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vendredi 26 juillet 2013

« Elections ou démission », Martelly doit choisir

Source: lenouvelliste.com, 25 juillet 2013
Par  Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com





Madame Mirlande Manigat, Secrétaire générale du RDNP
Crédit photo: Le Nouvelliste, 25 juillet 2013



La secrétaire générale du RDNP ne jure que par la réalisation des élections cette année. Selon Mirlande Manigat, qui n'a pas caché son intention de se présenter à nouveau à l'élection présidentielle de 2016, Michel Martelly n'a que deux options : « élections ou démission ».
 
« Si Dieu le veut et si mes compatriotes le veulent, oui, je serai encore candidate à la présidence », a déclaré jeudi matin Mirlande Manigat sur Radio Magik 9. Mais pour l'instant, a souligné la secrétaire générale du RDNP, ce n'est pas la priorité de son organisation politique. « L'élection présidentielle de 2016 paraît assez loin », a-t-elle dit. Cependant, l'ex-première dame a indiqué que dans un pays normal, il ne serait pas trop tôt, trois ans avant, qu'un parti politique commence à s'organiser.
 
En revanche, l'ancienne candidate à la dernière présidentielle somme le chef de l'Etat de tout mettre en oeuvre pour la tenue, cette année, des élections devant renouveler le tiers du Sénat et les collectivités territoriales.
 
Selon elle, Michel Martelly a proposé d'utiliser la loi électorale de 2008 dans l'unique but de profiter du prescrit inconstitutionnel de l'article 231 du document qui raccourcit le mandat des députés et des sénateurs. « C'est le comble ! », a-t-elle lancé. Comme les autres partis politiques membres du Mouvement patriotique de l'opposition démocratique (MOPOD), Mirlande Manigat a estimé que le chef de l'Etat doit démissionner s'il n'arrive pas à organiser les élections cette année.
 
« Nous allons assister à un effondrement de l'ordre juridique et de l'ordre institutionnel du pays, a-t-elle prédit. Si le président veut déclarer le Parlement caduc, car c'est son intention, dans ces conditions il faut qu'on remette les pendules à l'heure. Tout le monde s'en va. »
 
Interrogée sur l'application et les interprétations divergentes autour de l'article 191-1 de la Constitution, la constitutionaliste a rappelé qu'elle avait, depuis longtemps, souligné l'ambiguïté qui existe dans cet article et dans plusieurs autres articles qui méritent qu'on y apporte des précisions. Il y a un principe en droit qui veut que, a-t-elle dit, ce qui est valable c'est ce qui est écrit et qui doit être observé.
 
Cet article indique que le CEP envoie le projet de loi électorale à l'exécutif pour « les suites nécessaires ». Mirlande Manigat a analysé successivement les deux interprétations qui sont sur le tapis. « On peut considérer que l'exécutif est une boîte aux lettres qui transmet au Parlement. Mais d'un autre côté, on peut aussi considérer, étant donné que le CEP est un organisme autonome, qu'il n'a pas accès au Parlement. Dans certains pays, le tribunal électoral dépose la loi directement au Parlement. Et, je pense que ce serait une bonne chose que le CEP a la faculté de déposer la loi électorale directement au Parlement », a-t-elle expliqué.
 
« Maintenant, a demandé madame Manigat, quel est le rôle de l'exécutif ? On lui envoie un document, il n'est pas là simplement pour le transmettre comme un facteur. Un projet de loi doit avoir une certaine forme et doit être approuvé en Conseil des ministres. Il faut qu'il y ait un ministre, probablement celui de la Justice, qui le présente et le défende au Parlement. »
 
La façon dont la Constitution parle de cet aspect laisse croire que c'est l'exécutif qui élabore le projet de loi. Mirlande Manigat a souligné qu'il ne s'agit pas du président Martelly, mais de l'exécutif, voire même du gouvernement, puisque le document doit avoir, en plus de la signature du chef de l'Etat et du Premier ministre, celles de tous les ministres.
 
Il y a une autre manière de procéder, a déclaré la secrétaire générale du RDNP. « Avec discrétion, le Conseil des ministres pourrait souligner à l'intention du CEP deux ou trois articles qui pouvaient être écrits autrement... », a-t-elle dit. Selon l'ancienne première dame, le chef de l'Etat cherche à faire passer le temps lorsqu'il a déclaré vouloir examiner l'ensemble des 246 articles du projet de loi électorale. « Ce qui confirme les soupçons qu'ils ne veulent pas organiser les élections », a-t-elle dénoncé.
 
 
Mirlande Manigat chez Aristide
 
Le mardi 18 juin dernier, Mirlande Manigat et Jean-Bertrand Aristide ont passé 1h30 à discuter de tout et de rien dans la résidence privée du leader Lavalas. « On parlait de la politique du pays, de ses idées à lui, c'était très charmant », a confié au Nouvelliste la secrétaire générale du RDNP. Elle a souligné que la rencontre était très cordiale. « Les questions relatives aux élections n'ont pas été abordées », a-t-elle précisé.
 
Peu de temps avant, le Dr Maryse Narcisse lui avait proposé de dispenser un cours à l'université du parti sous le titre ''Constitution et Etat de droit''. « Très sincèrement, je ne voyais pas pourquoi refuser », a-t-elle soutenu. Elle savait que sa présence à l'université de Jean-Bertrand Aristide allait soulever la curiosité des gens. Mais elle l'a quand même fait. La politique !

mercredi 1 septembre 2010

Programme de gouvernement du RDNP de Madame Mirlande Manigat / Changer la vie


Rassemblement Des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP)
Août 2010


Changer la vie (*)

Table des Matières

I. Un état des lieux affligeant : la détresse haïtienne

1.- Le délabrement de notre environnement

2.- Notre insignifiance dans les relations économiques internationales

3.- La misère populaire

4.- Le découragement et la désespérance


II. L’option R.D.N.P. : les propositions de principe

1.- Un inventaire sérieux et systématique de nos ressources naturelles et humaines

2.- Une évaluation de nos besoins

3.- La rupture avec l’archaïsme

4.-Une éthique du développement

5.- Le respect de la Constitution et des lois

6.- La recherche de la justice sociale

7.- Une exigence de transparence

8.- Le respect de la diversité sociale

9.- La recherche du local de qualité

10.- L’haïtianisation de l’éducation

11.- La promotion des PME

12.- L’établissement d’une solidarité

13.- Une réévaluation de la philosophie de l’aide étrangère

14.- L’aménagement interne de l’espace de développement

15.- La mobilité des prestations de service

16.- L’adoption d’une différenciation des stratégies de développement

17.- L’option régionale

18.-L’entretien et la conservation des acquis du développement

19.- Le bonheur comme objectif


III. Les chantiers de l’espoir : éléments pour une politique Sectorielle

A - L’agriculture et le développement rural

1.- Un problème de géographie physique

2.- Un problème agraire

3.- Un problème des moyens nécessaires pour un développement agricole

B. Vers l’essor industriel et commercial

1.- L’indentification de produits

2.- Le lancement de travaux d’infrastructure

3.- Un régime de protection modulée

4.- L’apport du capital privé

5.- L’apport du travail

6.- Les marchés

7.- Les axes du développement industriel

C. Valoriser nos ressources humaines

1.- La santé, un droit constitutionnel bafoué

2.- L’éducation

D. Un Pouvoir Service

1.- Urbanisme et logement

2.- Les services de base


E. La Réforme de l’Etat

1.- La création d’une Force d’Ordre Public

2.- La réorganisation de la structure gouvernementale et de l’Administration Publique

3.- Une nouvelle approche de la décentralisation

4.- La création d’un Conseil Constitutionnel

F - La politique internationale

1.- Fondements et principes

2.- Le poids de la conjoncture récente

3.- Un Code de conduite

4.- Définition des axes prioritaires

5.- La réforme du service

6.- La mobilisation de nos compatriotes


*****

2010, et surtout après le désastre du 12 janvier qui a meurtri le pays, comme il y a trente (30) ans, le R.D.N.P. lance un appel général pour un rassemblement de toutes les forces unies de la nation, sans distinction, sur la base du patriotisme, de la démocratie et de la justice sociale :

  • La jeunesse, généreuse et enthousiaste. Tous les jeunes, étudiants, paysans, travailleurs pour assurer la relève générationnelle.
  • Les vaillantes femmes haïtiennes, de toutes catégories, de la courageuse paysanne, à l’intellectuelle, de la marchande de « chin janbé » à la professionnelle, pour qu’elles s’engagent dans la bataille politique et qu’elles suivent l’exemple de nos Anacaona, Marie Jeanne, Claire Heureuse Dessalines, les femmes du Bel Air, celles qui ont lutté avec Charlemagne Péralte, celles qui militent dans les admirables mouvements féministes, les « manman pitit» sans mari, les « fanm sou koté », toutes réunies pour que triomphe l’égalité entre tous les citoyens.
  • Les intellectuels, techniciens, professionnels, pour qu’ils apportent leur contribution à la reconstruction nationale.
  • Toutes les Eglises pour que, par delà la diversité des pratiques, elles conduisent les fideles vers la renaissance morale dont nous avons besoin.
  • Les Haïtiens vivant à l’étranger, ceux qui sont demeurés Haïtiens, ceux qui ont pris une autre nationalité, pour qu’ils collaborent à l’œuvre de reconstruction nationale.
  • Les anciens membres des Forces Armées d’Haïti, pour qu’ils nous aident à mettre sur pied cette Force de bien public dont le pays a besoin, en collaboration avec la nouvelle Police Nationale, chacune selon ses compétences et ses attributions, sous le contrôle du Pouvoir Exécutif.
  • Les membres actifs du secteur privé, entrepreneurs d’esprit moderniste, conscients de leurs intérêts à transformer les citoyens en consommateurs, nos structures de production, les relations de travail, au bénéfice de tous.

Maintenant, plus que jamais, il nous faut nous rassembler, afin de gagner la bataille de la triple modernisation : politique (la démocratie) économique (développement durable), sociale (résorption des criantes inégalités sociales).

Dans notre poursuite de bien-être pour tous et du bonheur pour chacun, il ne faut rien renier de bon dans les différentes valeurs constitutives de l’héritage reçu, en osant nous prévaloir, de façon complémentaire et solidaire :

  • D’une conception des privilèges de l’individu et des devoirs du citoyen qui nous vient de la tradition gréco-latine ;
  • D’une conception de l’éminente dignité de la personne humaine qui nous vient de la tradition humaniste chrétienne ;
  • D’une conception du dialogue social et du pacte communautaire qui nous vient de la sagesse traditionnelle africaine ;
  • D’une conception des droits de l’homme et de l’esprit de libre entreprise qui nous vient de la tradition libérale démocratique moderne ;
  • D’une conception de la justice distributive, de l’égalité et de l’équité sociale qui nous vient de la tradition humaniste d’un socialisme pluraliste à visage humain ;
  • D’une conception de l’égalité fraternelle des hommes par la réhabilitation de la race noire et de toutes les ethnies opprimées qui nous vient de notre tradition historique nationale.


I. UN ETAT DES LIEUX AFFLIGEANT : LA DETRESSE HAÏTIENNE.

Elle s’exprime à travers quatre (4) données essentielles :
1.- LE DELABREMENT DE NOTRE ENVIRONNEMENT : qui nous conduira à un « désastre écologique » 40 millions d’arbres sont abattus chaque année contre 20 millions qui se reproduisent spontanément, mais lentement, et 5 millions de plantés. Le pays dispose de ressources naturelles en eau capable de satisfaire nos besoins, mais cette eau est gaspillée, car la terre dénudée ne la retient pas ; elle gonfle nos rivières et produits des inondations et le débit des rivières a baissé de 60% entre 1950 et 1990 ; elle entraine vers la mer ce qui reste de la couverture végétale (9% de la superficie totale en 1972, 1,25% maintenant).

2.- NOTRE INSIGNIFIANCE DANS LES RELATIONS ECONOMIQUES INTERNATIONALES : Il faut faire face à la réalité : nous ne comptons pas, ni au niveau de nos exportations traditionnelles, ni non plus en ce qui concerne nos importations ; le marché haïtien est envahi par des « pèpè » de toutes sortes et par des produits de la République Dominicaine voisine.

3.- LA MISERE POPULAIRE : 1% de la population dispose de 40% des richesses. La faim tenaille 1 Haïtien sur 4 ; la maladie guette et frappe 1 Haïtien sur 3 ; le chômage atteint 1 Haïtien actif sur 2 ; l’analphabétisme handicape et exclut 4 Haïtiens sur 5.

4.- LE DECOURAGEMENT ET LA DESESPERANCE : Au traditionnel et plutôt sympathique « bon Dieu bon », les Haïtiens ont substitué ces slogans venus de l’étranger « pays foutu », « pays malade » qui paralysent les énergies. Ils n’ont plus foi en l’avenir, surtout les jeunes, désemparés et inactifs, et songent à abandonner la patrie, soit de manière légale, soit comme « boat people ».

De ce fait, la crise haïtienne que nous sommes en train de vivre et dont certaines causes se retrouvent dans notre passé, se manifeste au niveau des évènements, des comportements, des structures et des mentalités.

Il s’agit pour nous de poser les vrais problèmes, de leur trouver les solutions appropriées, de reconstruire notre économie et de placer la population sur les chemins de l’espérance.



