s'élèvent déjà dans différents secteurs pour exprimer davantage leurs appréhensions, leurs suspicions et leurs craintes, en lieu et place de suggestions novatrices. Alors que ce serait le moment idéal pour se parler franchement, sans faux-fuyants et de manière constructive.

La Constitution de 1987 est aujourd'hui âgée de vingt ans et, nous l'avons dit plus haut, elle n'a jamais été en application, le moins que l'on puisse faire est de réfléchir en toute honnêteté et objectivement, essayer de discerner ce qui en principe et en fait constitue des facteurs de blocage quant au développement politique, social et économique du pays.

Devons-nous envisager un amendement, une révision, une réforme ou le renouvellement de la loi mère ?

Il est évident que l'implication, la participation de tous les secteurs et composantes de la grande famille haïtienne s'avèrent indispensables et cette fois, espérons-le, au nom des intérêts supérieurs de la nation tout entière.

Point n'est besoin d'être grand clerc pour se rendre compte que notre charte fondamentale, élaborée dans les conditions et le contexte de l'après -Duvalier, si elle a consacré certaines des nobles aspirations de l'heure : Liberté de la parole, respect des droits et libertés, ne serait-ce qu'en théorie hélas, elle a aussi sombré dans les dédales de la mesquinerie improductive et rétrograde : exclusion des Haïtiens vivant à l'étranger, de ceux qui à tort ou à raison pouvaient être étiquetés comme étant des duvaliéristes zélés.

Rappelons pour l'histoire et la vérité que de nos vingt-deux textes constitutionnels, la plupart d'entre eux ont été faits sur mesure et dans l'intérêt d'un groupe ou d'une personne. Si l'occasion s'offre à nous pour enfin réaliser une oeuvre utile et nationale, c'est le moment plus que jamais où cette génération d'Haïtiens doit pouvoir s'élever à la dimension de sa tâche historique et grandiose afin de réaliser cette révolution culturelle susceptible de mettre le pays sur les rails du développement et du progrès.

Le caractère distinctif de notre époque est la lutte entre la politique et le droit, nous disait le Dr Fiore, est la lutte entre les intérêts temporaires et conditionnels des gouvernements et les principes stables du droit. Quant au Dr Niceto Alcala-Zamora, il nous rappelle que le progrès dans le droit consiste à ramener dans son domaine la solution des conflits, qui auparavant étaient soustraits à son empire. Il faut donc espérer, oeuvrer pour que dans cet Etat de Droit que nous avons la prétention de vouloir instaurer, le droit qui prime la force parviendra à primer la politique.

Notons que les spécialistes distinguent quatre types de Constitutions : les Constitutions-programmes, les Constitutions-lois, les Constitutions souples et les Constitutions rigides. La nôtre semble réunir deux de ces caractéristiques : elle se révèle une constitution-programme et d'une rigidité particulière, comportant un nombre excessif d'articles nettement en inadéquation avec notre réalité sociale, économique et culturelle, autant de difficultés d'application inhérentes à sa structure, son contenu et sa portée.

J. C. Dorsainvil définit le droit comme étant la faculté innée et inviolable qu'a l'homme de réaliser les fins pour lesquelles il a été créé. Toute politique nationale est nécessairement progressiste, ajoute-t-il. Aucune politique ne peut être progressiste si elle ne vise à répandre dans le peuple plus de lumière et plus de bien-être et à fortifier, avec la moralité, le sentiment du civisme et du patriotisme parmi les masses.

Edouard Laboulaye quant à lui affirme que la démocratie n'est qu'un mot si elle ne réside pas dans la souveraineté de l'individu. La première caractéristique du gouvernement démocratique est que le peuple administre ses affaires par l'entremise des mandataires qu'il se choisit librement et en connaissance de cause.

En connaissance de cause, est-ce toujours le cas en Haïti ? Selon Damasse Pierre-Louis, il est contradictoire que le peuple soit à la fois « misérable et souverain ».

Laissons parler J. C. Dorsainvil qui tenait ces propos, il y a déjà un siècle : Pour s'en tenir au niveau de ses intérêts, le peuple doit posséder certaines aptitudes sociales acquises par l'éducation et développées par la pratique des affaires. Parmi ces aptitudes sociales, il faut citer l'instruction qui a pour but d'éclairer ses choix, de lui inspirer le sentiment de ses droits et de ses devoirs.

