mercredi 8 juin 2011
Haïti/Début présidence Martelly/Entrevue du Professeur Gérard Bissainthe
Date: 1er juin 2011
Présence Haïtienne (1)
Professeur Bissainthe, cela fait très longtemps que vous n’êtes pas intervenu sur le Web. Vous vous retirez sous votre tente? Vous prenez du recul?
Gérard Bissainthe
Je me suis seulement imposé un temps de silence depuis le résultat des élections.
Présence Haïtienne
Ces élections ont donc été si importantes?
Gérard Bissainthe
Oui importantes surtout par le sens qu’elles ont en elles-mêmes. Depuis 1994, en effet, ce qui a été au pouvoir en Haïti c’est ce que beaucoup appellent la Gauche et que je préfère appeler la Gogauche. Pour la première fois depuis ces élections c’est un citoyen lambda, sans appartenance idéologique qui tient les rênes du pays. Cela constitue un changement qualitatif dans notre politique haïtienne. La Gogauche est morte.
Présence Haïtienne
Qui l’a mise à mort? Le nouveau président?
Gérard Bissainthe
Selon les apparences oui. Mais c’est plus profond que cela. D’ailleurs le nouveau président n’a pas livré une guerre ouverte à la Gogauche et son but n’a pas du tout été de la détruire. Disons qu’à la faveur des circonstances il a pris le navire à l’abordage.
Présence Haïtienne
Un coup d’Etat?
Gérard Bissainthe
Pour qu’il y ait coup d’Etat il faut qu’il y ait Etat. Comme depuis longtemps Haïti est sous tutelle, l’Etat dans ce pays est devenu une fiction juridique. Dans le “mangé-chin”, le “lucha libre” électoral auquel nous assistions depuis plusieurs mois le nouveau président s’était montré le plus “bandit” et il l’a emporté.
Présence Haïtienne
Ça vous satisfait?
Gérard Bissainthe
Satisfait serait un bien grand mot. Je ne suis pas masochiste.
Leu ou pa gain maman ou tété gran’n.
Il faut faire avec. Mais sans se bercer d’illusions.
Présence Haïtienne
Vous aviez écrit des choses très positives sur le candidat Sweet Micky devenu aujourd’hui président.
Gérard Bissainthe
Je les assume aujourd’hui encore. Il avait et a beaucoup d’atouts.
Le premier pour moi est qu’il a toujours été pour l’Armée indigène, à la différence de tous les soussous commandités de la Gogauche.
De plus, il parlait et parle beaucoup de langues:
1.- Il parlait et parle très correctement notre “parler haïtien existentiel” qui est un mélange pendulaire et ondulatoire de créole et de français: en effet, dans le même discours, le même paragraphe ou parfois la même phrase l’Haïtien normal passe constamment de l’un à l’autre sans aucun complexe et sans état d’âme. D’où l’absurdité de deux orthographes, l’une pour le français, l’autre pour le créole, alors qu’il s’agit de la même langue existentielle. Seuls les linguistes se forcent à parler et veulent imposer un créole prétendument intégral, mais qui est factice, ennuyeux, cabalistique, casse-pied et qu’ils prétendent originaire de Trou-lou-cou-cou.
2.- Il parlait et parle l’anglais qui est aujourd’hui la langue dominante dans le monde, y compris en France.
3.- Il parle sans doute l’espagnol
4.- Il parle la langue dite verte où les gros mots abondent et dans laquelle en France un Rabelais, grand humaniste, était passé maître.
Présence Haïtienne
Cette langue verte ne vous choque pas
Gérard Bissainthe
Si dans ma jeunesse j’avais utilisé le centième du langage pré-électoral et électoral de Sweet Micky devant ma mère, j’aurais reçu d’elle une “kal” magistrale dont j’aurais gardé un souvenir cuisant et éternel. Mais ma sainte mère est certainement aujourd’hui au ciel et nous sommes sur terre.
Il n’y a qu’une langue que ce candidat ne parlait pas, c’était la langue de bois.
Il était ouvert à tous, ne cherchant pas à faire l’ange pour aboutir à faire la bête. Bref l’antithèse de la Gogauche.
Présence Haïtienne
Ne craignez-vous pas qu’on dise demain que c’est vous qui l’avez dédouané.