II. L’OPTION R.D.N.P. : LES PROPOSITIONS DE PRINCIPE.

1.- UN INVENTAIRE SERIEUX ET SYSTEMATIQUE DE NOS RESSOURCES NATURELLES ET HUMAINES. Avant tout, savoir combien nous sommes. 40% des Haïtiens ne disposent pas d’état civil, ce qui les prive du premier droit élémentaire. Les différents services de l’Etat (les Archives Nationales, le Service National de Contrôle et d’Inspection de l’Etat Civil, SNCI, crée par le Décret du 20 août 1974, les 183 officiers pour toute la République placés sous la direction des 32 Commissaires du Gouvernement) n’établissent pas de statistiques élémentaires et fiables (naissances, mariages, décès) surtout dans les campagnes. Le R.D.N.P. s’engage à unifier et moderniser.

2.- UNE EVALUATION DE NOS BESOINS dans tous les domaines (eau, routes, centres de santé, établissements d’enseignement, nourriture) tant au niveau individuel que collectif.

3.- LA RUPTURE AVEC L’ARCHAÏSME tout en valorisant nos traditions archaïsme économique, social, aussi bien mental, qui inhibe le progrès. En même temps, récupération de notre patrimoine culturel, le savoir empirique et le savoir-faire paysans, afin d’allier le moderne et le traditionnel.

4.- UNE ETHIQUE DU DEVELOPPEMENT fondée sur des principes moraux : respect de la vie, de la liberté et des droits humains, afin de promouvoir la dignité de tous.

5.- LE RESPECT DE LA CONSTITUTION ET DES LOIS, au besoin, en opérant les révisions nécessaires, afin de garantir l’Etat de droit.

6.- LA RECHERCHE DE LA JUSTICE SOCIALE, par la résorption progressive des injustices de tous ordres.

7.- UNE EXIGENCE DE TRANSPARENCE, en combattant, par la loi, par l’exemple et les sanctions la corruption qui gangrène nos institutions.

8.- LE RESPECT DE LA DIVERSITE SOCIALE, par la tolérance et le respect des croyances et des convictions, tout en établissant les bases de la cohésion sociale.

9.- LA RECHERCHE DU LOCAL DE QUALITE, (nourriture, vêtements, etc.) à privilégier par rapport à ce qui est importé.

10.- L’HAÏTIANISATION DE L’EDUCATION, par l’alliance féconde des bienfaits d’un savoir universel et des nécessités locales.

11.- LA PROMOTION DES PME, petites et moyennes entreprises, capables d’attirer les investisseurs locaux et étrangers.

12. L’ETABLISSEMENT D’UNE SOLIDARITE, active entre les Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur.

13.- UNE REEVALUATION DE LA PHILOSOPHIE DE L’AIDE ETRANGERE, nécessaire, mais à valoriser selon nos besoins et en tenant compte des conditions offertes, afin d’améliorer notre capacité de négociation.

14.- L’AMENAGEMENT INTERNE DE L’ESPACE DE DEVELOPPEMENT. Nous proposons l’installation de « Maisons du peuple » à travers le pays qui serviront, à la fois, de lieux de performances locales, de formation sociale, d’éducation communautaire et de foyers culturels.

15.- LA MOBILITE DES PRESTATIONS DE SERVICE pour amener celles-ci aux citoyens (cliniques, cabinets dentaires, théâtres, bibliothèques ambulants).

16.- L’ADOPTION D’UNE DIFFERENCIATION DES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT adaptées aux différents espaces du territoire qui conservent leur spécificité.

17.- L’OPTION REGIONALE comme cadre du développement, c’est-à-dire, la reconnaissance, par delà le compartimentage traditionnel pétrifié dans les collectivités Territoriales, d’un espace plus adapté à un programme de développement durable.

18.- L’ENTRETIEN ET LA CONSERVATION DES ACQUIS DU DEVELOPPEMENT sous la responsabilité d’un Service National d’Entretien et de Conservation du Patrimoine National, avec des divisions spécialisées (routes, parcs automobiles, bâtiments, équipement lourd, monuments historiques, parcs naturels).

19.- LE BONHEUR COMME OBJECTIF. Non par l’accumulation, sans fin, des biens matériels, mais par la recherche d’un minimum de bien-être matériel, la satisfaction des besoins primaires légitimes pour tous.

III. LES CHANTIERS DE L’ESPOIR : ELEMENTS POUR UNE POLITIQUE SECTORIELLE

Dans ce pays où est tout est priorité, la question essentielle n’est pas d’identifier le domaine absolu mais de définir une stratégie globale qui intègre, par étapes planifiées, les solutions appropriées de manière à les coordonner afin de maximiser leurs effets.

A - L’AGRICULTURE ET LE DEVELOPPEMENT RURAL

On nous a toujours enseigné qu’Haïti était un pays agricole. Cependant ce secteur d’activité qui occupe une bonne partie de la population, présente une série de problèmes auxquels il convient d’apporter les solutions adéquates :

1.- UN PROBLEME DE GEOGRAPHIE PHYSIQUE. Le relief est montagneux à 80%. Ainsi, il s’agira de différencier les cultures de plaines (produits de consommation pour tendre à l’autosuffisance alimentaire) et celles de collines (produits destinés à l’exportation tels le café, le cacao). Le régime pluvial inégal et irrégulier, alternant sécheresse, précipitations et cyclones (de juin à novembre) rend nécessaires d’une part une politique d’irrigation, de l’autre de la protection des bassins versants. Par ailleurs même si nous ne nous en rendons pas compte, individuellement et spontanément, le réchauffement de la planète, entre 0,7 et 1 degré, devrait nous alerter sur les risques de sécheresse, avec un impact direct sur le rendement agricole.

2.- UN PROBLEME AGRAIRE. Le régime historique de propriété associe de grands domaines de l’Etat et aussi la micropropriété du paysan en raison des réformes agraires qui ont morcelé les portions. Il a été calculé qu’il y a, en Haïti, seulement un milieu d’exploitations de 100 à 300 carreaux et quelques plantations dépassant 1000 carreaux. La politique agraire devra commencer par l’établissement d’un cadastre précis, l’application d’une réforme agraire par la distribution contrôlée des terres de l’Etat et un remembrement fictif qui conserve les titres de propriété individuels et la constitution des espaces d’exploitation de dimension rentable dans le cadre des coopératives à encourager, équiper et protéger.

3.- UN PROBLEME DES MOYENS NECESSAIRES POUR UN DEVELOPPEMENT AGRICOLE :

  • modernisation des instruments techniques, (faire passer le paysan de l’âge de la houe, de la serpette et de la machette à celui de la charrue et des motoculteurs individuels) ;
  • la disponibilité en eau au moyen de l’irrigation ;
  • la solution à apporter à la question de l’énergie de manière à supprimer la coupe des arbres ;
  • l’aménagement d’une politique d’engrais et de crédit agricole ;
  • la mise en œuvre d’un programme de dératisation ;
  • la modernisation des circuits pour associer la production et la distribution commerciale ;
  • la fourniture des matières premières à l’agro-industrie ;
  • la définition d’une politique d’exportation de produits pour lesquels le pays a acquis un avantage commercial comparatif, particulièrement sur le marché caraïbe ;
  • la réduction de la dépendance alimentaire

L’exemple du riz est significatif à cet égard : la consommation devenue nationale s’élève à 450.000 tonnes par an alors que la production ne dépasse pas 130.000 tonnes. Dans un premier temps il s’agira de satisfaire ce besoin alimentaire par l’importation puis de réduire celle-ci par une politique d’amélioration quantitative et qualitative de la production locale.

L’objectif est aussi la qualité de la vie rurale par l’éducation, la sante et une dose de modernité dans les techniques de production agricole. En fait, ce dont il s’agit c’est, enfin, d’une véritable promotion de la paysannerie.

B. VERS L’ESSOR INDUSTRIEL ET COMMERCIAL

Le R.D.N.P. s’engage à placer le pays sur la voie de la modernisation associant l’agriculture (base de l’activité principale), l’industrie qui est son complément naturel, et le commerce son débouché.

A partir d’un état des lieux qui met en évidence les atouts et les acquis, le R.D.N.P. propose une stratégie industrielle fondée sur les éléments suivants :

1.- L’INDENTIFICATION DE PRODUITS et d’activités pour lesquels le pays jouit d’un avantage comparatif (position géographique, exclusivité de la production, expertise de la main d’œuvre).

2.- LE LANCEMENT DE TRAVAUX D’INFRASTRUCTURE afin de réduire les coûts de production (eau, électricité, routes, aménagement portuaire, création de pôles de développement et de zones franches).

3.- UN REGIME DE PROTECTION MODULEE en fonction de la nature des activités et de leur capacité de dynamiser l’économie.

4.- L’APPORT DU CAPITAL PRIVE : modernisation du Code d’investissement ;
• Offre d’exemptions fiscales raisonnables (5 ans suivis de 5 autres années de taxation à 10%) ;
• Flexibilité en ce qui concerne les franchises douanières à accorder non sur la base de «moun pa » mais comme incitation à l’investissement ;
• La négociation avec les pays étrangers afin d’éviter la double taxation des investisseurs étrangers.

5.- L’APPORT DU TRAVAIL. Il doit être compris d’abord en fixant dans une révision sérieuse du Code du Travail les conditions de l’activité, aussi bien dans le secteur public (l’Etat doit donner l’exemple du sérieux et du professionnalisme en ce qui concerne l’emploi dans la Fonction Publique), que dans les activités privées.


La population active représente 46.55% des habitants de plus de 10 ans. Le taux d’inactivité est donc de 53,5%, soit 3,4 millions de personnes. Dans la catégorie de chômeurs on trouve 53% qui travaillent pour la première fois, 16% ex-travailleurs et 31% qui n’ont jamais travaillé et, découragés, ne cherchent plus un emploi. Aussi, nous constatons une sous-utilisation de la main-d’œuvre et un gaspillage du potentiel humain.

La modernisation ne doit pas se limiter à l’épineuse question du salaire minimum dont les débats, tardifs, ont faussé le sens et la portée au niveau mondial par le salaire indexé sur le coût de la vie comme critère plus conforme aux objectifs du développement.

La polarisation actuelle porte le R.D.N.P. à appuyer la proposition des 200 gourdes. Mais il préconise le respect de l’indexation progressive sur le cout de la vie et l’adjonction d’avantages parallèles, de caractère social, pour améliorer les conditions de travail.

Un point important est la modernisation des relations tripartites Etat, régulateur, arbitre et contrôleur des secteurs de commandement stratégique de l’économie, le secteur privé organisé et les syndicats des travailleurs, quel que soit le secteur. La modernisation de l’économie passe par un apaisement des relations de travail.

6.- LES MARCHES. Le principal est le marché national. Il est encore étroit car les 8 millions d’Haïtiens ne sont pas 8 millions de consommateurs. Il est calculé qu’un bébé suisse, américain ou français, par nature non producteur, consomme en biens et services, bien avant sa naissance, 10 à 15 fois plus qu’un adulte haïtien, par nature producteur. Il y a là un défi à relever car les clients prioritaires de la production nationale sont les Haïtiens. Aussi, il conviendra d’aménager les marchés tant ruraux qu’urbains. Mais il faut aussi viser le marché extérieur, en promouvant l’exportation :
• Choix des produits pour lesquels le pays jouit d’un avantage comparatif ;
• Simplification des formalités ;
• Adoption de mécanismes souples de protection ;
• Recherche de marchés de préférence régionaux particulièrement l’espace intégré de la CARICOM ;
• Campagne de promotion de produits haïtiens à l’étranger ;
• Protection par l’Etat, du secteur privé haïtien, agent indispensable de la production.

7.- LES AXES DU DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL : Le R.D.N.P. en a identifié 10 vers lesquels il conviendra d’orienter la politique industrielle :
• L’agro-alimentaire, transformation des produits tels que les fruits et légumes, les poissons, les huileries ;
• La technologie des compresseurs : évaporateurs, condensateurs, congélateurs ;
• Les engrais de fabrication locale tels que les fumiers organiques, ce que nous appelons les « compostes ;
• L’industrie mécanique : mécaniciens, réparateurs;
• Les industries de la construction : sable, granit, bois, céramiques, cimenteries, adoquins à développer pour le pavage des routes.
• L’industrie textile : filatures, tissage, confection ;
• La sous-traitance qu’il ne faut pas négliger : récupération des 100.000 emplois perdus pour cause d’embargo, rendue possible par une exploitation judicieuse des lois HOPE.
• Le secteur artisanal et artistique : meubles, vannerie, arts décoratifs ;
• L’industrie pharmaceutique par la modernisation de l’usage des plantes thérapeutiques, car le pays dispose d’une pharmacopée utilisée de manière préscientifique ;
• L’industrie touristique – Le pays a perdu le monopole qu’il détenait comme pionnier de la Caraïbe dans ce secteur. La relance nécessaire devra tenir compte de l’avance prodigieuse des grands pôles que sont les Bahamas, Cuba, la République Dominicaine : augmentation du nombre de chambres d’hôtel de qualité variée, exploitation des sites naturels, des vestiges du passé et du patrimoine culturel (danses, peinture, activités vaudouesques, etc.).

C. VALORISER NOS RESSOURCES HUMAINES

Le R.D.N.P. a identifié trois piliers sur lesquels il fonde ses propositions : la santé, l’éducation, la culture.

1.- LA SANTE, UN DROIT CONSTITUTIONNEL BAFOUE. L’offre actuelle est quantitativement dérisoire et qualitativement inadéquate : l’Etat y consacre moins de 10% du Budget et moins de 3% du PIB national. Le résultat est une criante inégalité de l’accès au médecin, aux médicaments et aussi devant la mort (mortalité infantile de 79 pour 1000, mortalité maternelle de 123 pour 1000. Les femmes haïtiennes les plus défavorisées continuent « d’enfanter dans la mort ».
Le pays compte, comme substituts :
• L’action de certaines ONG ;
• L’assistance cubaine ;
• Les ressources de la médecine populaire, savoir ancestral des sages-femmes qui aident à la naissance de la majorité de nos concitoyens et qu’il s’agit de conserver et de compléter par une formation de la médecine scientifique ;
• Expertise des « doctè fey » au pouvoir limité mais encore utile ;
• Usage de la pharmacopée naturelle et des « simples ».

