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mercredi 8 juin 2011

Haïti/Début présidence Martelly/Entrevue du Professeur Gérard Bissainthe

Source: Présence haïtienne, revue haïtienne fondée à New York par Gérard Bissainthe en 1970.

Date: 1er juin 2011


Présence Haïtienne (1)
Professeur Bissainthe, cela fait très longtemps que vous n’êtes pas intervenu sur le Web. Vous vous retirez sous votre tente? Vous prenez du recul?


Gérard Bissainthe
Je me suis seulement imposé un temps de silence depuis le résultat des élections.


Présence Haïtienne
Ces élections ont donc été si importantes?


Gérard Bissainthe
Oui importantes surtout par le sens qu’elles ont en elles-mêmes. Depuis 1994, en effet, ce qui a été au pouvoir en Haïti c’est ce que beaucoup appellent la Gauche et que je préfère appeler la Gogauche. Pour la première fois depuis ces élections c’est un citoyen lambda, sans appartenance idéologique qui tient les rênes du pays. Cela constitue un changement qualitatif dans notre politique haïtienne. La Gogauche est morte.


Présence Haïtienne
Qui l’a mise à mort? Le nouveau président?


Gérard Bissainthe
Selon les apparences oui. Mais c’est plus profond que cela. D’ailleurs le nouveau président n’a pas livré une guerre ouverte à la Gogauche et son but n’a pas du tout été de la détruire. Disons qu’à la faveur des circonstances il a pris le navire à l’abordage.


Présence Haïtienne
Un coup d’Etat?


Gérard Bissainthe
Pour qu’il y ait coup d’Etat il faut qu’il y ait Etat. Comme depuis longtemps Haïti est sous tutelle, l’Etat dans ce pays est devenu une fiction juridique. Dans le “mangé-chin”, le “lucha libre” électoral auquel nous assistions depuis plusieurs mois le nouveau président s’était montré le plus “bandit” et il l’a emporté.


Présence Haïtienne
Ça vous satisfait?


Gérard Bissainthe
Satisfait serait un bien grand mot. Je ne suis pas masochiste.
Leu ou pa gain maman ou tété gran’n.
Il faut faire avec. Mais sans se bercer d’illusions.


Présence Haïtienne
Vous aviez écrit des choses très positives sur le candidat Sweet Micky devenu aujourd’hui président.


Gérard Bissainthe
Je les assume aujourd’hui encore. Il avait et a beaucoup d’atouts.
Le premier pour moi est qu’il a toujours été pour l’Armée indigène, à la différence de tous les soussous commandités de la Gogauche.
De plus, il parlait et parle beaucoup de langues:
1.- Il parlait et parle très correctement notre “parler haïtien existentiel” qui est un mélange pendulaire et ondulatoire de créole et de français: en effet, dans le même discours, le même paragraphe ou parfois la même phrase l’Haïtien normal passe constamment de l’un à l’autre sans aucun complexe et sans état d’âme. D’où l’absurdité de deux orthographes, l’une pour le français, l’autre pour le créole, alors qu’il s’agit de la même langue existentielle. Seuls les linguistes se forcent à parler et veulent imposer un créole prétendument intégral, mais qui est factice, ennuyeux, cabalistique, casse-pied et qu’ils prétendent originaire de Trou-lou-cou-cou.
2.- Il parlait et parle l’anglais qui est aujourd’hui la langue dominante dans le monde, y compris en France.
3.- Il parle sans doute l’espagnol
4.- Il parle la langue dite verte où les gros mots abondent et dans laquelle en France un Rabelais, grand humaniste, était passé maître.


Présence Haïtienne
Cette langue verte ne vous choque pas


Gérard Bissainthe
Si dans ma jeunesse j’avais utilisé le centième du langage pré-électoral et électoral de Sweet Micky devant ma mère, j’aurais reçu d’elle une “kal” magistrale dont j’aurais gardé un souvenir cuisant et éternel. Mais ma sainte mère est certainement aujourd’hui au ciel et nous sommes sur terre.
Il n’y a qu’une langue que ce candidat ne parlait pas, c’était la langue de bois.
Il était ouvert à tous, ne cherchant pas à faire l’ange pour aboutir à faire la bête. Bref l’antithèse de la Gogauche.


Présence Haïtienne
Ne craignez-vous pas qu’on dise demain que c’est vous qui l’avez dédouané.


Gérard Bissainthe
Avait-il besoin d’être dédouané? Après les élections de 1988, un jeune journaliste talentueux m’avait une fois interpelé bruyamment en public en ces termes: “Bissainthe, ça ou fait a pas bon. Sé ou qui dédouané Manigat.” J’avais effectivement, après son élection très controversée, demandé haut et clair, urbi et orbi qu’on se rallie à Manigat. Si on me reproche des dédouanages et qu’en réalité je mérite ces reproches, je les assume.


Présence Haïtienne
Mais qu’est-ce qui a changé avec la nouvelle présidence?


Gérard Bissainthe
Deux principes fondamentaux sont maintenant réellement acquis:
1.- le retour de l’armée indigène en lieu et place de l’armée étrangère (la Minustah), ainsi que l’exige l’essence même de la nation haïtienne définie à la proclamation de son indépendance en 1804 comme une nation libre et souveraine, ce qui implique que sur le territoire de la République d’Haïti la possession et l’usage de la forcée armée est un privilège exclusif des Haïtiens et de leurs représentants. Toute force armée étrangère, quelle qu’elle soit, sur le territoire d’Haïti est illégale et constitue un viol de la souveraineté nationale.
2.- Le reconnaissance de l’irrévocabilité, de l’indestructibilité naturelles en quelque sorte de la citoyenneté haïtienne d’origine qui résiste à toute citoyenneté secondaire obtenue par naturalisation, sauf en cas de renonciation explicite et formelle à cette citoyenneté haïtienne d’origine.


Présence Haïtienne
D’autres candidats acceptaient aussi ces principes.


Gérard Bissainthe
Mais seulement du bout des lèvres. Il était le seul des candidats à s’être trouvé dans le même camp que moi, à l’époque où je défendais la cause de la souveraineté nationale et de l’Armée Nationale en particulier dans mon journal LA NATION, avec des personnes courageuses, voire héroïques, comme feue Me Mireille Durocher Bertin, feu Dr Gérard Etienne, Carl Denis heureusement encore en vie après les ignobles vexations d’une prison où il fut maintenu sans aucun chef d’accusation, et bien d’autres auxquels je rends hommage ailleurs. En ce temps quasiment tout le monde crachait sur l’Armée, bouc émissaire de tous nos maux, ce qui automatiquement veut dire que presque tout le monde en ce temps demandait à cor et à cri et à genoux que des soldats étrangers viennent chez nous accomplir le “White Man’s Burden” de nous civiliser.