De ce qui précède, il n'est pas dit qu'on ne puisse, quelle que soit la situation, faire l'apprentissage de la démocratie, encore faut-il que la Constitution et les lois de la République soient en adéquation avec la spécificité de la nation tout entière.

Le Président René Préval, dans son discours d'investiture pour son premier mandat, déclarait de façon péremptoire : Nous allons rétablir l'autorité de l'Etat. Or l'autorité dans l'organisation démocratique pour René Hubert, c'est une concentration, une synthèse de toutes les énergies émanées du corps social ; avoir conscience d'être un peuple, vouloir rester un peuple, mettre cette énergie, par la différenciation, dans un organe central, la voilà la source première et le secret de l'autorité politique.

Il n'est certes pas superflu de rappeler à nos parlementaires ce que Auguste Comte écrivait : « Le parlementarisme est un régime d'intrigues et de corruption où la tyrannie est partout et la responsabilité nulle part .» Il leur incombe donc à tous et à chacun d'entre eux de faire comprendre, tant sur le plan national qu'international, que les choses ont évolué et que, sous le ciel d'Haïti, les choses ont bel et bien changé.

La réforme en profondeur de la justice haïtienne s'avère aujourd'hui une impérieuse nécessité. Nos lois sont pour certaines inadaptées, d'autres obsolètes et pour cause, puisque nos codes, importés depuis 1836, ont rarement fait l'objet de mise à jour ; en matière de doctrine, la basoche haïtienne accuse une pauvreté pour le moins intolérable.

Il s'ensuit donc qu'il est temps pour l'Etat haïtien de mettre à pied d'oeuvre, et en permanence, la Commission de la Réforme du Droit qui regroupera : sociologues, historiens, économistes, juristes et autres compétences afin d'élaborer de manière scientifique, à travers des données fiables, le véritable Droit haïtien, en tenant compte bien sûr des paramètres régionaux et également de ceux de la mondialisation.

La justice élève une nation, elle est aussi le reflet de sa culture. La justice ne vit pas de scandales, elle en meurt. De toutes les corruptions intellectuelles, la plus nocive est celle de l'esprit juridique, car elle donne aux pires exactions une apparence de légalité. Dura lex, sed lex. Autant de phrases empreintes de grandeur et de noblesse. Pourtant aucune ne semble trouver une quelconque corrélation dans la première république nègre, toujours en quête d'orientation après deux cents ans d'indépendance.

Cette dichotomie doit disparaître du paysage haïtien pour faire place à l'instauration d'institutions bien structurées à l'intérieur desquelles des femmes et des hommes de qualité seront appelés sur concours et au mérite de sorte que le voeu de Montesquieu devienne ici aussi une réalité vivante pour que le pouvoir arrête le pouvoir dans la plus pure tradition républicaine.

Pour y parvenir et au cas où il se révélerait nécessaire de renouveler notre charte fondamentale, dans la perspective certaine que la prochaine sera religieusement respectée et appliquée à la lettre, pour le bien-être collectif, il faudra éviter à tout prix de violer celle-ci, même par consensus, faisant semblant d'espérer que celle- là ne le sera pas à son tour dans un avenir plus ou moins prévisible. Le renouvellement de la Constitution peut et doit être élaboré dans le respect de la doctrine et de la jurisprudence relatives au droit constitutionnel, autrement ce sera déjà le signe avant-coureur de la prochaine dérive institutionnelle.

Apportons cette fois-ci un démenti formel à Gustave D'Alaux qui avec mépris disait au siècle dernier : On doit rendre cette justice aux Haïtiens que s'ils font des Constitutions absurdes, ils excellent à les violer.

Soulignons à l'eau forte, si besoin était, les propos d'Anténor Firmin, qui, de son exil à St-Thomas, nous suggérait, pour le développement du pays, de mettre l'accent sur l'éducation, toujours l'éducation, encore l'éducation. Ce que confirme Michelet qui nous dit que l'éducation est la condition essentielle de l'évolution de toute société humaine (dans notre cas, une éducation axée sur les créneaux culturels haïtiens, avec, cela va de soi, ouverture sur le monde extérieur). A la question : Quelle est la première partie de la politique ? Il répondait : l'éducation . Et la seconde ? L'éducation. Et la troisième ? L'éducation et il ajoutait : J'ai trop vieilli dans l'histoire pour croire aux lois quand elles ne sont pas préparées, quand de longue date les hommes ne sont point élevés à aimer, à vouloir des lois... Faites des hommes et tout ira bien.