Le R.D.N.P. propose une politique de santé publique axée sur :

• Une orientation prioritaire vers la spécialisation en médecine tropicale ;
• La priorité à la prévention par le dépistage, la vaccination obligatoire ;
• Une politique de salubrité publique : contrôle des produits de consommation, assainissement de l’eau, lutte contre la malnutrition ;
• Priorité aux soins primaires, en particulier au bénéfice des enfants, des femmes enceintes et des vieillards ;
• La promotion du sport, particulièrement dans les écoles.

L’organisation des services de santé.- Le R.D.N.P. en propose quatre niveaux :

• A la base, des centres de santé primaire dans les 565 sections communales, intégrés dans les « maisons du peuple » ;
• Au niveau des 142 communes, des dispensaires – hôpitaux ayant, chacun, sous sa juridiction, 8 à 10 centres de santé ;
• Les 43 arrondissements accueilleraient des établissements plurifonctionnels avec l’équipement approprié ;
• Au niveau de la région, englobant 2 ou 3 Départements, des hôpitaux modernes, intégrés à des Ecoles de Médecine, associés à des Centres de recherche scientifique ;
• Enfin, dans la zone métropolitaine des hôpitaux de pointe, de type international (Port-au-Prince, Martissant, Delmas, Pétion-ville, Croix-des-Bouquets).

Un tel système réclame une planification, des moyens financiers et surtout la volonté politique.

2.- L’EDUCATION. Le bilan actuel qui ne cesse de s’aggraver, est préoccupant :

• 55% d’analphabètes ;
• Une éducation au rabais ;
• La prolifération des écoles « borlette », qui devront disparaitre mais qui remplissent pour l’instant une fonction de service public ;
• Des méthodes pédagogiques obsolètes ;
• La surcharge des classes ;
• La carence au niveau de la formation des maitres ;
• L’inadaptation du contenu au réel vécu ;
• Et, par-dessus tout, des criantes inégalités au niveau de l’offre et de la fréquentation scolaire.

L’offre de l’Université d’Etat est insuffisante pour répondre à la demande et aux besoins ; des universités privées dont les meilleures sont l’Université Quisqueya et l’Université Notre Dame, ne reçoivent pas de subventions de l’Etat et plus d’une centaine d’autres ont bourgeonné dans le panorama, sans contrôle, ce qui fait dire qu’à côté des écoles « borlette », le pays risque de compter avec des universités « borlette ». Comme conséquence de ces insuffisances 15.000 jeunes haïtiens poursuivent leurs études dans les Universités de la République Dominicaine.

Le R.D.N.P. propose un plan général d’éducation qui tienne compte, à la fois, de l’urgence des besoins, des retards accumulés, de la nécessité de sortir de l’archaïsme pour entrer dans la modernité, la recherche, des moyens (ressources humaines et financières) et la prise en compte des fonctions scientifique, économique et politique assignées à l’éducation.

• Une campagne massive d’alphabétisation soutenue, renforcée par un suivi indispensable afin d’éviter les pertes dues à l’illettrisme ;
• L’uniformisation de l’enseignement fondamental public, par l’association du formel et du non formel ;
• Le recours planifié aux méthodes audiovisuelles ;
• La massification de l’offre scolaire sans médiocratisation ;
• L’intégration de l’école à la vie de la communauté, à commencer par la fabrication locale des manuels appropriés ;
• L’éducation formelle à rendre polytechnique au niveau du secondaire, par des méthodes novatrices, la valorisation des métiers manuels.
• La restructuration du cycle scolaire marqué par des étapes à reconsidérer et à répartir à l’intérieur de la tranche classique des 12 années scolaires (certificat, la 9e année fondamentale sans examen d’Etat, le baccalauréat). Mais il conviendra aussi de moduler ce circuit afin d’introduire la voie professionnelle à partir de la 3e. Le baccalauréat devra être repensé sans la scission rhéto-philo et remplacé par un examen diversifié à partir d’un tronc commun, selon trois orientations : littérature (accent mis sur les sciences sociales), scientifique (accent mis sur les sciences physiques et les sciences de la nature), technique (accent mis sur les métiers manuels).
• La réorientation du contenu de manière à l’adapter aux besoins du milieu : ainsi, toutes les sections devraient intégrer d’une part l’éducation civique, pour apprendre aux jeunes leurs devoirs et leurs droits de citoyens, de l’autre l’éducation écologique par une sensibilisation sur les problèmes de l’environnement (données de base de la technologie, la science des tremblements de terre et des cyclones, la nécessité de protéger le cadre de vie). Une véritable pédagogie citoyenne.
• La mise en place et le fonctionnement d’un Centre Haïtien de la Recherche Scientifique destiné à être un conservatoire de savoirs empiriques, un laboratoire pour préciser et quantifier leurs propriétés et un organe de diffusion de leur utilisation.
• La valorisation de la fonction enseignante : mise en place d’un statut de l’enseignant, public et privé, des mécanismes de formation et de recrutement, la sécurité de l’emploi, la durée réglementaire du travail, les avantages sociaux (santé, assurance diverses).
• La création de Centres spécialisés au bénéfice des jeunes délinquants, des enfants des rues (environ 3000) une fois prouvé qu’ils sont abandonnés.
Le R.D.N.P. propose la suppression définitive de la pratique ancestrale des « restavek », la récupération de ces jeunes et leur réintégratios dans leur famille originelle.

Ces réalisations réclament du temps et surtout de l’argent. Actuellement, les dépenses d’éducation représentent moins de 10% du Budget National et moins de 3% du PIB avec moins de 20% provenant du Trésor Public. Il faudra augmenter cet investissement nécessaire, compter sur l’effort citoyen privé et la compréhension d’organismes internationaux qui manifestent de l’intérêt pour l’éducation.

3- LA CULTURE

Elle est, en partie, associée à l’éducation, mais elle réclame un traitement autonomie.

Le potentiel artistique et culturel du pays est impressionnant (musique, sculpture, peinture, littérature, danse) avec des sources d’inspiration variées, originales et fécondes (la nature, l’histoire, le vodou, nos rêves et même nos fantasmes).

Mais c’est une activité insuffisamment valorisée :

• Gaspillage de talents de nos artistes découragés et frustrés ;
• Sclérose et même dégénérescence de la production ;
• Envahissement de la vie nationale par des emprunts extérieurs de mauvaise qualité ;
• Une propension du public à préférer ce qui est importé, même médiocre, par rapport au local.

Le R.D.N.P. s’engage à mettre en pratique une vraie politique culturelle :

• Valorisation du patrimoine par sa vulgarisation en Haïti et sa protection par des lois existantes mais insuffisantes : par exemple seuls 33 monuments sont classés et le laxisme des autorités bloque l’application des dispositions juridiques et des conventions internationales signées par le pays.
• Protection des produits en contrôlant leur exportation par une législation stricte qui, tout en respectant la liberté de l’artiste et les droits d’éventuels acheteurs étrangers séduits par notre production, conserver les chefs d’œuvre sur le sol national ;
• L’acquisition systématique par l’Etat des œuvres d’art pour enrichir les Musées nationaux (de la capitale et des provinces, et des exemplaires de la production littéraire pour encourager la lecture et aussi les auteurs, dans un pays où il y a des Imprimeries mais pas assez de maisons d’édition, ce qui condamne à publier « à compte d’auteurs ». Il conviendra d’envisager la réduction des droits de douane sur les produits tels que le papier, l’encre, les machines, afin d’aider à faire baisser le coût de l’impression des livres, des journaux et des revues.
• La coordination institutionnelle par le regroupement fonctionnel des organismes existants classés « culturels » mais dissociés : la Bibliothèque Nationale et ses filiales à étendre, l’ISPAN, le Bureau d’Ethnologie, le Théâtre National, l’ENARTS, la Commission de coopération avec l’UNESCO, les Musées nationaux.
• L’encouragement à apporter aux manifestations culturelles, des traditionnelles et folkloriques, tel un Carnaval qu’il faudra rénover pour le sortir de la vulgarité qui l’a envahi, à de plus récentes telles « Livres en folie », les manifestations organisées lors des fêtes régionales (« Fête de la mer à Pestel ») ou patronales.
• Création d’un Ordre des Arts et de la Culture en vue de récompenser ceux qui auront contribué à l’enrichissement du patrimoine culturel et artistique.
• La prospection systématique des vestiges culturels du passé (sites archéologiques) partitions musicales, manuscrits, photographie, monuments, en vue de leur restauration, leur protection, la mise en évidence de leur intérêt pour la connaissance de notre passé et de l’homme haïtien.

D. UN POUVOIR SERVICE

La finalité de toute politique de développement économique et social est l’amélioration du cadre et des conditions de vie de la population, particulièrement des plus démunis, sur la base de l’association féconde entre la compétence, le sérieux et l’honnêteté.

Le pouvoir d’Etat, devenu pouvoir Service entre les mains du R.D.N.P., se propose d’identifier les espaces de ce bien-être et les conditions de leur aménagement.

1 - URBANISME ET LOGEMENT

A la capitale, comme dans plusieurs villes de province, l’état des lieux est le même : hyper concentration humaine, insalubrité, développement des quartiers précaires, insuffisance des services d’adduction d’eau, de drainage.

Le R.D.N.P., en toute lucidité, ne prévoit pas une déconcentration naturelle et le renversement de la tendance migratoire. Ceux qui se sont installés dans les villes et surtout à Port-au-Prince y resteront. La stratégie consiste, dans un premier temps, à stopper le flux, à fixer la population dans son lieu d’origine en développant des pôles économiques d’attraction.

En même temps, il s’agira de réduire les effets négatifs de la concentration humaine par la destruction des quartiers dangereux mais accompagnée d’une politique de logements sociaux de remplacement.

2 - LES SERVICES DE BASE

• La détermination des responsabilités entre l’Etat et les Municipalités en ce qui concerne le ramassage et le traitement des ordures ménagères. Sur cette question, le R.D.N.P. étudie la possibilité de privatiser le service sous le contrôle de l’Etat ;
• L’installation de fontaines publiques, gérées sainement, avant de pouvoir apporter l’eau aux robinets des foyers ;
• Le règlement effectif de la question de fourniture électrique afin de supprimer les prises clandestines et dangereuses, par l’accroissement de la fourniture, l’entretien du matériel, la recherche systématique de sources alternatives (énergie solaire, éolienne, la biomasse) ;
• L’installation planifiée de 500.000 nouvelles lignes téléphoniques pour répondre, partiellement, à la demande, les 3 millions d’appareils portables assurés par les 3 compagnies privées (HAITEL, COMCEL et DIGICEL) ne devraient pas remplacer les services de la TELECO dont le statut (semi-public ou service public) devra être soigneusement analysé afin qu’elle remplisse son rôle de service public.
• La lutte contre la corruption, en priorité en ce qui concerne la gestion des derniers de l’Etat. C’est une exigence pratique et morale. Le R.D.N.P. s’engage à la rendre possible par la Loi, l’exemple et les nécessaires sanctions appliquées équitablement, sans parti-pris.

E - LA REFORME DE L’ETAT

Le R.D.N.P. met l’accent sur 4 éléments :
• La création d’une Force d’Ordre Public ;
• La réorganisation de la structure gouvernementale et de l’Administration Publique ;
• Une nouvelle approche de la décentralisation ;
• La création d’un Conseil Constitutionnel.

1 - LA CREATION D’UNE FORCE D’ORDRE PUBLIC

A cet égard, le R.D.N.P. rappelle la position qu’il a toujours prise en faveur non du rétablissement des Forces Armées, encore constitutionnellement présentes mais pratiquement disparues, mais de la création, à côté de la Police, d’une Force d’Ordre Public, techniquement moderne, répondant à trois objectifs : démocratisation, professionnalisation, mise au service du développement.

Le R.D.N.P. préconise, par ailleurs, la création d’un Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale offrant à des militaires mais aussi à des civils, une formation académique (stratégie, géopolitique, exercices de simulation face aux catastrophes naturelles), morale (discipline, Code de conduite), civico-politique (particulièrement respect des droits humains), sociale (rapports civils-militaires, stages à l’étranger).

Il recommande la spécialisation des Forces de Police en 5 branches spécialisées :

• Protection des citoyens et de leurs biens, en collaboration avec les Polices Municipales ;
• La police judiciaire, auxiliaire de la Justice, spécialisée en matière de recherche criminelle ;
• La surveillance de frontières et des voies de communication sous l’autorité du Ministère de la Sécurité Publique ;
• celle des forets, des bois et des ressources minérales ;
• Une police forestière avec une double tâche répressive pour lutter contre le déboisement, et éducative ; elle serait rattachée à un Ministère de l’Environnement ;
• Un corps spécialisé pour faire face aux catastrophes naturelles (secousses sismiques, inondations lors de la saison des pluies et à l’occasion des cyclones. Sur ce dernier point, la mobilisation sera double : Police et Force d’Ordre Public.

Par ailleurs, le R.D.N.P. imposera l’éducation de la population dans les écoles, dès le cycle primaire, dans les Associations afin de dissiper la croyance qu’un cyclone est une force de « madichon », en exposant sa formation, sa fréquence, son trajet.

Au sujet de la MINUSTAH, la position du R.D.N.P. est connue : la présence de forces militaires étrangères sur le sol national est anticonstitutionnelle et anormale. Elle a toutefois été demandée par un Gouvernement haïtien, décidée en fonction d’une résolution du Conseil de Sécurité au pouvoir coercitif, même si la situation qui prévalait ne correspondait pas aux motifs évoqués dans le chapitre VII de la Charte de l’ONU.