Présence Haïtienne
Maintenant que Michel Martelly est devenu président, que pensez-vous de lui?


Gérard Bissainthe
Tout d’abord j’avais tenu à dire, lorsque je soutenais sa candidature, que je n’avais demandé ni obtenu aucune garantie de sa part. Je ne suis lié que par moi-même. Etant de ceux qui ont aidé, peu ou prou, à mettre le satellite gouvernemental sur orbite, je ne peux être indifférent à son sort. S’il échoue, ce sera aussi un peu mon échec. Je ferai pour lui ce qu’en 1986 je recommandais à tous de faire pour le CNG dirigé par le General Namphy, à savoir de lui apporter appui et critiques positives.


Présence Haïtienne
Vous appuyez donc ce Gouvernement?


Gérard Bissainthe
Oui. Et nous devrions tous le faire. Ceux qui veulent repartir pour un “raché man-yoc” sont des irresponsables.


Présence Haïtienne
Que pensez-vous de certaines critiques qui lui sont faites?


Gérard Bissainthe
Lesquelles ?


Présence Haïtienne
Par exemple, on reproche au nouveau Président, d’être trop “chaud” dans le sens créole du terme, trop impatient d’agir.


Gérard Bissainthe
Il s’est justifié en disant qu’il devait rattraper le temps perdu du fait qu’il aurait dû être au pouvoir depuis le 7 février. Il me rappelle le Père Foisset, un de nos éducateurs spiritains méritants du College Saint-Martial dans la décennie 1940 qui commençait le premier cours de l’année scolaire en classe de Rhétorique par ces termes: “Prenez vos plumes. Prenez vos cahiers. Nous n’avons pas de temps à perdre: nous sommes en retard sur le programme.” Je n’aurais pas commencé comme lui. Mais chacun son style.


Présence Haïtienne
Qu’auriez-vous fait à sa place?


Gérard Bissainthe
Ayant beaucoup appris de ce maître exigeant, qui fait payer très cher ses leçons et qu’on appelle l’Expérience, j’aurais commencé par prendre mon temps, car le pays ne va pas se sauver. Et ses problèmes non plus; ce qui serait trop beau. Je n’aurais posé aucune action publique avant d’avoir mis sur pied mon propre cabinet, dût-il être purement officieux. Ce qui me dérange c’est que le Gouvernement annonce chaque jour des mesures, entreprend chaque jour des actions sans être encore effectivement et formellement à la barre du pays. Tous les actes que le Président pose actuellement devraient normalement être posés plutôt par son Premier Ministre. Comme le Premier Ministre doit être ratifié par un Parlement qui ne lui est pas acquis, un conflit se prépare et éventuellement un blocage gestionnel, au cas où un compromis ne peut être trouvé. D’ores et déjà le Président doit savoir sur quoi il va s’appuyer pour mener sa barque. Or voici les forces en présence:
a.- La Communauté Internationale
b.- L’Establishment
c.- Le Parlement
d.- Le peuple de la base, ce qu’en anglais on appelle les “Grassroots”.
Il faudrait ajouter une quasi force politique constituée par les Media. On remarquera que je n’ai pas mentionné l’Armée, car l’Armée n’est pas une force politique. L’Armée n’est qu’un outil incontournable, strictement au service d’une des quatre forces politiques ci-dessus mentionnées. Jusqu’ici Communauté Internationale, Establishment, Parlement ont fait bon commerce. Or le nouveau Président a été élu grâce au support du peuple de la base séduit par la flute d’Orphée, ce qui veut dire qu’il ne pourra gouverner qu’avec le peuple de la base. Il est ainsi menacé du même écueil, du même piège qui a fait tomber ou qui a paralysé Aristide: élu par le peuple, ce dernier a été prisonnier de l’Establishment, dont il a fait le jeu en supprimant lui-même l’Armée indigène, l’outil indispensable pour tenir en main l’Etat.


Présence Haïtienne
Que conseilleriez-au nouveau Président?


Gérard Bissainthe
Plutôt que de parler de conseils, je préfère faire une analyse qui vaut pour quiconque accède au pouvoir surtout la première fois. Au début la première sensation, je dis bien sensation, est que le pouvoir c’est la puissance. On croit qu’on peut tout faire et on ne comprend pas que ceux qui sont passés avant n’ont rien fait ou n’ont pas fait grand-chose, du moins selon son propre jugement. A la fin ou vers la fin on fait la constatation de ses limites et on dit comme De Gaulle dépassé par l’Affaire Ben Barka: “Le pouvoir c’est l’impuissance.”


Présence Haïtienne
Que pensez-vous du projet présidentiel de résoudre une fois pour toutes le problème de notre école primaire?


Gérard Bissainthe
C’est beau, noble, généreux, sympathique. La grande question est comment? Déjà nous sommes enlisés dans l’impasse d’un enseignement en créole qui est le sommet de l’obscurantisme. Alors qu’il faut armer nos masses de langues qui débouchent sur le savoir universel, comme le français, l’anglais, l’espagnol, en profitant de la faculté naturelle de l’enfant à absorber n’importe quelle langue entre 4 et 7 ans environ, passer son temps à l’initier à un créole qu’il connaît déjà, qu’il ne perdra jamais, c’est de la folie douce et une vraie conspiration pour maintenir les masses dans une médiocrité destinée à les empêcher d’aller faire concurrence aux enfants des élites économiques et sociales qui, elles, sont très vite multilingues et tiennent le haut du pavé dans notre nation et souvent même hors de notre nation. Les linguistes sont des criminels sociaux conscients ou inconscients. Il faut d’abord savoir quelle école primaire? Puis vient le problème de l’argent: qui va financer cette école primaire? Si ce doit être encore le “Blan”, forget it.


Présence Haïtienne
Vous auriez donc tendance à rejeter ce projet parce que trop ambitieux.


Gérard Bissainthe
Pas du tout. Il faut surtout l’axer sur la seule source d’argent national qui est encore quasiment inentamée: notre Diaspora.


Présence Haïtienne
Elle est déjà très sollicitée.


Gérard Bissainthe
Oui, mais à peine au dixième de ses moyens.