Gérard Bissainthe
Avait-il besoin d’être dédouané? Après les élections de 1988, un jeune journaliste talentueux m’avait une fois interpelé bruyamment en public en ces termes: “Bissainthe, ça ou fait a pas bon. Sé ou qui dédouané Manigat.” J’avais effectivement, après son élection très controversée, demandé haut et clair, urbi et orbi qu’on se rallie à Manigat. Si on me reproche des dédouanages et qu’en réalité je mérite ces reproches, je les assume.
Présence Haïtienne
Mais qu’est-ce qui a changé avec la nouvelle présidence?
Gérard Bissainthe
Deux principes fondamentaux sont maintenant réellement acquis:
1.- le retour de l’armée indigène en lieu et place de l’armée étrangère (la Minustah), ainsi que l’exige l’essence même de la nation haïtienne définie à la proclamation de son indépendance en 1804 comme une nation libre et souveraine, ce qui implique que sur le territoire de la République d’Haïti la possession et l’usage de la forcée armée est un privilège exclusif des Haïtiens et de leurs représentants. Toute force armée étrangère, quelle qu’elle soit, sur le territoire d’Haïti est illégale et constitue un viol de la souveraineté nationale.
2.- Le reconnaissance de l’irrévocabilité, de l’indestructibilité naturelles en quelque sorte de la citoyenneté haïtienne d’origine qui résiste à toute citoyenneté secondaire obtenue par naturalisation, sauf en cas de renonciation explicite et formelle à cette citoyenneté haïtienne d’origine.
Présence Haïtienne
D’autres candidats acceptaient aussi ces principes.
Gérard Bissainthe
Mais seulement du bout des lèvres. Il était le seul des candidats à s’être trouvé dans le même camp que moi, à l’époque où je défendais la cause de la souveraineté nationale et de l’Armée Nationale en particulier dans mon journal LA NATION, avec des personnes courageuses, voire héroïques, comme feue Me Mireille Durocher Bertin, feu Dr Gérard Etienne, Carl Denis heureusement encore en vie après les ignobles vexations d’une prison où il fut maintenu sans aucun chef d’accusation, et bien d’autres auxquels je rends hommage ailleurs. En ce temps quasiment tout le monde crachait sur l’Armée, bouc émissaire de tous nos maux, ce qui automatiquement veut dire que presque tout le monde en ce temps demandait à cor et à cri et à genoux que des soldats étrangers viennent chez nous accomplir le “White Man’s Burden” de nous civiliser.
Présence Haïtienne
Maintenant que Michel Martelly est devenu président, que pensez-vous de lui?
Gérard Bissainthe
Tout d’abord j’avais tenu à dire, lorsque je soutenais sa candidature, que je n’avais demandé ni obtenu aucune garantie de sa part. Je ne suis lié que par moi-même. Etant de ceux qui ont aidé, peu ou prou, à mettre le satellite gouvernemental sur orbite, je ne peux être indifférent à son sort. S’il échoue, ce sera aussi un peu mon échec. Je ferai pour lui ce qu’en 1986 je recommandais à tous de faire pour le CNG dirigé par le General Namphy, à savoir de lui apporter appui et critiques positives.
Présence Haïtienne
Vous appuyez donc ce Gouvernement?
Gérard Bissainthe
Oui. Et nous devrions tous le faire. Ceux qui veulent repartir pour un “raché man-yoc” sont des irresponsables.
Présence Haïtienne
Que pensez-vous de certaines critiques qui lui sont faites?
Gérard Bissainthe
Lesquelles ?
Présence Haïtienne
Par exemple, on reproche au nouveau Président, d’être trop “chaud” dans le sens créole du terme, trop impatient d’agir.
Gérard Bissainthe
Il s’est justifié en disant qu’il devait rattraper le temps perdu du fait qu’il aurait dû être au pouvoir depuis le 7 février. Il me rappelle le Père Foisset, un de nos éducateurs spiritains méritants du College Saint-Martial dans la décennie 1940 qui commençait le premier cours de l’année scolaire en classe de Rhétorique par ces termes: “Prenez vos plumes. Prenez vos cahiers. Nous n’avons pas de temps à perdre: nous sommes en retard sur le programme.” Je n’aurais pas commencé comme lui. Mais chacun son style.