Un départ précipité, total, intempestif de la MINUSTAH aggraverait les problèmes sécuritaires. Nous demandons l’application progressive d’un retrait (un « phasing out ») accompagné par le remplacement par des unités de la Force d’Ordre Public.

Nous avons besoin de l’assistance des institutions spécialisées du système des Nations Unies (PNUD, UNESCO, OMS, etc.) et nous estimons que l’organisation universelle serait mieux accueillie par la population qui tolère de moins en moins l’envahissement de la MINUSTAH dans la vie civile et la complaisance du Gouvernement qui cède, de plus en plus, des espaces de souveraineté.

2 - LA REORGANISATION DE LA STRUCTURE GOUVERNEMENTALE ET DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE
En Haïti, la question essentielle ne s’analyse pas en ces termes classiques du « trop d’Etat » mais plutôt de « pas assez d’Etat ».

A cet égard, les thèses ultra libérales sont nocives et les utopies nées du marxisme appartiennent déjà au passé. Ce qu’il nous faut, c’est une certaine qualité d’Etat, ni autoritaire, ni Providence.

La réforme se base sur une restructuration des mécanismes gouvernementaux, pas une approche transversale des fonctions conduisant à leur traduction institutionnelle (exemple : un Ministère de l’environnement incluant des responsabilités dans divers domaines : agriculture, aménagement du territoire, communication). Le souci de rationalisation peut aussi conduire à la création de nouvelles entités pas nécessairement de nature ministérielles (exemple, Secrétairerie mise sur pied, en 1988, chargée de la Condition Féminine).

L’Administration Publique n’est pas pléthorique avec quelques 50.000 employés, mais elle est inefficiente et routinière : au lieu de fixer un chiffre plafond, il convient d’identifier les fonctions et surtout d’exiger des employés publics le professionnalisme, le sérieux et le sens du service.

3 - UNE NOUVELLE APPROCHE DE LA DECENTRALISATION
Saluée comme étant une des grandes innovations de la Constitution de 1987, la décentralisation n’a pas réussi à répondre aux attentes de la population.

Il s’agissait, en effet, de concilier deux exigences : l’application du principe démocratique qui consiste à associer les populations à la prise en charge de certaines responsabilités locales ; la fourniture des services de base.

Mais plusieurs éléments en bloquent l’efficacité :

• La décentralisation a été conçue contre l’Etat alors qu’il revient à celui-ci d’enclencher, de financer et d’accompagner le processus ;
• Le découpage administratif dont certains niveaux remontent à l’époque coloniale, crée un enchevêtrement institutionnel :
- 565 sections communales (englobant quelques 12.000 habitations, elles-mêmes des « lakous ») auxquelles correspondant autant de CASECs et d’ASECs ;
- 142 Communes avec autant de Conseils et d’Assemblées ;
- 10 Départements enfermant 10 Conseils et 10 Assemblées ;
- Coiffant le tout, un Conseil Interdépartemental.

Ces différentes institutions, élues ou nommées, ne fonctionnent pas :

• L’inexistence d’une définition précise de la notion d’autonomie administrative et financière.
Le R.D.N.P. propose de conserver l’idéal mais de le réaliser de manière progressive et raisonnable ;
• La nécessité repenser le découpage territorial avec pour objectif d’identifier des unités sur la base de la localisation géographique et de l’importance de la population ;
• La redéfinition du rôle des Collectivités Territoriales. Exemple l’Article 175 de la Constitution de 1987 qui les introduit dans le processus de nomination des Juges, ce qui n’est pas de leur compétence ;
• L’intervention des instances de l’Etat afin d’aider, dans un premier temps, les communes à exister réellement. Seules celles de la zone métropolitaine se subviennent à elles-mêmes ; les autres dépendent de l’Etat même pour payer les salaires ;
• L’introduction de la notion de décentralisation économique et fonctionnelle, par un inventaire sérieux des ressources naturelles afin de créer des pôles de développement ;
• Par delà les unités institutionnelles, l’adoption de la notion de régions. On peut en identifier quatre : le Grand Nord, regroupant les Départements du Nord-Ouest, du Nord et du Nord-Est ; la Région Centrale englobant l’Artibonite et le Centre ; l’Ouest déjà étendu, avec éventuellement, une extension dans le Sud-Est ; enfin le Sud, la Grande-Anse et les Nippes formant une large entité de développement.

4 - LA CREATION D’UN CONSEIL CONSTITUTIONNEL
L’activité politique a révélé les failles, insuffisances et inadéquations du texte voté en 1987. Il ne s’agit pas de le sacraliser mais de le respecter d’abord, de le réviser ensuite.

Le R.D.N.P. a déjà, publiquement, communiqué son option en faveur d’une nouvelle Constitution ; mais les conditions nécessaires au travail sérieux, compétent et neutre d’une Assemblée constituante ne sont pas actuellement réunies. Aussi, il appuie une procédure d’amendement, mais en stricte application des dispositions prévues par la Constitution (Titre XIII, Article 282 à 284.4)

Parmi les réformes nécessaires, il propose la mise en place d’un Conseil Constitutionnel, formé de citoyens compétents, totalement indépendants des trois Pouvoirs, mais nommés par eux, chargé de contrôler la conformité de tous les Actes de l’Etat avec la Constitution, aussi bien une loi qu’une décision de justice. Il estime, par ailleurs, qu’il devrait disposer du pouvoir d’auto-saisine, avant la promulgation d’une loi, par exemple, avec pour effets la suspension de la procédure et aussi, celui d’annuler une décision de justice, non sur le fond, mais en ce qui concerne son caractère constitutionnel. Les avis seraient sans appel.

Par ailleurs, une de ses missions serait aussi de se prononcer sur les dossiers présentés par des candidats et sur la régularité des scrutins, afin d’enlever cette responsabilité aberrante au Conseil Electoral, ce qui place celui-ci dans la position d’être juge et partie.

F - LA POLITIQUE INTERNATIONALE
Le R.D.N.P. met en évidence des fondements et des principes, tient compte de la conjoncture récente, propose un Code de conduite, identifie des axes prioritaires de solidarité et envisage une reforme conceptuelle et une réorganisation structurelle des instruments de la diplomatie.
1 - FONDEMENTS ET PRINCIPES
Il s’agit de ne pas oublier ce qu’est Haïti :

• Un petit pays selon les paramètres classiques de la puissance internationale (superficie, population, ressources naturelles) ;
• Un pays pauvre en état critique de sous-développement, avec une fiche identitaire accablante ;
• Un pays caraïbe qui met en évidence sa position à l’égard de ses voisins ;
• Un pays à dominante ethno-culturelle d’origine africaine, ce qui a forgé sa spécificité dans le milieu latino-américain ;
• Une nation dépositaire d’une histoire glorieuse : nous avons fait 1804 mais il convient de ne pas figer dans notre mémoire l’épopée de l’indépendance et oublier les réalisations positives de 2 siècles ;
• Un conservatoire de succès et d’échecs.

2 - LE POIDS DE LA CONJONCTURE RECENTE.
Elle est marquée par une situation de dépendance économique et surtout politique : en 11 ans, 7 opérations militaires, une des Etats Unis et six de l’ONU dont la dernière en date de la MINUSTAH, décidée en 2004, est de moins en moins tolérée dans le pays, car elle le place en situation de tutelle effective sinon juridique.

3 - UN CODE DE CONDUITE
Les turbulences politiques, l’incivisme, l’irresponsabilité des dirigeants actuels ont fait du pays un objet des Relations Internationales au lieu d’être un sujet.

Il s’agit d’entamer un redressement, fait de lucidité et de sérieux. Manifester de la dignité sans arrogance stérile, recourir à la négociation plutôt qu’à la confrontation, connaitre les mécanismes des relations internationales de plus en plus professionnalisés (pour cela nous avons les compétences en Haïti et dans la diaspora).

4 - DEFINITION DES AXES PRIORITAIRES
Notre position, nos traditions et nos besoins nous commandent de rechercher nos intérêts dans l’amitié. Pour cela, il s’agit de définir des cercles concentriques de solidarité.
• Avec la République Dominicaine : sans oublier le passé, l’asymétrie actuelle des relations économiques, le sort de nos compatriotes parmi les exploités, un racisme qui demeure dans certains milieux, il s’agit de repenser les modalités de nos relations, par la recherche de solutions concertées aux principaux problèmes (conséquences de l’émigration, les eaux frontalières)
• Avec la Caraïbe anglaise : envisagée depuis 1974, l’adhésion d’Haïti à la CARICOM s’est faite de manière plutôt expéditive, sans un examen attentif des avantages mais aussi des servitudes de l’intégration économique, en particulier le Tarif Extérieur Commun, la libre circulation des personnes, des biens et des services.
Il s’agira de repenser et, éventuellement, de renégocier certains thèmes de l’adhésion à la CARICOM et songer à remplacer celle-ci, trop contraignante par des accords plus souples de coopération techniques et ponctuels.
• Avec le groupe ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) qui nous lie à l’Union Européenne, un des principaux bailleurs de fonds. C’est un axe de coopération multinationale Nord-Sud, qui a un peu perdu de son intérêt, mais à partir duquel le pays peut négocier des avantages mieux qu’il ne l’a fait jusqu’ici.
• Avec Cuba, devenu un partenaire dans des domaines précis, la santé et la pêche. Ce pays envisage sa réintégration dans le milieu continental et semble ainsi abandonner son prosélytisme agressif en faveur du communisme. Il y a lieu, avec prudence, de considérer les conditions d’une collaboration dans des domaines où il détient une expertise utile.
• Avec Etats Unis et d’autres pays du Nord. Le bloc septentrional (Etats Unis – Canada) est non seulement un puissant voisin, mais il accueille près de 1,5 millions de nos compatriotes. Sans forfanterie mais aussi sans illusion, il faut s’efforcer de tirer d’eux le meilleur : expertise technologique, assistance financière, expérience démocratique non à reproduire mais dont on peut s’inspirer. Il en est de même des pays européens, en particulier la France et la Belgique.
• L’horizon Asie-Pacifique est méconnu et négligé mis à part le Japon et les deux Chines. Les autres pays, les « nouveaux dragons » (Corée du Sud, Singapour, Thaïlande) représentent des « modèles » non à reproduire mais à imiter. C’est un axe nouveau à explorer sérieusement.
• Le cas particulier des ONGs. D’après les statistiques officielles, elles seraient au nombre de 419, en application du Décret du 14 septembre 1989 (remplaçant la Loi du 13 décembre 1982). Mais en réalité, ou en compte prés d’un millier et le nombre s’est accru depuis le séisme du 12 janvier 2010.

5 - LA REFORME DU SERVICE
Nous avons une longue tradition diplomatique dont il ne reste pas des séquelles intéressantes. Le programme de réforme devra comprendre :
• La formation des diplomates, ce qui pose le problème du recrutement et de la carrière.
• Un redéploiement du personnel diplomatique : 27 ambassadeurs permanents dont 7 à juridictions multiples, mais avec un déséquilibre au projet de l’Amérique Latine (10), l’Europe (8), 3 en Amérique du Nord, 2 seulement en Asie, 1 au Moyen Orient ; en Afrique, 54 pays, nous avons un ambassadeur au Benin, un en Afrique du Sud, un non résident au Sénégal ; dans la Caraïbe des non résidents aux Bahamas et à la Barbade.

Certes, ouvrir des missions et les entretenir coute cher, aussi il conviendra d’harmoniser présence et nécessités.

6 - LA MOBILISATION DE NOS COMPATRIOTES de l’extérieur comme agents individuels ou
organisés en groupes, pour défendre les intérêts du pays. Ils associent la compétence professionnelle, les contacts utiles et le désir de servir leur pays.
Le RDNP préconise la mise en œuvre d’une « diplomatie par la diaspora » qu’il s’agira d’intégrer d’avantage à l’œuvre de reconstruction nationale
A ce sujet, il entend des réformes constitutionnelles juridiques et pratiques en leur faveur
• Reconnaissance de la double nationalité ;
• Extension du droit du sang à leurs enfants ;
• Aménagement des dispositifs leur permettant de voter à partir de l’étranger ;
• Reconnaissance de l’éligibilité à des postes politiques, avec renonciation à la deuxième nationalité ;
• Réservation de quelques postes pour les haïtiens de l’étranger au sein du Sénat de la République ;
• Réaménagement de la structure des Conseils municipaux afin d’intégrer une représentation des « associations des originaires »des villes de province qui fonctionnent à l’étranger.

Ce programme de Gouvernement n’est pas figé, mais interactif.
Le RDNP n’a pas le monopole des compétences et des valeurs citoyennes.
Il attend de nos compatriotes des réactions, des suggestions, des propositions d’enrichissement.

Merci
Port-au-Prince, août 2010


______________________________

(*) N.B.

Le Programme du RDNP est disponible en fichier pdf à l'adresse suivante:
docs.google.com/RDNP/Changer la vie.

On peut évidemment lire le programme sur le site Web du Parti. Pour cela cliquez sur le lien suivant:

Site Web du RDNP/Changer la Vie.