Présence Haïtienne
Le nouveau président se dit pour la Diaspora.


Gérard Bissainthe
Je le crois sincère lorsqu’il le dit. Il faut reconnaître que c’est sous sa présidence, coïncidence heureuse, que la multinationalité a fini par être acceptée dans un amendement constitutionnel, pour lequel le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger sous la houlette de son Ministre sortant Edwin Paraison s’est vaillamment battu.


Présence Haïtienne
Mais le nouveau Premier Ministre pressenti a annoncé qu’il allait mettre fin à ce Ministère des Haïtiens de l’Etranger. Vous devez vous-même ressentir cela comme la mort de votre propre bébé, car c’est vous qui avez conçu et mis sur pied le Commissariat Général des Haïtiens d’Outre-Mer, la première mouture du MHAVE.


Gérard Bissainthe
C’est exact. Le PM pressenti va un peu trop vite à l’ouvrage, à mon avis. S’il est, lui aussi, “en retard sur le programme”, cela laisse prévoir que son programme va être dévastateur. L’herbe risque de ne pas repousser sous les pas de son cheval. Supprimer le MHAVE, comme cela, d’un revers annoncé de la main, alors que la Diaspora maintenant citoyennement libérée, peut enfin donner sa mesure, serait, à mon avis, une grave erreur. Il faut plutôt le refondre, ce qui ne peut se faire qu’en concertation avec la Diaspora elle-même. A mon, avis, il faut laisser le statu quo, jusqu’à ce que cette concertation puisse être bien mûrie, bien ficelée et bien réalisée.


Présence Haïtienne
Que pensez-vous donc alors de ce PM pressenti?


Gérard Bissainthe
Je ne le connais pas. Ceux qui m’en parlent m’en disent plutôt du bien.


Présence Haïtienne
Certains veulent l’écarter des raisons dites constitutionnelles, du fait qu’il a été consul honoraire de la Jamaïque.


Gérard Bissainthe
Il y a des gens qui m’amusent. La solution de la Minustah équivalait en elle-même à mettre la constitution en petits morceaux et à l’enterrer. Sous prétexte de la sauver, bien sûr. Et voilà que devant un prétendu accroc, objet de contestation, à une Constitution zombifiée, ils se dressent toutes plumes dehors, le couteau entre les dents, pour défendre notre Charte Nationale qu’ils disent en péril. Jésus-Christ parlait de ceux qui avalent le chameau et filtrent le moustique. Quand le salut du pays est en jeu, il faut savoir faire passer l’esprit de la loi avant la lettre de la loi. Si le PM pressenti a les qualités requises pour faire le travail, nous devons l’accepter.


Présence Haïtienne
Alors la nouvelle présidence est-elle bien partie?


Gérard Bissainthe
Bien serait beaucoup dire. Mais au moins elle est partie autrement, décidée à explorer des champs nouveaux hors des sentiers battus des Gogauchards qui se sont fait une spécialité de l’exploitation du pire et de la distillation de l’ennui.


Présence Haïtienne
Votre pronostic?


Gérard Bissainthe
Il est trop tôt pour en faire un. Je les regarde encore courir.


Présence Haïtienne
Pourriez-vous nous parler la prochaine fois de votre conception de ce que doit être une nation?


Gérard Bissainthe
Très volontiers.


Présence Haïtienne
Merci, Professeur Bissainthe, pour avoir bien voulu répondre à nos questions.


Gérard Bissainthe
C’est à moi à vous remercier.


1er Juin 2011
www.presencehaitienne.com
_______________________________________


(1.-) Pour la commodité du discours je présenterai désormais certaines de mes interventions sous la forme d’une interview par “Présence Haïtienne” qui est une revue que j’avais fondée à New York en 1970. (Note de Gérard Bissainthe)

lundi 18 avril 2011

Michel Martelly songe à amnistier Duvalier et Aristide

Source: cyberpresse.ca, 18 avril 2011 à 07h08

Par Vincent Marissal
La Presse

Le nouveau président d'Haïti, Michel Martelly, ne prendra pas de décisions précipitées dans le cas des anciens présidents Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, mais il songe à leur accorder une amnistie dans le but, dit-il, de favoriser le processus de réconciliation dans son pays durement éprouvé.
Dans une entrevue exclusive à La Presse, via Skype, le populaire chanteur qui deviendra officiellement président dans les prochains jours, dit avoir un «plan pour l'avenir, pas pour le passé», tout en précisant qu'il respecte la douleur des victimes de ces régimes.

Cette position risque de faire des remous, en particulier auprès des centaines de Québécois d'origine haïtienne qui ont dû fuir leur pays pendant les années Bébé Doc (de 1971 à 1986), le plus souvent après avoir été arrêtés, torturés, menacés. Ces gens s'organisent pour faire condamner l'ancien dictateur, une démarche soutenue, notamment, par l'organisme Human Rights Watch.

On accuse Jean-Claude Duvalier d'être responsable de milliers de morts et de disparitions. À son retour à Port-au-Prince, en janvier, il a été accusé formellement de corruption et de détournement de fonds. Il a toutefois été relâché.


En entrevue, le président Martelly promet par ailleurs de mettre fin à des décennies de corruption et de gaspillage pour redonner confiance à son peuple et à la communauté internationale.

Il appelle en outre la diaspora haïtienne à revoir sa relation avec la mère patrie et reconnaît que les dirigeants de son pays ont cruellement manqué à leurs obligations dans le passé.

Voici, en blocs distincts, résumant les immenses défis qui se dressent devant Haïti, les réponses, le plan et la vision de son nouveau président.

1. Reconstruire le pays

Avant le tremblement de terre de janvier 2010, Haïti représentait déjà un défi incommensurable. Alors, maintenant, avec la dévastation en plus, peut-on encore y croire? Par où commencer?

«Les priorités sont multiples, reprend M. Martelly. On parle d'éducation, de relocalisation de ceux qui vivent sous les tentes, de la relance agricole, de la faim, de la crise alimentaire, de l'accès inexistant à la santé...

«Pour moi, le plus important, c'est de parler de la confiance qui n'existe plus entre la population et l'État et avec les partenaires d'Haïti. Il est impératif de rétablir cette confiance de telle sorte que l'on donne courage et force à la population. Redonner aussi confiance aux amis et partenaires d'Haïti parce que ça fait longtemps qu'ils se penchent sur la cause haïtienne et, malgré tout, on tarde à voir des résultats. On se demande même si c'est fait exprès. Et finalement on a réalisé que c'est le leadership haïtien qui n'a jamais donné la priorité aux intérêts d'Haïti, qui n'a jamais voulu donner ce développement durable, ce qui fait que l'on doit aujourd'hui vivre d'assistanat.»