Présence Haïtienne
Qu’auriez-vous fait à sa place?
Gérard Bissainthe
Ayant beaucoup appris de ce maître exigeant, qui fait payer très cher ses leçons et qu’on appelle l’Expérience, j’aurais commencé par prendre mon temps, car le pays ne va pas se sauver. Et ses problèmes non plus; ce qui serait trop beau. Je n’aurais posé aucune action publique avant d’avoir mis sur pied mon propre cabinet, dût-il être purement officieux. Ce qui me dérange c’est que le Gouvernement annonce chaque jour des mesures, entreprend chaque jour des actions sans être encore effectivement et formellement à la barre du pays. Tous les actes que le Président pose actuellement devraient normalement être posés plutôt par son Premier Ministre. Comme le Premier Ministre doit être ratifié par un Parlement qui ne lui est pas acquis, un conflit se prépare et éventuellement un blocage gestionnel, au cas où un compromis ne peut être trouvé. D’ores et déjà le Président doit savoir sur quoi il va s’appuyer pour mener sa barque. Or voici les forces en présence:
a.- La Communauté Internationale
b.- L’Establishment
c.- Le Parlement
d.- Le peuple de la base, ce qu’en anglais on appelle les “Grassroots”.
Il faudrait ajouter une quasi force politique constituée par les Media. On remarquera que je n’ai pas mentionné l’Armée, car l’Armée n’est pas une force politique. L’Armée n’est qu’un outil incontournable, strictement au service d’une des quatre forces politiques ci-dessus mentionnées. Jusqu’ici Communauté Internationale, Establishment, Parlement ont fait bon commerce. Or le nouveau Président a été élu grâce au support du peuple de la base séduit par la flute d’Orphée, ce qui veut dire qu’il ne pourra gouverner qu’avec le peuple de la base. Il est ainsi menacé du même écueil, du même piège qui a fait tomber ou qui a paralysé Aristide: élu par le peuple, ce dernier a été prisonnier de l’Establishment, dont il a fait le jeu en supprimant lui-même l’Armée indigène, l’outil indispensable pour tenir en main l’Etat.
Présence Haïtienne
Que conseilleriez-au nouveau Président?
Gérard Bissainthe
Plutôt que de parler de conseils, je préfère faire une analyse qui vaut pour quiconque accède au pouvoir surtout la première fois. Au début la première sensation, je dis bien sensation, est que le pouvoir c’est la puissance. On croit qu’on peut tout faire et on ne comprend pas que ceux qui sont passés avant n’ont rien fait ou n’ont pas fait grand-chose, du moins selon son propre jugement. A la fin ou vers la fin on fait la constatation de ses limites et on dit comme De Gaulle dépassé par l’Affaire Ben Barka: “Le pouvoir c’est l’impuissance.”
Présence Haïtienne
Que pensez-vous du projet présidentiel de résoudre une fois pour toutes le problème de notre école primaire?
Gérard Bissainthe
C’est beau, noble, généreux, sympathique. La grande question est comment? Déjà nous sommes enlisés dans l’impasse d’un enseignement en créole qui est le sommet de l’obscurantisme. Alors qu’il faut armer nos masses de langues qui débouchent sur le savoir universel, comme le français, l’anglais, l’espagnol, en profitant de la faculté naturelle de l’enfant à absorber n’importe quelle langue entre 4 et 7 ans environ, passer son temps à l’initier à un créole qu’il connaît déjà, qu’il ne perdra jamais, c’est de la folie douce et une vraie conspiration pour maintenir les masses dans une médiocrité destinée à les empêcher d’aller faire concurrence aux enfants des élites économiques et sociales qui, elles, sont très vite multilingues et tiennent le haut du pavé dans notre nation et souvent même hors de notre nation. Les linguistes sont des criminels sociaux conscients ou inconscients. Il faut d’abord savoir quelle école primaire? Puis vient le problème de l’argent: qui va financer cette école primaire? Si ce doit être encore le “Blan”, forget it.
Présence Haïtienne
Vous auriez donc tendance à rejeter ce projet parce que trop ambitieux.
Gérard Bissainthe
Pas du tout. Il faut surtout l’axer sur la seule source d’argent national qui est encore quasiment inentamée: notre Diaspora.
Présence Haïtienne
Elle est déjà très sollicitée.