Dernière mise à jour, 7 septembre 2010

mardi 2 juin 2009

Haïti / Leslie F. Manigat / L’Historique du RDNP

*
Leslie F. Manigat, ex-Président d'Haïti (7 février 1988 - 20 juin 1988)
***
Port-au-Prince, le 30 mai 2009

Au service de la jeunesse

Vous voulez savoir où vous en êtes et ce que vous devez faire dans la conjoncture, demandez-vous d’où vous venez, ce que vous avez fait et par où vous êtes passé pour le faire ?
LFM

L’Historique du RDNP, ou la vie véridique, exemplaire et éprouvée d’un grand parti moderne et modernisateur haitien
Par le professeur Leslie F. Manigat
*
A l’occasion du trentième anniversaire du texte fondateur de la naissance du RDNP en exil à Caracas, Vénézuela, le 26 mai 1979 intitulé « Les Impératifs de la Conjoncture, Ki sa sitiyasyon an mandé chak Ayisyien ».
*
L’histoire, cette réponse au besoin des sociétés humaines en perpétuel changement pour faire face à des réalités nouvelles d’adaptation aux conditions d’existence matérielles, morales et spirituelles en perpétuelle transformation pour répondre aux défis de la réalité vécue.

Ce 26 mai 1979, ce qui devait être plus tard et est devenu effectivement le Rassemblement des Démocrates Nationaux-Progressistes (RDNP) est né à partir d’un texte inspiré par mes réflexions sur la situation du pays plus que jamais à la croisée des chemins et sur la position à prendre par un intellectuel patriote non-engagé dans la mêlée d’un combat politique contre la dictature dynastique des Duvalier mais mené en ordre dispersé, au petit bonheur la chance, suppléant la maîtrise de l’art de la gouvernance et de ses exigences dans la formation des élites dirigeantes, par une bonne volonté improvisatrice et une ambition égocentrique donc centrifuge, alors qu’en face, Baby Doc pouvait se targuer de la succession de Papa doc en se définissant de son appartenance à la « tigritude » (le fils du tigre ne pouvant être végétarien, disait-il). Il fallait un leadership unitaire de l’opposition anti-duvaliérienne, face aux formations duvaliéristes décidées à recueillir pour leur groupe l’héritage du pouvoir édifié sous l’égide de la présidence à vie. Les puissances étrangères rivalisaient d’élans unanimistes (papa Knox, dépêché de Washington, et papa Dorin, accouru de Paris etc.) pour porter sur les fonts baptismaux et monter la garde au chevet du nouveau-né pour consolider l’édifice alors encore fragile de la babidocratie dans les langes, certes, mais déjà fort d’avoir triomphé de maintes invasions du temps de Papa DOC, et d’avoir fait passer le transfert du père au fils sans problème interne sinon même avec l’adhésion d’une bonne partie d’un peuple anesthésié. En face, il fallait à l’opposition, un leadership à vocation unitaire. Mais qui ? Sur quel message idéologique interne de ralliement, et sous quel patronage étranger de support ? Qui serait porteur du message initial de la bannière du ralliement minimum de consensus pour atteindre une masse critique crédible et efficace ?

Ainsi prit l’initiative d’une démarche auprès de moi en ce sens, un aîné dans la lutte anti-duvaliérienne, ancien militaire et ancien diplomate, Pierre D. Rigaud, la fille de Nicole Rigaud Forman avec laquelle nous étions liés d’une grande amitié familiale inséparable dans le Paris d’alors. Pierre vint à Paris uniquement pour essayer de me convaincre que sa démarche pour l’accomplissement de la tache de l’unification de l’opposition devait être assurée par moi. N’en n’étant pas convaincu, et préférant continuer ma carrière universitaire parisienne alors en pleine phase d’expansion, je déclinai amicalement l’invitation, mais j’avoue avoir été impressionné par la foi du patriote et la sincérité de l’homme politique émergé en 1946 sous la présidence d’Estimé lors de la « révolution de 1946 » et épanoui sous la présidence de Magloire comme ambassadeur prestigieux d’Haïti au Brésil. Sa déception sur le coup ne pouvait pas lui permettre de se rendre compte qu’il allait avoir gain de cause plus tard. Il avait mis le ver dans le fruit dans le bon sens. Un doute interrogateur se logeait dans mon esprit depuis sa démarche non insolite mais pour moi inédite. Car, jusque-là, Je n’y pensais point. Ou alors, j’y pensais sans fixation du fait que, depuis les bancs de l’Institution Saint Louis de Gonzague, des condisciples de promotion parlaient de moi, « teen-ager » encore, en termes de « candidat futur à la République ». Ce n’était pas un attribut de « tête de classe » à ma connaissance. Mais l’image se profilait déjà autour de moi.

Les origines immédiates du RDNP

Deux textes d’analyse intellectuelle sur l’évolution de la situation haïtienne à sept ans d’intervalle, « Haïti of the Sixties » (Washington, 1964) publié au Washington Centre of Foreign Policy Research, de la School of Advanced International Studies (SAIS) de la Johns Hopkins University à Washington D.C. et « Statu Quo en Haïti ? D’un Duvalier à l’autre : l’Itinéraire d’un fascisme de sous-développement » (Le Monde Diplomatique » mai 1971, puis imprimé en brochure par « la technique du livre », le premier juin à Paris), ont constitué les deux jalons du tournant de mes réflexions politiques à l’adresse de mes compatriotes mais comme intellectuel condamné à l’exil impie après avoir été arrêté, incarcéré, et condamné à mort par contumace par François Duvalier, et non comme un partisan anti-duvaliériste militant engagé, bien que déjà orienté vers des suggestion de thérapie politique par incompatibilité de personnalité et de caractère avec le monstre froid de la présidence à vie. C’est qu’en moi, c’était comme si un pharmacien avait concocté une prescription sous forme de potion à partir de ses bocaux comme un remède éventuellement salvateur contre le mal duvaliérien dont presque tout le monde était frappé, sans en mourir tous comme dans « les animaux malades de la peste ». Cela n’allait pas plus loin pour le moment, mais une incitation de réflexe avait agi dans le sens d’une invitation non encore mûre dans sa formulation. Je souffrais d’une allergie contre le virus duvaliérien d’après 1964, en incubation sans doute depuis la grève des étudiants de 1960 dans laquelle le chef de l’Etat m’avait impliqué comme co-auteur intellectuel sous le prétexte de mon influence sur la jeunesse étudiante et une partie du grand public lettré. Le fait est que les étudiants de gauche de leur Fédération Nationale avaient osé lui tenir tête : Il en était « devenu fou ». Je l’ai vu personnellement venir à l’Ecole des Hautes Etudes Internationales dont j’étais le Directeur, fermer cette institution universitaire de sa création, en ignorant ma présence et en emportant les clefs, au bord d’une jeep militaire, en tenue de soldat en uniforme, casqué et botté.

Un itinéraire de guide intellectuel et d’Historien-politologue tenté par la politique active

Mes dix ans (1964-1974) comme Maître de conférences en histoire des relations internationales à l’Institut d’Etudes politiques de l’Université de Paris, (« Sciences Po », l’Alma Mater), et mes cinq ans de cumul comme Maître de conférences au Département d’Histoire de l’Université de Paris 8 (Vincennes 1969-1974) m’ont donné l’occasion de mieux connaître et de m’intégrer dans les communautés latino-américaines exilées par les grandes dictatures militaires du sous-continent hispanophone. C’est dans ce contexte que j’ai écrit et publié en 1973 mon « Evolution et Révolution : L’Amérique Latine au XXème siècle (1889-1929) ». C’est dans ce contexte que l’engagement politique personnel est né, accompagnant les luttes latino-américaines contre les dictatures, d’autant plus qu’à l’époque, j’animais les études politicologiques sur l’Amérique Latine au Centre d’Etudes des Relations internationales de la Fondation Nationales des Sciences Politiques, rue Saint Guillaume. Notez le rythme : la recherche scientifique universitaire scandée par l’engagement politique intellectuel.


Un destin de service public Leslie F. Manigat

Mais c’est le destin qui a orienté ma pensée et mon action vers l’engagement militant contre la dynastie des Duvalier. En effet, assez brusquement, j’ai reçu l’offre conjointe du professeur Jean-Baptiste Duroselle, directeur de l’Institut d’Histoire des Relations Internationales à la Sorbonne et du professeur Jacques Freymond, directeur de l’Institut des Hautes Etudes Internationales de l’Université de Genève, pour devenir le premier directeur caraïbe de l’Institut des Relations internationales de l’University of the West Indies (UWI) sur son campus de Saint Augustine, à Trinidad. Du coup, me voici de retour dans ma région antillaise natale avec un environnement qui allait favoriser mon intégration naturelle dans la lutte contre Duvalier. C’est bien simple, je suis arrivé à Trinidad en 1974, y suis resté quatre ans (1978) et j’ai publié en 1979, à Caracas où j’allais vivre mes derniers huit ans d’exil, à la Maestria de Ciencias Politicas de l’Université Simon Bolivar, mon appel et manifeste politique contre la dynastie des Duvalier pour y mettre fin comme une nécessité de sanitation régionale et de santé physique et morale pour le peuple haitien souffrant. L’environnement venait de décider. Car si j’étais resté à Paris… Mais le fait est que j’avais rejoint la zone ancestrale proche du berceau « natif-natal », et le même soleil éclairait désormais mes pas vers une vocation déjà bien chevillée au corps par hérédité familiale. Le nom Manigat était intellectuel et politique en Haïti depuis des générations, en fait, depuis Toussaint Louverture. L’identité génétique reprenait ses droits.
Mais le contexte allait faire toute la différence, contexte régional, contexte mondial et contexte interne.

Le contexte régional de l’action d’un homme d’Etat.
Il était dominé par l’audace, à l’éclosion de la révolution cubaine de Fidel Castro, de la création d’un foyer anti-américain dans l’île de José Marti, soustrayant celle-ci de la tutelle « néo-coloniale » yankee pour la placer dans l’orbite de la Russie soviétique, à la recherche sans doute d’un bouclier. Un régime communiste ouvertement déclaré tel venait de prendre naissance au cœur stratégique d’une zone caraïbe traditionnellement zone de domination naturelle du colosse du Nord par « destinée manifeste » Face à un prosélytisme cubain dont l’offensive appuyée par Moscou, capitale du système communiste mondial, faisait des adeptes idéologiques dans la région (les sandinistes du Nicaragua, le front Farabundo Marti au Salvador, la Grenade de Maurice Bishop, des petits triangles stratégiques pro-cubains adoptant l’anti-impérialisme en vogue dans la Caraïbe de l’Est, et des admirateurs fervents même non communistes (la Jamaïque de Manley). Une région s’embrasait brûlant la bannière étoilée comme geste de rejet contagieux. Les diplomates cubains dans la région, tels un Oswaldo Cardenas, avaient la cote d’amour dans la région et c’est lui qui avait été opérationnel pour me faire inviter par l’Institut cubain de l’amitié avec les peuples, puis une seconde fois, avant la fin de la même année 1976, accompagner mes étudiants de mon institut pendant un séjour dans l’île du castrisme qui s’offrait comme modèle dans et pour la zone.

Il a fallu à Washington et à ses alliés dans la région d’abord d’éteindre l’incendie (stop the fire lines), puis en circonscrire les foyers menaçants (« containment »), puis refouler les avances pour éliminer les effets (« le roll back » ou refoulement). La leçon en fut la « doctrine Johnson » interdisant toute seconde Cuba dans l’hémisphère occidental et la contre-offensive américaine victorieuse rétablissant le statu quo ante à partir de la fin de la révolution de la Grenade de Bishop assassiné par les radicaux de sa coalition et l’intervention américaine de « roll back » dans l’île de la Caraïbe de l’Est que Fidel Castro aimait en réciprocité avec son petit frère en castrisme Maurice Bishop.

Pendant toute cette quinzaine d’années cruciales de domination du conflit Est-Ouest, le rusé Papa Doc, après avoir esquissé un pas de deux en direction de Moscou dans l’espoir de dividendes politiques et économiques du système soviétique avec lequel il sentait des affinités apparentes, rentrait dans l’orthodoxie pro-américaine à la conférence de Punta del Este en 1962 en achetant au prix fort le vote décisif contre Castro. Le journal privé du Secrétaire d’Etat Dean Rusk mentionne humoristiquement que la journée du chef de la diplomatie nord-américaine, en notes de frais, avait été occupée à prendre le petit déjeuner à l’hôtel au coût de 2$ US 25, et le lunch avec le chancelier haitien René Charlmers au coût de 2.500.000 dollars $ US ! Il fallait rentrer dans les bonnes grâces américaines pour la survie de son régime pour lequel Kennedy n’avait pas de sympathie particulière.

Le contexte international de l’action d’un homme d’Etat. Il a évolué pendant ces quinze années d’affrontement dans le conflit Est-Ouest conjugué avec l’acuité du conflit Nord-Sud avec cette originalité paradoxale d’un Fidel Castro communiste leader des non-alignés au grand amusement sans doute de Washington qui a savouré sa victoire globale contre le communisme international à la déconfiture du camp soviétique. La stratégie du président Reagan a forcé Moscou à être piégé dans la course capitalisme-communisme et c’est le premier qui a vaincu le second. La chute du mur de Berlin est l’effondrement du rêve du système soviétique d’enterrer le capitalisme au profit du communisme, censé devoir être l’avenir du monde. Le mythe du grand soir marxiste s’est écroulé dans le contexte du grand tournant de l’année 1989. Ce contexte international a redistribué les cartes et la gravité de la crise économique internationale d’une envergure rappelant la dépression mondiale de 1929, laisse Washington, qu’elle frappe de plein fouet, toutefois au zénith de la hyperpuissance coiffant des superpuissances du monde développé avec des pays émergents en rivalité compétitive pour être les nouvelles puissances régionales dont la répartition et la localisation ont refaçonné la mappemonde d’un Kissinger réordonnançant le nouvel ordre international en faveur du Brésil dans les Amériques ou du Nigeria en Afrique. L’aide étrangère, jadis dénoncé comme impérialisme, est convoitée par les bailleurs de fond des grandes puissances en liaison avec la course aux investissements privés des capitaux-hirondelle se déplaçant en hordes milliardaires tourbillonnantes tandis que des pays bénéficiaires de cette manne qui passe s’incrustent dans le paysage remodelé de la post-modernité industrielle. Un pays comme Haïti a pour première chance la sous-traitance dont les investissements lui sont disputés par un Mexique raffleur de main-d’œuvre vers un plein emploi utopique par l’arrivée des masses disponibles à l’embauche ou candidates au chômage structurel. Les pays développés demeurent à la pointe du développement, les pays en voie de développement frappent à la porte du développement pour y entrer, et les pays en voie de sous-développement se fragilisent dans la dernière catégorie des pays les moins avancés du globe pour dire autrement une nouvelle typologie de pays « faillis » passibles d’un nouveau statut de prise en charge internationale.