Et que dites-vous aux Québécois qui pensent que ça ne vaut plus la peine de donner de l'argent à Haïti, que c'est un trou sans fond?

«D'abord, je leur dis merci d'avoir essayé, d'avoir fait ça avec leur coeur. Je connais bien l'amour que les Québécois et les Canadiens ont pour Haïti et je comprends aussi leur déception, parce qu'ils voudraient tous voir Haïti changer un jour.

«Je veux leur dire qu'Haïti va changer.

«Je veux voir Haïti progresser et non plus seulement collecter de l'argent. Cela m'intéresse beaucoup plus d'inviter les partenaires à faire des dons d'infrastructures, des hôpitaux, des centres de santé, des bibliothèques, de la machinerie agricole et mettre sur pied une structure de contrôle. Je suis beaucoup moins pour l'argent que pour les résultats.»

«On apporte une garantie: nous avons la bonne volonté. Sous ma présidence, la corruption ne sera pas de mise (...). Je vous garantis des résultats.»

2. Reprendre sa place et ses responsabilités

Qui doit diriger le colossal effort de reconstruction? La communauté internationale, Bill Clinton, le gouvernement haïtien?

«C'est le gouvernement haïtien qui doit mener, qui doit prendre sa place dans la reconstruction. Haïti est un pays libre et indépendant et a un président fraîchement élu. Il s'agit de donner la priorité aux besoins de la population.

«Il y a eu des doutes par le passé et parfois, par manque de confiance, on a même décidé pour Haïti. L'opinion des Haïtiens n'a pas toujours compté. Même au sein de la CIRH (Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti), la représentation haïtienne était presque inexistante. Les projets sont choisis par la partie étrangère. Les Haïtiens ont été le problème par le passé, mais maintenant c'est une nouvelle approche. On est conscients d'être allés à reculons.»

3. Trop d'ONG, trop peu de surveillance

«La communauté internationale a tout essayé pour aider Haïti, mais malheureusement, la corruption, le manque de transparence, le manque de cadre. Ça n'a pas toujours marché, ce qui a donné naissance à cette vague d'ONG qui sont sur le terrain et qui reçoivent beaucoup plus d'argent que l'État haïtien.

«Ce qui fait que les institutions sont faibles et que les ONG ont beaucoup d'argent. Malheureusement, elles ne répondent à personne, on ne leur pose pas de questions et elles agissent comme elles lde veulent dans n'importe quelle zone. Il faudrait blâmer l'État parce qu'il autorise les ONG. L'État aurait pu au moins superviser ces ONG et s'assurer qu'elles oeuvrent dans des endroits bien précis et que leurs programmes intègrent un plan national. Je blâme le leadership haïtien et le manque de volonté et de transparence. Cela va changer dès que nous serons installés.»

4. Les cas Bébé Doc et Aristide

Que faire des anciens présidents Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide récemment rentrés au pays, ravivant de douloureux souvenirs dans la population en plus de soulever des questions juridiques cruciales? Doit-on les arrêter et les juger pour les exactions et les fraudes commises sous leur présidence?

«Leur cas n'est pas aussi particulier que vous le pensez. La Constitution d'Haïti ne prévoit pas l'exil. Alors, ils sont bel et bien chez eux et je leur dis bienvenue. S'ils ont eu des problèmes ou s'ils ont mal agi par le passé, cela a à voir avec la justice.

«Je leur dis bienvenue et nous prônons la réconciliation et l'inclusion. Il ne s'agit pas de prôner l'idéologie. Mon gouvernement a un plan pour l'avenir. J'ai toujours évité de planifier sur le passé. Je dirais tout simplement que nous pourrons éventuellement penser à ça (l'amnistie) dans la mesure où ceux qui ont été blessés dans le passé comprennent la nécessité de se réconcilier. Avant de penser à ça, il faut faire un travail de sensibilisation et de réconfort pour comprendre les victimes et respecter leurs sentiments.

«Donc, on ne s'empressera pas de prendre des décisions, mais la tendance veut que je penche du côté de l'amnistie et de la clémence, de sorte que l'on puisse penser à demain et non pas au passé. Mais il faudra toujours tenir en compte du passé pour ne pas répéter les erreurs.»

5. Un nouveau rôle pour la diaspora

«La diaspora haïtienne envoie plus de 1 milliard et demi par année à des proches restés au pays. Un «apport considérable», mais mal dirigé et peu efficace.

«Cet argent arrive à coups de 100$ par personne ou 200$ par semaine. Il n'est pas utilisé pour des projets qui apporteraient le développement durable dans certaines villes. Je propose de créer une équipe qui prendra contact avec la diaspora, représentée elle aussi par une équipe, et ces deux équipes pourront travailler ensemble à des projets qui apporteraient du développement durable.

«La diaspora a un rôle à jouer. Elle doit revenir chez elle. Elle a eu peur de revenir à cause de l'insécurité. Le premier rôle serait d'être les premiers touristes, dont on a tellement besoin. Elle pourrait donner l'exemple. Elle pourrait aussi venir avec des projets solides qui puissent faire une différence. Il ne s'agit pas de payer l'écolage (NDLR: droits de scolarité) des petits ou d'envoyer 100$ pour la mangeaille.

«Parce qu'à ce moment-là, on ne voit pas les faits de cet apport. Je suggère que cette diaspora se constitue en force et que cela donne quelque chose de tangible.»

6. Message au prochain premier ministre canadien

«Il y a toujours eu une histoire d'amour entre Haïti et le Canada et je souhaite que le prochain premier ministre s'assure que les relations restent les meilleures. Je vous dis en plus merci pour toute l'assistance que votre pays a apportée par le passé et nous allons travailler à ce que vous ne regrettiez plus d'avoir fait tous ces efforts pour Haïti.»

samedi 9 avril 2011

Haïti-élections 2010-2011: Mirlande Manigat a bien raison de protester et devrait même contester !


Par Dr Pierre Montès, LCDP-Politique, 9 avril 2011


Introduction


Il est anormal que le pointage de la candidate du RDNP, Mirlande Manigat n'ait pratiquement pas augmenté et soit resté le même au second tour qu'au premier (31,57%au premier tour; 31,74% au second).