Gérard Bissainthe
Oui, mais à peine au dixième de ses moyens.
Présence Haïtienne
Le nouveau président se dit pour la Diaspora.
Gérard Bissainthe
Je le crois sincère lorsqu’il le dit. Il faut reconnaître que c’est sous sa présidence, coïncidence heureuse, que la multinationalité a fini par être acceptée dans un amendement constitutionnel, pour lequel le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger sous la houlette de son Ministre sortant Edwin Paraison s’est vaillamment battu.
Présence Haïtienne
Mais le nouveau Premier Ministre pressenti a annoncé qu’il allait mettre fin à ce Ministère des Haïtiens de l’Etranger. Vous devez vous-même ressentir cela comme la mort de votre propre bébé, car c’est vous qui avez conçu et mis sur pied le Commissariat Général des Haïtiens d’Outre-Mer, la première mouture du MHAVE.
Gérard Bissainthe
C’est exact. Le PM pressenti va un peu trop vite à l’ouvrage, à mon avis. S’il est, lui aussi, “en retard sur le programme”, cela laisse prévoir que son programme va être dévastateur. L’herbe risque de ne pas repousser sous les pas de son cheval. Supprimer le MHAVE, comme cela, d’un revers annoncé de la main, alors que la Diaspora maintenant citoyennement libérée, peut enfin donner sa mesure, serait, à mon avis, une grave erreur. Il faut plutôt le refondre, ce qui ne peut se faire qu’en concertation avec la Diaspora elle-même. A mon, avis, il faut laisser le statu quo, jusqu’à ce que cette concertation puisse être bien mûrie, bien ficelée et bien réalisée.
Présence Haïtienne
Que pensez-vous donc alors de ce PM pressenti?
Gérard Bissainthe
Je ne le connais pas. Ceux qui m’en parlent m’en disent plutôt du bien.
Présence Haïtienne
Certains veulent l’écarter des raisons dites constitutionnelles, du fait qu’il a été consul honoraire de la Jamaïque.
Gérard Bissainthe
Il y a des gens qui m’amusent. La solution de la Minustah équivalait en elle-même à mettre la constitution en petits morceaux et à l’enterrer. Sous prétexte de la sauver, bien sûr. Et voilà que devant un prétendu accroc, objet de contestation, à une Constitution zombifiée, ils se dressent toutes plumes dehors, le couteau entre les dents, pour défendre notre Charte Nationale qu’ils disent en péril. Jésus-Christ parlait de ceux qui avalent le chameau et filtrent le moustique. Quand le salut du pays est en jeu, il faut savoir faire passer l’esprit de la loi avant la lettre de la loi. Si le PM pressenti a les qualités requises pour faire le travail, nous devons l’accepter.
Présence Haïtienne
Alors la nouvelle présidence est-elle bien partie?
Gérard Bissainthe
Bien serait beaucoup dire. Mais au moins elle est partie autrement, décidée à explorer des champs nouveaux hors des sentiers battus des Gogauchards qui se sont fait une spécialité de l’exploitation du pire et de la distillation de l’ennui.
Présence Haïtienne
Votre pronostic?
Gérard Bissainthe
Il est trop tôt pour en faire un. Je les regarde encore courir.
Présence Haïtienne
Pourriez-vous nous parler la prochaine fois de votre conception de ce que doit être une nation?
Gérard Bissainthe
Très volontiers.
Présence Haïtienne
Merci, Professeur Bissainthe, pour avoir bien voulu répondre à nos questions.
Gérard Bissainthe
C’est à moi à vous remercier.
1er Juin 2011
www.presencehaitienne.com
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(1.-) Pour la commodité du discours je présenterai désormais certaines de mes interventions sous la forme d’une interview par “Présence Haïtienne” qui est une revue que j’avais fondée à New York en 1970. (Note de Gérard Bissainthe)
mercredi 1 juin 2011
Une actualité déconcertante et inquiétante pour l’état de droit
Secrétaire Générale du RDNP
J’ai été sollicitée pour m’exprimer sur l’actualité constitutionnelle du pays à un moment de dérive, d’atermoiements et d’incertitudes dans lequel ce qui est en jeu est la préservation de la Constitution de 1987, non dans sa pureté originelle, mais dans son rôle vigilant,et surtout le respect de cette base essentielle de la construction de l’état de droit qui ne souffre pas de compromissions au nom de la raison d’état qui est son contraire.