Le contexte haitien interne de l’action d’un homme d’Etat, fondateur de parti
L’Haïti politique de demain évoluait en deux courants opposés : celui du gouvernement de Baby Doc, en contrôle du terrain local et celui de l’opposition politique exilée agissant principalement à partir de la diaspora.

Baby Doc ? Une dérision à la survie réussie ? Un adolescent de 19ans au pouvoir, pourquoi pas, s’il était bien encadré, bien entouré ? D’autant plus que sa jeunesse, créditée d’une innocence à laquelle un peuple bon enfant ou anesthésié faisait confiance, pouvait être un atout disponible pour une politique de changement. Les premières années du nouveau règne pouvaient faire illusion et faire parler d’un petit boom économique fondé sur la sous-traitance. Mais Jean-Claude Duvalier, dont les capacités et le niveau de compréhension du monde ne dépassaient pas un secondaire de faveur que ses notes scolaires réelles contredisaient, était incapable de « maîtriser la conjoncture » et après 1976 et surtout après 1982, son régime s’effondrait dans la crise économique dont il n’avait pas moyen de sortir et allait mourir politiquement d’une « tigritude » de vantardise pour avoir cru devoir dire, pour rassurer ses tontons-macoutes, « que le tigrillon est un tigre, et que le petit tigre ne peut pas être végétarien », rendant ainsi peu crédible le changement dont ses collaborateurs technocrates souhaitaient, mais que les conservateurs de la ligne dure refusaient en défendant le statu quo politique (Roger Lafontant). La recherche d’une alternative dans l’armée saisie dans la débauche du ressentiment revanchard tardif vis-à-vis de la prédominance macoutarde, et dans un monde politique des ambitions « présidentiables » rivales (dont Clovis Désinor), qui grenouillaient à qui mieux mieux.

Le contexte haitien de l’opposition en exil en action à partir de la diaspora.
L’Haïti politique de l’extérieur allait faire un pas décisif dans la recherche d’une unité malaisée à cause du secteur accroché à ses méthodes et conceptions d’une politique traditionnelle d’invasions et de coups de forces malgré ses échecs répétés face à Duvalier père, grâce à la naissance d’un secteur plus cohérent et plus idéologisé d’une nouvelle opposition consciente de la nécessité de jeter des passerelles entre les entités politiques sinon d’un même combat ou au moins d’un combat commun. Trois courants se partageaient la nouvelle opposition : le centre droit pro-américain dont certains groupes bénéficiaient de relations directes avec les services d’intelligence de la CIA sur lesquels ils comptaient comme les équipées du capitaine François Benoît ou du père Jean-Baptiste George en mobilisant héroïquement des jeunes de la petite bourgeoisie urbaine disponibles sur le marché d’embauche politique nord-américaine. Leurs tentatives audacieuses vinrent butter en Haïti contre deux obstacles : leur méconnaissance du terrain social où la paysannerie ne faisait pas cause commune avec eux au point d’adhérer à leurs appels à l’insurrection comme dans le précédent de 1883 avec l’échec, pour la même raison, de l’invasion de Boyer Bazelais à Miragoâne, et la répression impitoyable des hommes de main de Duvalier des familles dont les fils avaient trempé ou étaient susceptibles de tremper dans ces invasions identifiées comme socialement voire « pigmentocratiquement » élitistes.

Un second secteur de la nouvelle opposition était animé par les marxistes de divers partis communistes notoirement connus intégrés au sein du PUCH. A l’étranger, le plus internationalement introduit avec une carte de visite universitaire mexicaine transcendant les clivages traditionnels était Gérard Pierre-Charles, strict en matière idéologique moscoutaire, mais souple en relations humaines, ce qui lui assurait un capital de réserves sociales. Il tenait à diriger l’unité de la nouvelle opposition, mais les nationaux-progressiste d’Haiti, notre RDNP, pensaient insensé d’offrir à Duvalier cet atout majeur du parrainage communisme de toute l’opposition haïtienne. Ces deux conceptions et ambitions se sont heurtées notamment à la conférence unitaire de Panama qui s’est soldée par le maintien du statu quo en matière de fusion reconnue impossible et d’ailleurs non désirable.

Le troisième secteur de la nouvelle opposition était constitué par notre RDNP, le Rassemblement des Démocrates Nationaux-Progressistes, le plus spatialement et organisationnellement structuré comme Rassemblement à vocation unitaire, identifié et ancré dans l’aile gauche de l’internationale sociale-chrétienne (IDC), et politiquement parrainé par le gouvernement vénézuelien de Luis Herrera Campins, par l’intermédiaire de l’agent de liaison présidentiel, notre amie Margarita Palacios. Deux ans après le lancement officiel du parti (mai 1979), avec son texte fondateur « Les impératifs de la conjoncture », la première conférence internationale constitutive du RDNP se tint à Caracas en 1981, et le président Herrera Campins organisa au palais présidentiel de la Casona, une grande réception officielle pour saluer et consacrer par son amitié et l’assurance de son assistance, la naissance de notre parti. Une grande photo commémorative a réuni tous les participants de notre première convention nationale (une trentaine venue de toutes les branches de la diaspora) autour du président démocrate chrétien vénézuelien et du nouveau Secrétaire-Général de notre parti le professeur Leslie F. Manigat.

Un rappel personnalisé de la « préhistoire politique » du RDNP
Les démarches et sollicitations qui ont précédé le lancement de mon appel fondateur des « impératifs de la conjoncture », texte d’un homme seul rédigé dans le secret du cabinet, mais expression d’une pensée collective de rencontre d’une trilogie doctrinale entre têtes pensantes de la diaspora, ont une histoire, que j’appelle « la préhistoire du RDNP » et qu’il faut évoquer en un bref rappel pour situer le parti à sa naissance.

Déjà avant mon installation à Caracas en 1978, j’entretenais des relations cordiales et d’estime amicale réciproque, avec l’ex-chancelier vénézuélien le Dr Aristides Calvani doté d’une solide formation académique, catholique et humaniste, acquise à Louvain (Belgique). Etre de Louvain était une référence. L’ancien ministre des affaires Etrangères vénézuélien était un homme d’une grande simplicité, d’une grande ouverture, d’une grande chaleur humaine et un ami des haitiens résidents au Venezuela. (dont Jean-Marie Benoît, un professionnel, et Misère Georges Fortuné, un syndicaliste ouvrier). J’ai fait sa connaissance en 1972 à L’Ifedec (Institut de formation de la Démocratie Chrétienne) où je fus invité à participer à une conférence de formation à l’intention des membres de l’organisation internationale partisane. Ce fut le début d’une grande amitié personnelle qui ne s’est jamais démentie et d’une collaboration qui nous a servi d’introduction dans les milieux démocrates-chrétiens internationaux d’Amérique Latine et d’Europe, Calvani étant alors Secrétaire-Général de l’IDC (l’Internationale de la Démocratie Chrétienne). Son parrainage nous dota d’un sage mentor pour notre admission comme parti dans l’IDC. Sa guitare nous a accompagné dans maintes agapes du parti dont il était un ornement souvent sollicité. Nous chérissons sa mémoire.
Mais cet homme peu commun nous assista de bonne grâces à faciliter nos démarches auprès de la régionale latino-américaine de l’Internationale Socialiste quand nous le convainquîmes que la cause haïtienne nécessitait le concours conjoint des démocrates chrétiens de l’IDC et des sociaux-démocrates de l’IS. C’était « ma théorie des deux jambes ». On a développé des relations partenariales avec l’Internationale Socialiste allant jusqu’à être invités à des congrès de l’IS comme le congrès d’Albufeira, au Portugal, et à des congrès de partis de l’IS comme à Vérone en Italie. Au congrès d’Albufeira, nous rencontrâmes d’autres congressistes haitiens comme Athis et Serge Gilles de l’IS mais surtout nous pûmes débattre avec Peña Gomez, directeur de la régionale latino-américaine de l’IS, lié d’amitié personnelle avec nous depuis les études parisiennes du noir dominicain doué rencontré et un peu piloté à la Sorbonne.

Les documents d’identité du RDNP achevaient ainsi d’être réunis avec cet élément constitutif de base que sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates des deux parties constitutives qui se partageaient la souveraineté du même espace insulaire devaient gouverner en coexistence harmonieuse et convergente, pour le bien de chacune de nos patries contiguës, par delà les différences nationales à respecter des deux cotés et les idéologiques ailleurs conflictuelles à rendre compatibles.

Dans tout ceci, s’agissant par exemple de Calvani ou de Peña Gomez, il y a lieu de souligner l’importance des liens personnels en politique, renforçant le rôle du coefficient individuel à coté de celui de la nécessité sociale en matière d’action humaine. Je revois Peña Gomez le socialiste me recommandant avec insistance de soigner mes relations personnelles avec les officiels et dirigeants nord-américains. Ce patriote était un leader sacrifié, mais lucide dans son réalisme de conducteur d’un peuple dépendant.

Mais le RDNP n’aurait pas été ce qu’il est devenu si le contexte global de la situation mondiale n’était pas tel qu’il l’a été de 1975 à 1989 culminant à la chute du mur de Berlin. L’effondrement du communisme soviétique provoqué par la surenchère de Ronald Reagan « raisant » dans un « poker menteur » face au jeu de Moscou pris au dépourvu sur les plans stratégique, économique, financier, politique et de compétition spatiale cosmique a redistribué les cartes et coïncida avec la rupture de vanne en Haïti de l’émigration des « boat people » en fuite éperdue sur les mers infestées de requins de la région caraïbéenne dans des embarcations frêles à peine capables de les soustraire à l’attaque des poissons géants croquants de la mort sans phrase. La tragédie des « boat people » avec ses épisodes répétitifs a posé la question existentielle du destin haitien à la conscience des compatriotes et, pour notre part, fut décisive dans notre détermination d’entrer enfin, toute honte bue et toute commisération surmontée, dans la bataille de l’engagement politique direct, à visière levée, comme parti de salut public à l’heure du sauve qui peu de notre peuple en détresse désespérée, soumis aux épreuves sans sortie apparente du départ en mer, des tragédies mortelles collectives du genre de Cayo Lobos, de la capture des survivants par les garde-côtes américains, de leur mise en camp de concentration provisoire à Krôme ou ailleurs, derrière les barbelés, avant leur refoulement, avec la reprise du cycle infernal pour essayer de revenir à la terre promise, « encore une mer à traverser » dans leurs migrations inhumaines cinq fois centenaires. Le RDNP est né d’un sursaut de conscience et d’émotion indicible dans la lutte pour donner une chance au désespoir d’un peuple « votant » par ses pieds contre ses dirigeants incapables, inconscients et corrompus. C’est une réponse spontanée pour créer dans un grand parti moderne et modernisateur les conditions nouvelles susceptibles de « changer la vie » chez nous, « dans un grand sursaut collectif ensemble, ensemble, ensemble jusqu’à la victoire finale ».
La tragédie haïtienne des boat people en Floride posait « la question haïtienne » (1978-1979). Haïti à la une ! Le RDNP est né le 26 mai 1979 avec l’appel des « impératifs de la conjoncture » et les réponses immédiates positives qui s’ensuivirent pour lui donner corps et formes et vie et âme. Le message originel de l’appel a été imprimé en une édition bilingue français-créole par les soins d’une petite équipe, une des premières cellules du RDNP à Puerto-Rico avec Roger Savain, imprimeur et co-traducteur en créole, Pierre D. Rigaud entrepreuneur souscripteur, Jean-Claude Bajeux, co-traducteur en créole, intellectuel de combat qui avait porté dans le temps de sa jeunesse la soutane des Spiritains, et un petit groupe de parents et d’amis fidèles au souvenir de Jacques Wadestrant, dont un jeune homme d’affaires haitien modeste mais de grand dévouement et de mérite en débrouillardise, sorti d’une autre planète sociale pour atterrir chez les Wadestrand, l’ami Fito Morel. Comme quoi il faut de tout pour faire un monde nouveau.
Me voici en mai 1979 donc entré en religion politique avec l’engagement d’avoir fondé un nouveau parti sur l’arène politique nationale dans l’exil haitien revitalisé avec la jeune génération des « trente-cinq cinquante-cinq » à la barre et celle des « vingt-et-un trente-cinq » aidant les matelots à la manœuvre avec leur majorité responsable, destination : la régénération d’Haïti à réaliser par les haitiens eux-mêmes. Ayiti, se nan bra-ou pou’m viv e pou’m mouri, le serment rituel de vivre et de mourir pour la patrie.