De même, il est anormal que le pointage du candidat de Repons Peyzan, Michel Martelly soit passé de 22,23% au premier tour à 67,57% au second.

En effet, une interprétation des résultats du second tour publiés par le CEP le 4 avril dernier serait que quasiment 100% (99,64%) des électeurs qui auraient voté au premier tour pour un candidat autre Marlelly et Manigat, soient allés voter pour Martelly au second tour, si l'on suppose évidemment que tous ceux qui ont voté pour Manigat au premier ont encore voté pour Manigat au second et que tous ceux qui ont voté pour Martelly au premier tour ont encore voté pour Martelly au second.


Considérations liminaires-les résultats des huit présidentielles françaises à deux tours (1965-2007) (*)

Une situation semblable s'est présentée en France en mai 2002 quand Jacques Chirac affrontait Jean-Marie Le Pen au second tour. En effet, au premier tour, parmi 16 candidats en lice, Jacques Chirac, président sortant, était classé premier et avait récolté 19,88% des voix, suivi de Jean-Marie Le Pen qui avait réussi à ammasser 16,86% des voix, devançant étonnamment le brillant Lionel Jospin, candidat socialiste ! Au second tour, pour réparer leur erreur de jugement du premier tour, les français avaient reconduit, malgré eux, Jacques Chirac à la présidence: Jean-Marie Le Pen n'a pu gagner qu'un peu moins d'un pourcent de plus (soit 17,79%), tandis que Jacques Chirac a vu son pointage s'élever à 82,21%! Une interprétation de ces résultats serait que 98,5% des électeurs français qui n'avaient voté ni pour Le Pen, ni pour Chirac au premier tour, étaient allés voter pour Chirac au second tour; et seulement 1,5% de ces mêmes électeurs qui n'avaient voté ni pour Chirac ni pour Le Pen au premier tour, avaient alors voté pour Le Pen au second tour.

Le Tableau 1 suivant montre les résultats des deux tours des huit présidentielles françaises, depuis que le suffrage universel direct est utilisé dans ce pays pour élire le Chef de l'État.



Tableau 1.- Compilation des résultats des huit présidentelles françaises (1965-2007).

La dernière colonne du Tableau 1 contient un facteur que j'ai nommé alpha. Le facteur alpha exprime, pour un candidat donné (1er ou 2e au premier tour), la proportion des électeurs qui ont voté pour lui au second tour et qui n'avaient pas voté pour les deux premiers candidats au premier tour.

Des huit élections présidentielles françaises, trois présentent un candidat qui, comme Martelly était arrivé second au premier tour et a gagné au second tour. Ce sont:

1) Valéry Giscard d'Estaing (1974).- Il est classé 2e au premier tour avec 32,60%; il réussit à se mettre au premier rang au second tour avec 50,81%, avec un facteur alpha égal à 0,754, battant ainsi son puissant rival, François Mitterrand par un écart historique de 0,39%! Je me souviens encore aujourdd'hui de cette fameuse journée de mai 1974, discutant avec des camarades étudiants à la FDS (Auguste Paquiot, Hernst-Clémenceau Pierre-Antoine, Rosemond Pradel et d'autres).

2) François Mitterrand (1981).- Il est classé 2e au premier tour avec 25,85%; il réussit à se placer au premier rang au second tour avec 51,76%, avec un facteur alpha égal à 0,565, battant ainsi son rival, Valéry Giscard d'Estaing, président sortant par un écart de 3,52%.

3) Jacques Chirac (1995).- Il est classé 2e au premier tour avec 20,84%; il réussit à se placer au premier rang au second tour avec 52,64%, avec un facteur alpha égal à 0,569, battant ainsi son rival, Lionel Jospin par un écart confortable de 5,28%.

Ces trois hommes, Giscard d'Estaing, François Mitterand et Jacques Chirac étaient des politiciens aguéris qui, malgré tout n'ont pu vaincre leur adversaire au second tour qu'avec un pourcentage compris entre 50,80% et 52,65%, et, avec un facteur alpha compris entre 0,56 et 0,75.


Quelques considérations sur les présidentielles haïtiennes 2010-2011

Le Tableau 2 ci-dessous montre les résultats des deux tours des présidentielles haïtiennes. On y voit que la candidate Mirlande Manigat a pratiquement le même pointage au premier tour qu'au second tour (31,57% au 1er tour; 31,74% au 2e). Son rival, Michel Martelly est, quant à lui, passé de 22,23% au premier tour, après un repêchage au forceps réalisé de justesse par les Docteurs et experts de l'OEA (on s'en souvient), à un poucentage fracassant de 67,57% au second tour. Selon les chiffres préliminaires, publiés par le CEP le 4 avril dernier, Michel Martelly est donc le président élu d'Haïti. Selon ces mêmes résultats, comme l'indique le Tableau 2, dernière colonne, le facteur alpha pour Martelly s'établit à, tenez-vous bien, 0,9964! Ce facteur, pour Mirlande Manigat, 0,0036, est donc tout petit et même plus petit que celui obtenu par Le Pen, 0,015, en France au deuxième tour des présidentielles de 2002! On peut comprendre le facteur alpha obtenu par Le Pen en 2002, mais pas celui attribué à Manigat en 2011 en Haïti.

Le facteur alpha égal 0,0036 attribué à Mirlande Manigat signifierait, s'il n'y avait aucunes fraudes au deuxième tour, que presque tous les électeurs qui auraient voté pour les 17 candidats autres que Martelly et Manigat au premier tour, le 28 novembre 2010, seraient allés voter (1 personne, 1 vote) effectivement pour Martelly au second tour, le 20 mars dernier! Cela n'a aucun sens. Mirlande Manigat n'est pas Jean-Marie Le Pen. Il n'y a pas de similitude possible, pouvant se traduire en termes de alpha, entre Manigat et Le Pen. Ce ne sont pas seulement 32% des électeurs qui, à travers le pays, scandaient ces paroles typiquement haïtiennes:« Banm manmanm, banm manmanm! ». C'est, sans aucun doute possible, beaucoup plus que 32%.

Martelly a peut-être gagné, mais à beaucoup moins que 67,57%; Manigat a peut-être perdu, mais à beaucoup plus que 31,74%.

Martelly a peut-être perdu par 47,04%; Manigat a peut-être gagné par 51,28%. Ce sont les chiffres qui circulaient sur le Web depuis jeudi soir 31 mars juqu'à très tard dimanche soir. Avec ces chiffres, le facteur alpha aurait été 0,4427 pour Mirlande Manigat et 0,5573 pour Michel Martelly, ce qui constitue une variante possible de la réalité que nous ignorons à ce jour.