Je l’ai fait en créole sur des stations de radio, mais il me parait utile et opportun de produire mes analyses et d’exprimer mes préoccupations par écrit. Le langage parlé touche le plus grand nombre, mais l’expression écrite demeure comme témoignage d’une position et d’un engagement.
Pour la première fois depuis son adoption, la Constitution de 1987 est en train de subir une procédure d’amendement, initiée conformément à son Article 282 lors de la dernière session de la 48ème Législature, in extremis, le 14 septembre 2009 avant minuit. Un texte a été adopté qui sera publié dans Le Moniteur le 6 octobre. La 49ème Législature installée avec un retard considérable, mais dans les temps, a statué sur le texte le 9 mai avant minuit et l’a envoyé au Président de la République afin qu’il soit promulgué et publié, ce qui a été fait le 13 mai.
A partir de là,l’actualité s’emballe et la procédure est ballotée dans un bateau ivre où se sont multipliés de véritables "sauve qui peut". On a entendu plusieurs témoignages de parlementaires révélant, avec force détail et animés par une conviction pas toujours concordante, que le texte publié le 13 mai n’est pas celui qu’ils ont voté en Assemblée Nationale. Celui-ci souligne l’absence de sa signature réglementaire, celui-là attire l’attention sur des articles manquants, d’autres révèlent des prescriptions tronquées dans leur substance. Tout un cahier de charges verbales qui a troublé la conscience citoyenne mais aussi déclenché des dérives analytiques et des propositions de solution ahurissantes, quoique parfois sincères dans la volonté d’aider dans la recherche d’une solution, mais qui s’écartent des exigences du Droit, surtout s’agissant d’un texte fondamental comme la Loi-mère du pays qui réclame un minimum de respect. Le respect de la Constitution c’est ce qui me porte à livrer quelques réflexions même si,comme je l’ai maintes fois souligné, la Charte de 1987 présente de nombreuses lacunes qu’il est toutefois possible de combler mais en respectant les règles de procédure. Je rappelle aussi que ma proposition fondamentale va dans le sens de la préparation d’une nouvelle Constitution, mais lorsque le contexte national sera politiquement approprié. Mais j’ai toujours affirméque je n’avais aucune aversion méthodologique envers la procédure d’amendement s’appliquant à 10,20 ou, comme c’est le cas présentement, 128 Articles, à condition qu’on observe les principes et le chronogramme idoines.
J’ai travaillé avec 4 textes à partir de la Constitution de 1987 qui sert de référence :
Les propositions d’amendement soumises par l’Exécutif, un document en trois colonnes, le premier rapportant la disposition constitutionnelle, le second le changement souhaité et le dernier la justification de la modification estimée souhaitable.
Le texte voté séparément par la Chambre des Députés et le Sénat le 14 septembre 2009 avant minuit.
La Déclaration correspondante publiée dans Le Moniteur le 6 octobre 2009.
La Loi constitutionnelle parue dans Le Moniteur le 13 mai 2011 avec la formule sacramentelle de la promulgation par le Président de la République.
S’agissant de ce dernier texte que j’analyserai plus tard, si l‘opportunité se présente, je voudrais faire trois observations rapides.
La première concerne l’appellation d’Assemblée Constituante que l’Assemblée Nationale se serait accordée. En l’occurrence, il s’agit d’une Assemblée Nationale Constituante,car le titre précédentse justifie s’il s’agit de fabriquer une nouvelle Constitution et, le plus souvent, en dehors de l’enceinte parlementaire. Lorsqu’elle est dotée de pouvoirs constituants soit pour rédiger un nouveau texte, soit pour amender une charte en vigueur, le titre requis précisément par la fonction est bien Assemblée Nationale Constituante. Rappelons quedans notre histoire, 11 de nos Constitution, dont celle de 1987, ont été fabriquées par des Assemblées Constituantes, et 8 d’entre elles par des Assemblées Nationales Constituantes. Le produit fini dans un cas comme dans l’autre, détient la même valeur juridique. Ce n’est pas un détail car l’identification correcte de l’organe émetteur qualifie l’objet de l’intervention.