La Commission de la Réforme du Droit, pour doter le pays d'un pouvoir judiciaire indépendant, efficace et efficient, est incontournable, indispensable au développement de la nation sous toutes ses formes. Tractations et compromissions nous ont conduits là où nous sommes aujourd'hui, disons-le sans ambages au seuil de la faillite nationale.

Me Serge H. Moïse av.
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(1) Claude Moïse et Cary Hector : «Rapport sur la question constitutionnelle», scribd.com, 2009, 92 pages.

mardi 31 mars 2009

LA PORTE ETROITE

Par Jean-Claude Bajeux
Centre Œcuménique des Droits Humains
29 mars 2009

Au bout de vingt-deux ans, la Constitution de 1987 émerge toujours comme un point de référence pour la construction d’un état de droit, comme le chemin obligatoire pour un peuple en mal de démocratie. Elle survit parmi les soupirs, les cris et les angoisses d’un peuple livré au désordre des choses, aux appétits toujours renaissants des profiteurs, et à une situation de violence viscérale dans un climat de destruction et des relents acides de sang.
La Constitution de 1987 est-elle responsable de ce jeu de chaises musicales de gouvernements improvisés, cette débâcle d’un pays où toutes les initiatives semblent incapables d’établir l’ordre de la loi, les séquences du savoir, l’accès de tous au travail et à la sécurité, sans parler de la simple propreté des rues et des marchés ? Malgré le oui quasi unanime (1,268,980) des votants, cette Constitution n’a cessé de rencontrer, dans la pratique, des critiques acerbes : ce serait elle, par exemple, la responsable de l’instabilité.
Dès le départ, l’institution du CEP (Conseil électoral) a été la cible de gouvernement militaire (CNG). Il fallut des semaines de manifestations, avec ses blessés et ses morts pour que les militaires redonnent à cet organisme le rôle prévu pour l’organisation des élections («la seule autorité en matière électorale »).Cette concession ne fut qu’apparente. Des morts, ciblées, se succédèrent dont l’avocat Lafontant Joseph et Yves Volel. Ce dernier tenait entre ses mains la Constitution et sa toge d’avocat quand il reçut deux balles à bout portant devant le département de la police.
La première élection sous l’égide du CEP et de la Constitution, le dimanche 28 novembre 1987 avorta sous les coups de feu des militaires et les machettes des assassins à ruban rouge. A Port-au-Prince, la cible principale fut l’école Argentine Bellegarde, à l’impasse Vaillant, au haut de Lalue, où sont morts 24 votants (dont un couple revenu de diaspora spécialement pour voter), des membres du bureau de vote et 1 journaliste étranger. A travers le pays, l’armée «fit son devoir ». Il y eut plus cent morts et blessés. Les responsables de cette triste épopée ne furent jamais poursuivis. Les noms des victimes n’ont jamais été réunis. Hans Christoph Buch, globe-trotter infatigable, a publié un livre qui rassemble pour la postérité ses reportages sur des massacres qui ont marqué l’actualité mondiale de ces dernières années. On peut donc trouver dans « Archipel de la douleur » le récit de ce « Dimanche sanglant. Anatomie d’un massacre ».
Ce ne sont pas seulement les militaires qui s’opposaient à l’idée d’une institution indépendante souveraine en matière électorale. Ils avaient été rompus à l’idée que les militaires nomment les présidents et qu’il ne fallait jamais donner raison à un civil contre un militaire. D’autre part, alors que bien des pays d’Amérique Latine avaient développé un « Droit Électoral » et abouti à des Institutions indépendante et autonomes, les juristes haïtiens, jacobins, napoléoniens, acceptaient mal cette innovation juridique comme aussi la création d’un poste de Premier Ministre.
De gouvernement transitoire en gouvernement transitoire, de compromis à compromis, les règles, les procédures, les institutions prévues par la Constitution de 1987 ont été contournées. Le blocage de la justice continue. Il y eut pourtant un moment, l’élection du Père Aristide, le 18 décembre 1990, qui semblait marquer, enfin, l’étape de l’entrée en démocratie. Ce ne fut pas le cas, malheureusement, à la fois par une résistance sourde à l’idée même de démocratie et aussi, on le sait, parce que ce n’était pas le souci dominant de ces nouveaux responsables politiques.