Tableau 1.- Résultats des présidentelles haïtiennes (2010-2011).


La candidate défaite, Mirlande Manigat a vivement protesté contre les modifications introduites dans la base de données au centre de tabulation des votes sur ordre du président du Conseil électoral provisoire, M. Gaillot Dorsainvil. Mais, elle dit ne pas contester les résultats.

À la lumière de l'interprétation du facteur alpha défini ci-dessus, et, sachant que des milliers de procès-verbaux (près de 1728, selon The Miami Herald) avaient été mis en quarantaine pour fraudes et irrégularités par les techniciens du centre de tabulation, il est possible de penser que le gagnant ou la gagnante du second tour ait récolté entre 51 et 52% des voix et non 67,57%. Pour le savoir, il faudrait, peut-être qu'un groupe d'experts indépendants se penchent rapidement sur la question et en informer le CEP et la nation, avant le 16 avril 2011, date de la publication officielle des résultats définitifs des élections.

Il faut aussi noter que le CEP avait rendu le processus de tabulation très opaque, contrairement aux élections de 2006 où les opérations du centre de tabulation étaient rendues publiques quotidiennement par le directeur d'alors, M. Jacques Bernard.

Sur la base de l'analyse ci-dessus qui repose entre autres sur le facteur alpha, étant donné la popularité de Mirlande Manigat, étant donné le prestige et la sympathie dont elle jouit dans tous les mileux en Haiti, il est logique de penser, jusqu'à preuve du contraire que les 31,74% que lui a attribué le CEP, à la suite des changements introduits in extremis dans la base de données du centre de tabulation, ne correspondent pas à la réalité. Le CEP devrait chercher à faire la preuve à la population, et, à toutes celles et tous ceux qui ont voté pour Mirlande Manigat, que cette dernière a gagné ou perdu les élections avec le vrai pourcentage de votes (inconnu pour l'instant et à déterminer) qu'elle a obtenu le 20 mars 2011.

Qui auraient peur que Mirlande Manigat soit élue présidente d'Haïti: une frange des gens d'affaires haïtiennes et/ou étrangères ? une frange importante de la société haïtienne elle-même qui ne serait pas encore prête pour se laisser diriger par une femme ?
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(*) Résultats élections présidentielles en France: france-politique.fr

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Dernière mise à jour, dimanche 10 avril 2011, 08h07

jeudi 24 mars 2011

Haïti/Deuxième tour présidentielles 2011/Simulation conditionnelle des résultats (tentative no. 1)


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Par Dr. Pierre Montès
LCDP-Politique, 24 mars 2011

Une simulation est une variante possible de la réalité.

Selon cette simulation, la candidate Mirlande Manigat obtiendrait 52,6% des voix et le candidat Michel Martelly, 47,4% des voix.





Le CEP n'ayant pas encore commencé à publier les résultats préliminaires du deuxième tour des présidentielles 2011, nous avons procédé à une estimation basée sur les pourcentages avancés par les Alliés de la candidate du RDNP pour sept des dix départements géographiques du pays au cours de leur conférence de presse du 23 mars 2011 (1).

Pour les trois autres départements, les pourcentages mesurés par le dernier sondage BRIDES (17 mars 2011) ont été utilisés pour fin de simulation.

Selon cette simulation, la candidate Mirlande Manigat obtiendrait 52,6% des voix et le candidat Michel Martelly, 47,4% des voix.

Au moment d'écrire ces lignes, nous apprenons que le CEP a révisé le nombre d'électeurs potentiels sur la base d'une étude récente de l'OEA qui établit le nombre d'électeurs décédés à 432 347. Ainsi, le nombre d'électeurs potentiels passe de 4 712 693 à 4 290 540, selon le CEP (3). Nous notons que la différence entre ces deux nombre est de 422 153 et non 432 347. Le CEP n'a pas fourni d'explication pour justifier cette apparente inconsistance. De même la répartition des électeurs décédés par département n'est pas indiquée. On suppose que ces décès soient principalement concentrés dans l'OUEST et le SUD-EST (à cause du séisme du 12 janvier 2010 qui a affecté surtout ces deux départements du pays). Nous n'avons pas tenu compte de ces nouveaux chiffres dans la simulation, mais ils sont mentionnés au bas du tableau ci-dessus. De toutes facons, cela ne changera pas de façon sensible les pourcentages simulés pour les deux candidats et ne renversera pas le classement des deux candidats obtenu dans cette simulation, à savoir: Madame Mirlande Manigat, victorieuse au second tour, Présidente d'Haïti.

Une mise à jour de ce travail sera effectuée, si nécessaire, quand de nouvelles données ou informations seront disponibles, avant la publication des résultats officiels par le CEP d'ici au 31 mars 2011.

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(1) Conférence des Alliés de la candidate du RDNP: LCDP-Politique, 23 mars 2011.
(2) Sondage BRIDES: LCDP-Politique, 18 mars 2011.
(3) CEP, communiqué de presse #90, 24 mars 2011.

lundi 14 février 2011

Carte Postale : Antiquité mais d'Actualité

Source: Forum Culturel, Dim 13 février 2011, 16h 02min 13s
Par Ray Killick, 13 février 2011
RayHammertonKillick-conscience@yahoo.com


Ne possédant ni la bravoure ni le génie intellectuel, militaire et stratégique de son père adoptif Jules César, Gaius Octavianus, assoiffé de pouvoir allait terrasser ses adversaires politiques, ses ennemis, ses amis et certains membres de sa famille pour parvenir à ses fins. Il exécute avec Marcus Antonius les proscriptions romaines qui visent à déposséder certains patriciens romains ciblés, parmi eux les "césaricides", les partisans impénitents de la république romaine et les éliminer physiquement. S'il n'a pas la bravoure, il va se l'inculquer. S'il n'a pas l'expérience militaire pour le bellum gerere (conduire la guerre), il va se l'enseigner et s'entourer d'amis fidèles tels que l'indispensable Agrippa avec lequel il défait plus tard Marcus Antonius et Cleopâtre à la bataille d'Actium. Il devient après Princeps ou premier citoyen de l'Empire romain, Imperator Caesar Augustus Pontifex Maximus. Cependant, il faut donner à César ce qui est à César. Il possède en effet la patience et le génie de l'organisation de l'Empire qui faisaient défaut à son père Jules César. De plus, il combat systématiquement la corruption à Rome et les provinces romaines et mène une vie humble et sobre. Il meurt Imperator Divi Filius Caesar Augustus, le 19 août 14 ap. J-C. Son régime allait durer environ 15 siècles, et Caesar Augustus allait devenir après lui un titre; Kaiser en Allemagne; Tsar en Russie, etc. L'histoire retient que le père de la civilisation occidentale est l'un des rares leaders de l'humanité à s'enseigner la grandeur, l'intégrité, les valeurs universelles et utiliser le pouvoir à bon escient et plus prudemment et parcimonieusement avec le temps. Il aura grandi au pouvoir ou en dépit du pouvoir. C'est dire qu'il a prouvé l'exception que le pouvoir ne doit pas forcément corrompre sur le long terme.