Une méthode connue du RDNP était de préparer son engagement politique par une conférence technique préalable de diagnostic et de thérapie suggérée. Ce fut le rôle de la conférence de San Antonio de los Altos, sur les hauteurs de Caracas, sous l’égide de l’Université des travailleurs de l’Amérique Latine, la CLAT, à l’initiative conjointe du leader syndical d’origine argentine Emilio Maspero et du professeur Leslie F. Manigat. Cette conférence, réunissant des compatriotes professionnels et intellectuels venus de toute la diaspora, tous azimuts (Georges Anglade, Cary Hector, Jean-Claude Bajeux, Gesner Manigat, Mirlande Manigat, Lionel et Anne Desgranges, Dr Serge François, Dr Luc Charlot, Harry Carrénard, Jacques et Merlène Brutus, Charles Antony David, Paul Arcelin, etc., et même de l’intérieur du pays (tels, parmi ces derniers, un Martial Célestin, un Leslie Delatour, un Charlie Clermont, un Pierre Clitandre) ont élaboré, à partir d’une cinquantaine de communications individuelles discutées en commissions spécialisées, les « quinze points » de Caracas, sortis de ce que « le Petit Samedi soir » appelait « les Etats Généraux de l’opposition », et qui interrogeait la problématique du Développement Haitiens. Le sujet de la conférence technique était « Haïti et ses problèmes » (Analyses et propositions de solution : Diagnostic et Thérapeutique).

La liste des « 15 points » de Caracas donnait le plan d’un véritable projet de société selon une formulation de l’instigateur de la conférence unanimement acceptée comme reflétant la lettre et l’esprit des congressistes. Aujourd’hui encore la lecture ou la relecture des « 15 points » de Caracas est un MUST qui peut servir encore de bréviaire historique pour les développementeurs de chez nous cent-vingt ans plus tard. « Si vous voulez savoir où vous en êtes et ce que vous devez faire dans la conjoncture, il n’est pas superflu de vous demander d’où vous venez, ce que vous avez fait et par où vous êtes passé pour le faire. » (LFM)



Voici la liste des « 15 points » de la conférence technique haïtienne tenue à San Antonio de los Altos (13-20 juillet 1980), sur les hauteurs de la capitale vénézuélienne, sur la base des 50 communications retenues et débattues par les participants en commissions spécialisées :

1) Remembrement et développement rural. Savoir empirique paysan et connaissances scientifiques agronomiques : Le mariage nécessaire ? Les conditions de la modernisation de l’agriculture haïtienne.

2) Fonction des spéculateurs et des commerçants d’import export et rôle de l’Etat.

3) Aménagement du territoire et implantations industrielles dans le cadre, les contraintes et les limites d’un choix de type de décentralisation.

4) La régionalisation et ses problèmes. a) Au niveau intérieur : le poids de la décentralisation et le coût de la régionalisation. b) Au plan international : coopération et/ou intégration avec la Caraïbe et l’Amérique Latine.

5) Technologie appropriée : importation, adaptation, création.

6) Instituts de Recherches et de Développement : une recherche scientifique nationale pour le développement national.

7) Langue et développement intégré : Ressorts culturels et société nouvelle. Education nationale, participation populaire et état de type nouveau.

8) Communautés de base et organisation de services (par exemple : santé, sanitation, pharmacopée et médecine communautaire) : L’état et la démocratie participative.

9) Fonctions nouvelles des institutions militaires et religieuses dans une alternative de développement.

10) Les noyaux de résistance et leur reconversion fonctionnelle dans une alternative de développement.

11) Retour d’éléments de la diaspora et réintégration dans la communauté nationale. Haïti et sa diaspora : un nouveau type de relations au service du développement.

12) Investissements étrangers et contrôle national des secteurs stratégiques de l’économie.

13) L’aide étrangère et l’intérêt national : conditions, modalités et contrôle.

14) Défis et rupture dans une conception nouvelle du développement.

15) Priorités a court et moyen terme dans la planification du développement : urgence absolues, objectifs prochains et buts lointains.

L’heure de l’engagement politique pouvait sonner un an plus tard, avec l’appel des « impératifs de la conjoncture », forgeur de la trilogie doctrinale de mon message de lancement, Rassemblement des Démocrates Nationaux – Progressistes.



L’initiative des « Impératifs de la conjoncture » en mai 1979 et l’idée d’un mouvement politique organisé à partir des réactions positives à l’appel des dits « impératifs de la conjoncture » allaient me faire prendre mon bâton de pèlerin à partir de « Colinas de Bello Monte » à Caracas : Guadeloupe, Montréal, New-York, Boston, Paris, Chicago, Washington, Bruxelles, etc). Les acquisitions stellaires du groupe initial des parents, amis et fidèles de Manigat, s’accumulaient au fur et à mesure des adhésions à l’évangile du « démarcheur politique » infatigable que le leader du RDNP allait se révéler être sur les trois continents de la diaspora placés désormais sur écoute de la voix de la concorde solidaire haïtienne criant à partir de Caracas.


Note importante : le RDNP est né comme une vocation unitaire entre sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates (voir le texte des « impératifs … » qui devait englober la gauche socialiste et le centre gauche progressiste dans le même parti). Cet appel initial situait le parti sur un axe centre-gauche et gauche démocratique, avec l’orientation préférentielle à dialoguer avec la gauche comme les entretiens avec l’équipe et l’entourage de « collectif paroles » à Montréal (Cary Hector, Henri Piquion, Daniel Holly, Antonin Dumas Pierre, Frantz Lofficial ) et les pourparlers avec le mouvement d’engagement politique de gauche à Boston-Montréal (groupe de Narcès Lescouflair). Faits significatifs : nous étions dans le prolongement amical de nos anciennes amours idéologiquement de gauche d’inspiration chrétienne mais dépassée avec Monique Brisson et Guy Alexandre. Mais plus directement, je me réfère au rappel significatif des « 20 points d’accord » de Serge Gilles avec moi en Guadeloupe sur le texte des « impératifs… » favorablement annoté. C’est dire que la position idéologique du RDNP a été bien définie dès le départ comme de centre gauche progressiste, en ligne de conformité avec « la gauche démocratique » de Romulo Betancourt (Accion democratica, social-démocrate) et du social christianisme de Napoleon Duarte et d’Aristides Calvani au temps de André Louis, Secrétaire Général de l’Internationale Démocrate Chrétienne (IDC). Le parti avait un militantisme international hostile aux dictatures de droite comme celles de Trujillo et de Somoza sévissant dans la région de la Caraïbe. Sur le plan interne, au RDNP, le centre-gauche avait des accents socialisants priorisant la lutte contre la pauvreté jouxtant la lutte contre la dictature, les deux cibles.


Signification et portée du message fondateur de l’appel du 26 mai 2009


« Les impératifs de la conjoncture », premier programme politique du RDNP (mai 1979) a paru en édition originale bilingue français-créole (Ki sa sitiyasion ayiti a mandé tout ayisyin ? ». En fait, le RDNP réel sera un rétrécissement du champ politique et de l’horizon d’implantation des impératifs de la conjoncture. La définition de l’espace unitaire du RDNP dans le message originel, conçu et défini comme un appel pan-unitaire à la solidarité de toute l’opposition haïtienne contre la dynastie dictatoriale des Duvalier (1964-1986) a subi un rétrécissement du champ de vision du fait de sa concrétisation en réalité vécue dans des circonstances dirimantes d’incarnation du verbe en se faisant chair. C’est un texte rédigé dans le secret du cabinet en mai 1979, par un homme seul, mais avec dans l’esprit le panorama et l’itinéraire de ma vision de quinze années d’incubation et le produit intellectuel de mes prises de position depuis la présidence à vie, un texte de base mais personnalisé et fondateur au sens propre et mythique de la « légende des siècles ». Et pourtant, c’était essentiellement le reflet d’une réflexion collective que je portais en moi et que j’ai couvé comme l’œuf de la conjoncture plurielle accumulée dans mon cerveau concepteur comme s’il était mien par droit de propriété d’auteur. En réalité, c’était ma vocation d’en porter la paternité historique. Mais c’était en fait l’enfantement par un auteur historiquement daté, situé et identifié, d’une œuvre collective ô combien ! L’ami Hermann Jean a fort bien retracé le contexte de cette genèse.



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Les Congrès nationaux triennaux du RDNP, « grand messes » du parti se sont succédés au nombre de 10 durant les trente années d’existence du parti, c’est dire qu’il n’en n’a pas manqué aucun., signe de ce sérieux exemplaire qui marque les traditions d’excellence de notre parti comme une exigence de qualité. Aucun autre parti n’a pu faire mieux ni autant.
Avec le congrès de Caracas (1980) immortalisé par la grande photo panoramique de famille de la quarantaine des « fondateurs » historiques autour du président vénézuélien Luis Herrera Campins au palais de Miraflores à Caracas, une équipe est née et se présente sur le terrain. Le coup d’envoi est donné.

Le congrès de Curaçao avec ses suites (1983-1984) a connu une rupture épistémologique et sociale épuratrice ou une sécession manquée mais coûteuse, avec de grands départs heureusement individuellement limités, regrettables sans doute, mais inévitables pour la cohésion partisane sinon on aurait à traîner le boulet de la discorde aux pieds. Maxo Dade et Frédéric Lannou, leaders populaires, ont été notamment les héros de la résistance de la continuité face à la sécession élitiste menée par Jean-Claude Bajeux et François Benoit sur une feuille de route séparatiste qui finalement n’a pu triompher à Curaçao, ni avant ni après. Ce furent des pertes sur le coup malaisées à combler et à réparer car c’étaient des hommes de valeur que la vie de compagnie récente m’avait appelé à aimer bien. Il n’y aura heureusement plus une telle secousse schismatique dans l’histoire du RDNP qui a pu continuer son chemin majoritaire dans une fidélité partisane insigne et inaltérablement indéfectible.


Le congrès de Djoum-balla I (1987) consacrait le rapatriement de la direction du parti à la fin d’une longue période d’exil impie. C’est la première série des congrès triennaux du RDNP « sous les bambous de Djoumballah », à Frères, et c’est surtout la convention qui a donné un programme de gouvernement moderne et détaillé au parti après des débats passionnants et passionnés autour de la charte fondamentale du parti : « Changer la Vie » et confirmé la popularité initiale du slogan-mot d’ordre du parti « pour un grand sursaut national, Ensemble, Ensemble, Ensemble, jusqu’à la victoire finale ». Sur la lancée des « impératifs de la conjoncture » et de sa trilogie fondatrice de 1979, le RDNP avait désormais sa bible : « Changer la vie », produit des larges débats participatifs de la convention de 1987 avec nos médecins (les Bernard Beauboeuf, les Jean-Robert Mathurin etc.), nos ingénieurs, nos professionnels au micro de la convention faisant avancer les débats. Mais c’est le moment de citer, même hors ou au-delà, des assises de cette convention-phare, des amis constants à l’appui indéfectible tels le notaire Ernst Avin camarade de promotion, le Dr Yvon Beaubrun, camarade de promotion, l’ingénieur Max Métayer ami de toujours, le Dr Gérard Pierre, un ami de l’adolescence commune au Bas Peu de Choses, le pharmacien Fritz de la Fuente, chimiste et professeur d’Université, parmi les plus fidèles dans la constance de notre action politique entamée avec nous alors qu’il était encore étudiant sous François Duvalier, et tant d’autres encore enregistrés dans le corpus de l’affection.


Le congrès de New-York (1990) , organisé dans l’intermède de l’exil après le coup d’état Namphy II contre notre gouvernement de février-juin 1988, a servi à montrer que le RDNP affirmait, prouvait et assurait sa continuité institutionnelle dans une homogénéité spectaculaire d’ensemble et une fidélité aux grands principes fondateurs de patriotisme, de compétence, d’intégrité et de dévouement rectiligne à la cause des descendants de ceux que le leader paysan révolutionnaire Jean-Jacques Accau appelait « la majorité souffrante », qui mérite mieux que le destin qui lui a été réservé jusqu’ici comme partenaire fondamental de l’entité nationale qu’est devenue la nation haïtienne, une et indivisible.


Ce n’est pas sans fierté que nous pouvons dire que le RDNP est sans doute la seule formation politique haïtienne moderne à avoir respecté scrupuleusement, sans défaillance ni exception, l’exigence triennale de la Convention nationale réunissant par plusieurs centaines l’ensemble des représentants du parti choisis sur tout le territoire à raison de trois au moins par commune pour les élections périodiques régulières générales du RDNP dans le pays et dans les branches extérieures de la diaspora. Cette continuité a marqué le congrès de Djoumballa II (1993), le congrès de Djoumballa III (1996), le congrès du Palais de l’Art (2002) et le congrès du Palais de l’Art (2006). Un bilan à nul autre pareil d’une ponctualité de prince qui nous a familiarisé avec les venues périodiques de têtes familières comme de nouveaux visages renouvelant les « stocks » anciens.



Les grands textes fondateurs ou rénovateurs du RDNP


Un parti comme le RDNP, c’est une idée qui s’incarne. C’est pourquoi il faut lire et relire en consultation les grands textes fondateurs ou rénovateurs du RDNP. Parmi les plus importants, il faut détacher : « Les impératifs de la conjoncture » (1979), premier programme politique du parti, l’« Appel aux intellectuels, professionnels et techniciens », sollicitant l’adhésion de la matière grise pour étoffer les arcanes d‘une pensée haïtienne dont la réputation de qualité est une tradition féconde et fécondante malgré l’illettrisme du plus grand nombre.

A suivi « L’appel de l’été 1980 » aux sept forces vives de la nation, le texte le plus percutant du RDNP et à vocation de ralliement la plus rassembleuse que le parti ait connue dans sa phase d’expansion ascensionnelle.


Alors a pu paraître la pièce maîtresse « Changer la Vie » (1987) programme officiel du RDNP, le vade-mecum de tous les adhérents, la bible de tous les militants, le livre de consultation de la gent politique amie ou adversaire.