D’où cette dérive vers une troisième dictature, l’attraction vers un pouvoir absolu, cette tragédie vécue par Dessalines et Christophe, et tant d’autres jusqu'à la pathologie exorbitante de Duvalier. Mais cette fois, ce fut une navigation, dans un style fantaisiste, dans une ambiance d’anarchie généralisée et, en fin de compte, dans une impuissance totale à balayer notre pas de porte. L’exode du peuple haïtien, prenant parfois l’allure d’un sauve-qui-peut a continué, continue et continuera, nous privant d’une masse de savoir-faire et de talents. Les bonnes intentions sont isolées et paralysées. L’espoir et la volonté de sortir de ce marécage, de cette histoire quotidienne, marquée de paralysie et fragmentée de deuils et de catastrophes ne se concrétisent pas. Tous les problèmes ont été dix fois analysés. Toutes les solutions ont été vingt fois proposées. Que peut faire encore la parole ? Le silence serait-il sagesse ? Qui sera à la hauteur de cette crise historique ?
Pourtant la Constitution du 29 mars 1987, avec parfois son langage imprécis, avec ses antinomies, avec le projet de certaines composantes administratives impraticables, continue cependant à nous tracer le chemin à suivre, le chemin des libertés, le chemin de l’Etat de droit, le chemin du développement. Il n’y en a pas d’autre. Pénétrer en démocratie. Appliquer une justice intégrale. Ouvrir le pays aux courants de modernité. Sortir de la solitude misérabiliste. Balayer la maison. Nettoyer la ville de ses fatras. Emmener nos enfants à l’école. Leur apprendre à chanter et à danser. Admirer le coucher de soleil sur la Gonâve. Vivre en paix. Participer à la création du futur. S’insérer dans la Caraïbe. Ouvrir les bras au monde. Réconcilier la terre et l’eau.
Mais cette porte que nous offre la Constitution de 1987 est une porte étroite. Pour passer cette porte, nous aurons à faire des choix, apprendre la séquence des désirs possibles, abandonner le vertige maléfique du pouvoir personnel. Au contraire, il s’agit de cerner la vie par des jalons qui indiquent les normes. Après ces 22 années dominées par l‘apparition en plein jour de tous les démons, la hantise de l’assiette au beurre et de la chasse des dissidents à coups de fusil, après ces vagues de destructions, des petits jeux des grands malins, ces années vécues sans plans pour le futur, sans calendrier et comme toujours sans comptabilité, où le pouvoir instaurait son théâtre et se trouvait envahi par la farce, une farce qui nous coûte cher, très cher, une farce mortelle, à tous les niveaux de la vie sociale et politique.
C’est par cette porte étroite qu’il faut entrer et suivre, sans tricher, les cheminements, les procédures, les obligations contenues dans la Constitution du 29 mars 1987 pour la réviser, dénouer le nœud de ses contradictions, raffermir et préciser son langage. Cela demande, comme on le sait, une suite d’opérations minutieuses et coûteuses : une élection sénatoriale dans 15 jours, la présentation des changements à effectuer le deuxième lundi de juin, de nouveau des élections en novembre, députés et sénateurs pour le rendez-vous du premier lundi de janvier 2010 afin de voter les articles remis à neuf.
Les bénéfices à tirer de ces exercices d’obéissance à la Constitution seront immenses. Car il est temps de travailler à consolider les choses au lieu de les aider à disparaitre. L’entrée en démocratie est à ce prix. Tout doit être fait pour que tout se fasse dans la conscience de notre responsabilité historique au delà de nos petites et grandes querelles de famille.
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NDCDP-Politique.-
Le texte ci-dessus est reçu du Professeur Adrien Bance.
Référence biblique: Matthieu, 7, 13-14
Les deux portes:
"13-Entrez par la porte étroite. Large est la porte, spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et nombreux ceux qui s'y engagent; 14- combien étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et peu nombreux ceux qui le trouvent."
La porte est assez large pour laisser passer un homme à la fois, à condition qu'il se soit dépouillé de tout ce qui pourrait l'empêcher de s’engager à travers la porte. S’il est rempli d’orgueil, la porte ne sera pas assez large et il sera incapable de la franchir.
Le titre rappelle aussi celui du récit d'André Gide:
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