Il dira avant de mourir: "J'ai trouvé une Rome de briques, je vous la laisse en marbre." Toutefois, sa meilleure épitaphe et son monument demeurent l'organisation de l'Empire (pour nous l'État) que perfectionnera plus tard la civilisation occidentale dont il aura édifié les fondations. Et ses derniers mots auraient été : "Si j'ai bien joué mon rôle, applaudissez-moi maintenant avant mon départ de la scène." Pour l'Imperator, la vie est une mise en scène. On lutte pour le rôle qu'on veut jouer. Si l'on parvient à l'obtenir, il faut le jouer pour donner un plein sens à l'existence. Il est difficile, si l'on veut être raisonnable, de lui trouver des égaux tant son impact sur la civilisation, pour le meilleur ou pour le pire, a été déterminant.

UNE AUGUSTE LEÇON

Il ne s'agit pas ici de glorifier qui que ce soit, mais de tirer plutôt la leçon que l'exercice du pouvoir qui a produit tant d'aberrations à travers les âges doit être reconsidéré par les leaders présents et futurs à la lumière d'une partition exceptionnelle jouée il y a 2 mille ans environ à Rome. Il s'agissait alors de construire un empire sur du roc, mais dans la plupart de nos pays d'aujourd'hui la tâche est plutôt de refonder l'État et diriger l'état-nation à bon port. Comment se fait-il que les chefs d'État et de gouvernement des pays du Tiers Monde utilisent les mêmes modèles de leadership qui ont échoué systématiquement au lieu de choisir de grandir au pouvoir, de devenir meilleur comme Caesar Augustus, de poser comme lui pour la postérité ? Comment se fait-il que nos chefs d'État adoptent pour modèles des rats, des sauterelles, des pintades, des coqs, des vautours et des tigres au lieu de l'aigle des légions dont la vision stratégique et la puissance permettent d'accomplir de grandes choses avec les peuples ?

La vie de l'Imperator est une leçon de leadership et de mission politiques pour les leaders qui veulent apprendre et s'enseigner la grandeur. L'historien américain Joseph J. Ellis évoque la conduite d'Augustus au pouvoir dans Founding Fathers : "...Il existe seulement deux exemples dans toute l'histoire de la civilisation occidentale où l'élite politique d'un empire émergeant s'est comportée aussi bien que l'on pouvait raisonnablement l'espérer : le premier fut Rome sous Caesar Augustus, et le second, les États-Unis sous l'égide des pères-fondateurs." Ceux-ci ont posé délibérément pour la postérité en dépit d'être conscients de l'impact de leurs grands échecs sur son jugement (l'esclavage, la question indienne et les droits de la femme). Ils ont même tenté de parfaire l'acte, et dans certains cas, ont essayé de biffer les erreurs du passé. La postérité fut leur passion, leur obsession. Et si Thomas Jefferson couronne Tacitus "le plus grand écrivain du monde sans exception. Son oeuvre, un bouquet d'histoire et de moralité sans pareille...", n'est-ce pas là une indication que les pères-fondateurs se sont également abreuvés dans l'antiquité des grands maîtres, de Tacitus, de Cicéron, de Platon, d'Augustus, etc. ?

CONFESSION SINE QUA NON

La plus grande confession d'un leader est d'abord intime. Elle consiste à déterminer et à accepter ses limitations afin de les compenser. Or, c'est précisément cet exercice d'humilité le plus important que des leaders tels que Jean-Bertrand Aristide ont évité de s'imposer dès le départ qui fait qu'ils ont gaspillé un capital politique énorme. S'il y des leaders-nés, ils ne sont pas nombreux. Tout le monde a la capacité de développer des qualités de leadership. Voilà pourquoi, il est impératif de faire l'inventaire de ses qualités et de ses limitations en arrivant au timon des affaires. Inventaire sans quoi on ne peut effectivement diriger, car diriger est précisément savoir se munir des instruments de navigation sophistiqués pour conduire l'état-nation à bon port.

Aujourd'hui, Mme. Mirlande Hyppolite Manigat et M. Michel Martelly, candidats au second tour de la présidentielle de mars prochain, doivent commencer cet exercice, car rien dans leur passé n'indique qu'ils possèdent toutes les qualités requises en ce moment précis de l'histoire nationale pour le revirement positif exceptionnel tant souhaité par les vrais patriotes. Il faut beaucoup plus que des talents de professeur et de musicien pour encadrer la nation, refonder l'État, changer le comportement de l'état-nation et lancer le développement d'Haïti pour enfin contempler des "lendemains qui chantent".

Chaque candidat accuse des déficiences sévères, car ils ne sont jamais passés dans le moule qui façonne les leaders modernes. Compte tenu des circonstances exceptionnelles de dégradation nationale, Haïti requiert un leadership également exceptionnel et beaucoup plus clairvoyant et stratégique que celui qui dirige les premiers pays du monde.

DÉFICIENCES BILATÉRALES

Manigat possède l'avantage d'une grande culture, d'une maturité relative à discuter des grands dossiers tellement vitaux de la vie nationale, d'avoir dirigé ce qu'on peut considérer, dans un esprit de justice, comme le meilleur parti politique d'Haïti. De plus, son âge de trop mûre jeunesse n'est pas l'âge des poursuites et pratiques politiques éhontées et destructrices. C'est l'âge où l'on peut poser pour la postérité. C'est l'âge où l'on peut imposer le respect dans la conduite des affaires du pays. Cependant, elle n'a jamais occupé de fonctions dans le secteur public ou privé qui lui auraient permis d'exercer des responsabilités de leadership de plus en plus complexes qui requièrent et mettent également à l'épreuve la dextérité et la volonté politiques. C'est ici l'aspect qu'elle doit considérer pour améliorer son leadership. Pour ce faire, il faut s'entourer d'un Maecenas et d'un Aggripa, c'est-à-dire de conseillers d'une rare intelligence stratégique et émotionnelle, et, en même temps, savoir écarter de son entourage les sauterelles qui n'y sont que pour leurs intérêts personnels et savent masquer leurs vraies intentions avec des CVs ronflants.