Enfin, le message personnel de réflexions nouvelles du Secrétaire Général du parti pendant 28 ans d’existence de ce dernier significativement intitulé « Les nouveaux impératifs de la conjoncture », actualisant le classique de 1979 resté sans une ride, mais intégrée dans une fresque globale de la situation nouvelle « immuable et changeante ». C’est la dernière pièce du dossier de l’héritage légué au parti par le Secrétaire Général sortant avant de passer la main.



Les principaux slogans du RDNP.

Parmi les slogans lancés par le RDNP durant ces trente ans d’existence institutionnelle, il faut retenir :
« Pour un sursaut national, ensemble, ensemble, ensemble, jusqu’à la victoire finale », le slogan-fétiche du parti.
« OSER »
« La théorie des deux jambes »
« Priorité aux pauvres » et hostilité à l’exclusion sociale
« Compétence, intégrité, patriotisme »
« Pour une mondialisation à visage humain »
« Par la justice distributive, le plus grand bien au plus grand nombre
des déshérités du sort »
« Pour une entente solidaire tripartite entre gouvernement, patronat et syndicats »
« Coopération internationale au bénéfice de l’intérêt national » en large ouverture sur le monde actuel avec ses possibilités et ses contraintes, pour être acceptable à tous nos partenaires du système des Nations-Unies respectueux du droit international et des normes pratiques de la convivialité entre les nations.
« L’objectif de l’égalité et de l’équité en faveur des femmes » ;
« Jeune, le RDNP t’appartient comme force d’avenir du pays » etc.
Attention, camarade, ton pays fout le camp ! (slogan écologique).


Rappelons enfin les publications périodiques du RDNP


« L’Alternative démocratique, nationale et progressiste » revue trimestrielle (Caracas) que nous aidaient à diffuser le cas échéant même des amis dirigeants du FNCD comme une bonne parole de l’opposition.
L’émission radiophonique hebdomadaire du RDNP (Caracas) et son écoute difficile mais frappante
Les émissions radiophoniques régulières du RDNP en Guyane française avec la branche locale depuis plus de 20 ans (les plus vieilles du parti) avec également des émissions de radio en série continue quand faire se peut, du parti à Miami, Boston, etc.
« La Voix du RDNP », journal (Port-au-Prince)


Le grand séminaire de formation politique de base en 1983 comme manifestation d’éclat du RDNP à L’IFEDEC à Caracas (avec Leslie F. Manigat, coordonnateur, Aristides Calvani, l’inspirateur, Jean-Marie Benoit, Misère Fortuné, Mirlande Manigat, Jean-Claude Bajeux, Laennec Hurbon, Emilio Maspero de la CLAT comme auteurs d’exposés magistraux. Une trentaine de participants venus des branches extérieures du RDNP pendant une dizaine de jours. 34 cassettes enregistrées et 11 vidéos en sont sorties utilisées par le parti après ces sessions mémorables, notamment par Jean-Robert Lebrun dans ses cycles de formation pour la jeunesse du parti.


Sans oublier les « lettres circulaires » périodiques du Secrétaire Général avec les analyses de situation et les directives appropriées que Harry Byas (New-York) et Roger Archer (Miami) citaient souvent de mémoire et que Jacques Brutus (Montréal) et Gérard Milord (Boston) archivaient.


La formation politique continue au RDNP


Dès ses balbutiements, le RDNP a pris un soin particulier à assurer la formation politique continue au bénéfice de ses cadres et de ses militants. A Katia, Caracas, réunion hebdomadaire, avec les travailleurs (Maxo Dade, de Carrefour, et Théo de la Croix des Missions sans oublier frère Roger, ce fidèle de la Croix des Bouquets, leaders de la base militante), tous les trois anciens de Caracas.


En Guadeloupe, les déplacements réguliers pour la formation politique sur place avec les travailleurs (et occasionnels avec les haitiens de la Guyane française). En retour, l’acquisition de leaders populaire notoires et fidèles de la trempe des Frédéric Lannou, des Eustache , des André Marcelin etc. marquait le profil socio-politique de la base de notre parti social-chrétien avec son siège social au 234 route de Delmas, seule adresse du parti qui, en effet, jusqu’à date n’ajamais déménagé de son foyer d’action initial de 1986. Fidélité au local familier des séances de formation hebdomadaires ou occasionnelles, à la fois d’ancrage et de point de départ pour essaimer nos activités à travers le pays et à l’étranger. y compris la formation itinérante dans la diaspora et en province (à destination des UTAS ex : à Mont Organisé et à Clarisse (les UTAS exemplaires en « bandition » dans cette région du Nord-Est, ou à Collines d’Aquin, réservoir intarissable de militants dirigeants de la race des André Yves Rameau etc.ou avec Richard le sage barbu de l’Anse du Nord, sur les hauteurs surplombant l’île de la Tortue ou encore l’Anse d’Hainault, dans le voisinage de Jérémie, fief de la famille Hyppolite avec Florvil comme géniteur). Le propriétaire du local de la route de Delmas Frérel Andral était devenu un ardent propagateur « fanatique » de la bonne parole du RDNP sur place et dans sa région natale.


Citons aussi les grandes conférences et journées du Secrétaire Général en tournée de diners-causeries à Boston, à Montréal (par exemple au « Mirage »), à Paris ( par exemple à l’Ecole Polytechnique), à New-York (par exemple chez « J-B ») etc. et l’action des directeurs de branches régionales à l’extérieur en liaison avec le Secrétaire Général le professeur Leslie F. Manigat, (ex : Ottawa, Dr Jean-Maurice Dennery ; Long Island, Antoine Jean-Baptiste ; Montréal, Michel-Ange Manigat ; Brooklyn, Madame Gladys Simon ; Queens-Bronx, Gesner Manigat ; Boston, Jean Borgard ; Washington D.C. Robert Mitton, avec l’action itinérante et diligente de Lionel Desgranges, Secrétaire Général adjoint pour la diaspora au dévouement aveuglement fougueux d’un bulldozer du RDNP par contraste avec un modéré paisible mais d’un fanatisme inspiré béni des dieux, j’ai nommé J-B pour les intimes ou les frères Mathon, Clifford et Leslie, solides, paisibles, souriants et sûrs sans oublier Kaleb, un ancien du Plateau Central faisant la liaison Lascahobas-Mirebalais, un pilier du parti.


Mais voici la cohorte de choc du RDNP : la gent féminine dirigeante dont on ne peut citer ici que quatre ou cinq échantillons d’émergence récente. Certaines nous sont venues de la province avec une personnalité marquante emblématique du RDNP, qui de Jacmel comme Margaret Martin, ex-sénatrice du Sud-Est, préfet de région, morte noyée en crue de rivière, qui des Cayes comme une Madame Jean-Marie Banatte rayonnante d’énergie virile, qui de Terrier Rouge comme Madame Eunyce, restauratrice, et forte femme de tête, qui de Cabaret comme Madame Edith de la famille et de l’entourage de Colbert Bien-Aimé et à rayonnement jusqu’à Fond-Baptiste etc. Une professionnelle de la santé, le Dr Murielle Cajou Desmarrates, à la tête de son organisation féministe « Kozé fanm », s’est affirmée comme une forte personnalité du RDNP, appelée à une belle carrière parlementaire pour laquelle déjà elle avait posé sa candidature, mais avait désisté par discipline de parti. Un sourire bien personnel anime, quand elle le veut, le visage séduisant d’une femme de loi militante du RDNP, dont le mari, homme d’affaires, est devenu un des secrétaires-généraux adjoints du RDNP dans la nouvelle direction arrivante, Me Wilmine Saint Pierre, active à la tête de la branche régionale caraibéenne de la MUDCA, Association des Femmes de la Démocratie Chrétienne. Un sourire permanent est arboré par une belle petit-goâvienne, bourreau de travail, comme coordonnatrice infatigable au bureau central du RDNP, où elle se distingue déjà pour combler un grand vide : Madame Nicole Nelson, la plus proche collaboratrice de la nouvelle Secrétaire-Générale. Mais sans doute la personne la plus idoine et attachante par son dévouement personnel « maternel » pour le RDNP demeure, dans notre souvenir, Marie-Thérèse Laraque, Madame Maximilien, « Manman RDNP » pour le parti.
Le temps des représentants des noyaux de contact du RDNP et de dignitaires notoirement connus à l’extérieur comme René Benjamin et Hermann Jean à Paris, Robert Bénodin pendant longtemps l’âme du RDNP à Chicago, André Aladin, Jeanina Cajou, Thérèse Métellus, Serge François, Gérard Loiseau, Harry Bayas, Batichon, Saint Surin etc. à New-York, Harry Carrénard, Paule Brizzard, Ernst Dorsinville, Lola Chassagne, Oswald Hyppolite, Pierre Claude, Marie-Antoinette Nonez, et Jean Bernadel à Montréal, Narcès Lescouflair, Samy Williams (Monsieur Panamerican Airways), Roger Archer, Sony Ambroise, Charles Eugène, Rigobert Carthy, Harry Loiseau et Marie-Josie Martin à Miami, André-Yves Rameau et Bellefleur de la Guyane française, André Marcelin, Roger Lucien (frère Roger) et le « gros » René Louis, de la Guadeloupe etc.


Les manifestations religieuses de rassemblement spirituel d’éclat catholiques comme à Montréal, à la cathédrale des pélerinages haitiens avec Jean Bernadel, à Philadelphie au culte de la vierge noire, ou protestantes comme à New-York avec le pasteur Lorient ou le pasteur ingénieur Frontus ; la constitution d’une Fédération nationale du vodou qui a pris position politique en faveur du RDNP et avec la religion populaire avec Max Beauvoir et Réginald Bailly et Hérard Simon à Soukry décrété sanctuaire du RDNP, (qu’on me pardonne de ne pas pouvoir citer les noms de tous ces « dignitaires et ayant droits »), et enfin des coordonnateurs généraux de la base sociale interne et dynamiques : pendant longtemps Pierre Richard et son homologue Rodrigue, deux noms de « vétérans » du RDNP alors fidèles gardiens du temple, ou sur le plan personnel militant les Maxo Dade et Frédéric Lannou, les Eustache, les André Marcelin, les « gros » René Louis, leaders populaires venus de Pointe-à-Pitre, alors à rayonnement affirmé, rentrés au pays pour militer avec nous. Un médecin ancien parlementaire, le Dr Gérard Beaubrun, originaire de Léogane, rappelle par son verbe et sa verve, que le RDNP a eu dans le passé des élus au parlement et en a nominalement encore quelques-uns.


Un gros élément de prestige du RDNP a été la constitution d’une cellule de préparation technique de plans « glissants » pour le développement durable, dénommée « le consortium 2004 » par une équipe de professionnels et d’experts à haute réputation tels le regretté Reynold Jean, homme de ressources intellectuelles et technologiques trop longtemps insoupçonnées au pays, nos ingénieurs Elysée Nicoleau, Marcel Perreira, et Malherbe, rejoignant les rangs déjà occupés par l’ami condisciple de promotion dont le nom est synonyme de compétence, d’élégance, de finesse artistique et d’intégrité, je veux dire mon frère l’architecte Fritz Benjamin, ornement de l’engagement au RDNP.


En réalité, il faut dire en conclusion que le RDNP a eu la fortune, malgré les épreuves qui ont jalonné son existence, malgré les victimes du devoir avec Massenet le chauffeur disparu après son arrestation sur la route de Saint Marc, ou les frères « Isope » soumis à la torture du supplice de la roue,- nous ne les avons pas oubliés au RDNP -, et les efforts innombrables et incessants pour nous barrer la route du retour au pouvoir, en vertu de la lutte contre la compétence intègre dans la tradition de médiocrité qui l’a généralement emporté en matière de gouvernance chez nous, la fortune, disais-je, de constituer « une fratrie » qui a permis, à tour de rôle, à chacun de contribuer à la pérennité du parti selon ses capacités à son heure de prédilection et il me plait, en tant que Secrétaire Général sortant et fondateur institutionnel marqué, comme tout homme, par ma différence incommunicable, de détacher, comme homme symbole du RDNP, un ami fraternel qui a rejoint nos rangs en septembre 1981 pour être et rester Monsieur Sécurité du Parti en toutes circonstances et à toute épreuve, j’ai nommé Frantz Jean-Louis dit Fanfan, incarnation et symbole de fidélité partisane comme le RDNP a su en faire des échantillons de qualité stellaire comme galaxie politique pendant les trente ans de son existence dont vingt-huit sous une direction communautaire mienne et ferme que j’ose appeler en référence : apostolique, tant est chère à notre cœur de patriote d’avoir constitué et représenté une force du bien commun et de santé morale dans ce pays nôtre. La famille RDNP avait une autre mer à traverser, comme dit notre ami le poète René Dépestre, eh bien, elle a réussi cette traversée depuis son congrès de 2006 quand un slogan significatif a présidé à la relève de la garde : Leslie s’en est allé, à l’heure crépusculaire, se déchargeant de toute responsabilité dirigeante, en une retraite studieuse au service de la jeunesse, la patrie toujours dans l’esprit et au cœur jusqu’à un autre départ de toute façon prochain avec un octogénariat qui s’annonce pas du tout lointain. C’est Mirlande qui a la mission de rester comme la vestale choisie par le destin pour entretenir le feu sacré et la pérennité de la res publica. Que vive à jamais la famille RDNP en sa nouvelle Secrétaire Générale Mirlande Hyppolite Manigat et la nouvelle équipe dirigeante du parti déjà à pied d’œuvre à ses côtés.

Vive le RDNP solide dans sa pérennité assurée !

Vive Haïti la nation chérie indestructible !

Ensemble, ensemble, ensemble, jusqu’à la victoire finale.

Leslie F. Manigat
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Texte reçu du professeur Adrien Bance