Quand à Martelly, il a l'avantage d'être conscient de son ignorance en politique et d'être apparemment direct.

-- "Messieurs, m'bouké." déclare-t-il durant un débat présidentiel
-- "Ou bouké alos ke ou poco mim komanse..." rétorque rapidement un adversaire
-- "Non monchè, se avek nou mim, mim ke m'bouké an wi..."

Martelly n'a pas une formation qui lui permettra d'aborder les grands dossiers avec une relative indépendance d'esprit qui nourrit les grandes décisions de grand leadership. Un leadership qui sait écouter des points de vue opposés pour finalement décider dans l'intérêt stratégique défini. Loin de la considérer une faiblesse, Martelly devra s'atteler à se mettre au travail pour la compenser. S'il sait faire sa confession intime, ce sera le premier pas vers une "auguste" transition personnelle. Et s'il veut vraiment poser pour la postérité en tant que premier président de la nouvelle Haïti et ne pas contempler l'exil au terme de son mandat, il devra s'armer d'une volonté politique pour assainir son entourage, refonder l'État et apprendre à pratiquer la discipline d'exécution. Son exercice de formation personnelle sera beaucoup plus éreintant que pour Manigat, mais il a néamoins l'avantage d'être beaucoup plus jeune que sa rivale.

POSER POUR LA POSTÉRITÉ

La leçon d'une vie exceptionnelle de l'antiquité est toujours d'actualité. Caesar Augustus est l'exemple le plus spectaculaire de l'évolution continue mais dramatique et positive d'un leadership au pouvoir. La plus grande qualité de l'Imperator fut peut-être sa capacité de changer pour le meilleur. C'est ce qui lui a permis d'évoluer d'une figure obscure et criminelle à une figure "auguste" en son temps et depuis, dans la mémoire de l'humanité. N'allez pas frapper à la porte de François Duvalier ou de René Préval ou de Jean-Bertarnd Aristide, car ceux-ci sont désormais au musée d'histoire des reptiles où se côtoient Staline, Hitler, Hosni Moubarak, etc.

Toutefois, il est important de rappeler que l'Imperator Caesar Augustus avait 44 ans pour parfaire son acte au pouvoir et jeter les bases de la civilisation occidentale. Le prochain président d'Haïti n'aura que 5 ans pour commencer à refonder l'État et inculquer de nouvelles valeurs, conduites et croyances à l'administration publique et l'état-nation. Sa tâche est herculéenne. La seule récompense est le jugement de l'histoire pour une place de choix dans la postérité. Et la consolation au terme de son mandat : "Si j'ai bien joué mon rôle, applaudissez-moi maintenant avant mon départ de la scène."

vendredi 4 février 2011

Haïti : une femme en lice pour la présidence

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NDCDP-Politique.- Mirlande Manigat, candidate du RDNP, la probable future présidente d'Haïti.
La devise de son parti est: «La tête froide, le coeur chaud, les mains propres
Contrairement à l'opinion émise dans l'article ci-dessous, il n'y a aucun doute en Haïti: Mirlande Manigat, en allant au second tour, part avec une grande longueur d'avance sur son rival, Michel Martelly. En effet, elle a toujours été premiere dans les sondages. De plus elle a été classée première au premier tour des présidentielles (31%), suivie de Michel Martelly (22%), malgré les fraudes massives et flagrantes des militants du parti INITÉ le 28 novembre 2010 en faveur du candidat Jude Célestin.
Photo: Thony Bélizaire, février 2011


Source: leparisien.fr et AFP, 4 février 2011

Haïti aura t-il bientôt une femme à sa tête ? C'est un scénario probable puisque Mirlande Manigat, 70 ans, figure parmi les deux candidats qui vont s'affronter au second tour de la présidentielle haïtienne. Jeudi, le candidat du pouvoir Jude Célestin a été exclu du second tour mettant fin à deux mois de crise politique née de la contestation des résultats du premier tour du 28 novembre dernier.

Mirlande Manigat affrontera donc Michel Martelly le 20 mars prochain. Ce dernier, star de la musique haïtienne, est le fils d'un cadre du secteur pétrolier. Ancien étudiant aux Etats-Unis, il est connu pour ses excès sur scène et ses virulentes invectives politiques. Par contraste, avec ses lunettes et sa voix douce, Mirlande Manigat, grande dévoreuse de romans d'Agatha Christie, a vécu 13 ans en France et appartient à l'élite haïtienne.

Intellectuelle diplômée de la Sorbonne et de Science-Po, Mirlande Manigat serait la première femme élue à la tête du pays. Elle promet de rompre avec la corruption et de réformer le système éducatif. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés au droit constitutionnel, elle n'a pas une grande expérience du combat politique. Jusqu'à la campagne des derniers mois, elle avait toujours vécu dans l'ombre de son mari, Leslie Manigat, au pouvoir quelques mois en 1988, se consacrant à l'enseignement pour devenir vice-rectrice d'une université privée en Haïti.

« Sweet Micky » veut « changer la face d'Haïti »

La lourde tâche de reconstruire le pays le plus pauvre des Amériques, après le violent séisme du 12 janvier 2010, pourrait cependant revenir à Michel Martelly, 49 ans, alias «Sweet Micky». Bien que critiqué en raison de liens qu'ils entretiendrait avec Jean-Claude Duvalier (ancien dictateur haïtien revenu au pays le mois dernier), le chanteur au crâne rasé incarne le changement et peut être considéré comme le favori.

«Je pense que les jeunes vont voter pour Martelly, en particulier ceux qui sont au chômage et qui vivent dans les zones urbaines», explique Robert Fatton, politologue, professeur haïtien à l'université de Virginie (est des Etats-Unis). «Il a l'avantage de pouvoir mobiliser cette frange de la population mieux que tout autre candidat. En ce moment, il a le vent en poupe».

«Mon objectif est d'avoir la possibilité de changer la face d'Haïti. Les gens me voient comme la lumière au fond du tunnel», avait assuré «Sweet Micky» le mois dernier, sans toutefois décrire concrètement les changements qu'il promet d'apporter.