La seconde se rapporte à la dernière phrase "Le présent amendement après publication au Journal Officiel Le Moniteur entre en vigueur à l’ installation du futur Président de la République le 14 mai 2011".
Or,l’Article 284 de la Constitution précise "L’amendement obtenu ne peut entrer envigueur qu’ après l’installation du prochain président élu ".
La grammaire juridique est aussi de la grammaire et il se dégage une différence entre les deux conjonctions de temps qui ne sont pas interchangeables, car la première induitune immédiateté temporelle et même une coïncidence, tandis que la seconde établit undécalage qui va dans le sens voulu par la Constitution.
La troisième est plus importante et saute aux yeux dès la première page du texte publié dans Le Moniteur du 13 mai 2011. Elle concerne le label de Loi constitutionnelle octroyé au texte et qui suscite quatre commentaires critiques :
La 49ème Législature a reçu de la précédente non un projet de loi mais une Déclaration telle que publiée dans Le Moniteur du 6 octobre 2009.
La Constitution de 1987 ne requiert pas d’adopter des amendements sous forme de loi.
L’Assemblée Nationale n’a pas dans ses attributions d’adopter des Lois. Il estinscritqu’elle peutprendre un décret pour ratifier les Traités et Conventions(Article 276-1), mais la Constitution ne lui reconnait pas une rérogative législative stricto sensu.
Il existe toute une procédure d’adoption des lois à partir d’une compétence générique reconnue au Parlement dont il est dit qu’il fait des lois sur tous les objets d’intérêt public (Article 111). Mais plusieurs dispositions établissent l’itinéraire des lois, entre l’initiative, la navette d’abord bilatérale entre la Chambre et le Sénat qui doivent voter un texte dans les mêmes termes, puis triangulaire par l’obligation de solliciter et d’attendre les objections possibles du Président de la République lequel, en fin de parcours, promulgue la loi et l’envoie au Journal Officiel pour la rendre exécutoire. Il est donc impropre de parler de Loi constitutionnelle alors que cette procédure n’était pas de mise, ne se justifie pas et n’a pas été enclenchée. Et il convient de souligner que le Président de la République, en promulguant le texte envoyé au Moniteur, lui aussi, l’identifie comme telle, reprenant et confirmant ainsi l’anachronisme juridique.
A partir de ces documents de base, on peut reconstruire l’itinéraire de la pièce qui devait comporter et authentifier l’amendement. Mais plusieurs zones d’ombre demeurent, la principale étant le document transmis par le Président du Sénat et de l’Assemblée Nationale au Président Préval aux fins de promulgation. C’est le maillon manquant de la chaine et une pièce essentielle, la seule qui permettrait une minutieuse comparaison avec le texte du 13 mai pour repérer les erreurs, altérations de fond, en clair une manipulation. En son absence, il est logiquement et juridiquement impossible,en tout cas pas convaincant de révéler les points de différence ce qui permettrait de confirmer à coup sûr qu’il y a eu manipulation, dans quel sens et, peut-être, au profit de qui. Quelque crédibilité que l’on accorde à la parole de Députés et de Sénateurs qui crient au scandale, dont les propos sont largement repris par la presse parlée et écrite, elle ne constitue pas une preuve, même si elle oriente vers des probabilités surtoutpsychologiques. Ces propos vibrants de sincérité de parlementaires faisant appel à leur mémoire et non à leurs notes écrites ne sauraient fonder des arguments prouvant l’illégalité de la procédure et la caducité du texte publié le 13 mai.
Il revenait au Président de l’Assemblée Nationale, dès l’éclatement de la controverse,d’y mettre fin en publiant le document voté par l’Assemblée Nationale et transmis au Président de la République. Après tout, il parait logique de croire qu’il en a conservé une copie, sinon ce serait mettre en cause le sérieux avec lequel les choses ont été menées. Il ne s’agit pas, en l’occurrence, de fabriquer un rectificatif après coup, en corrigeant un texte publié car on pourrait douter de l’authenticité d’une initiative qui s’apparenterait plutôt à un rattrapage peu convaincant.
Incontestablement, il y a trois lieux possibles où l’intervention manipulatrice a pu être exécutée. Le premier est le milieu de l’Assemblée Nationale, mais est-ce le Président ou les membres du Bureau tout entier qui auraient agi dans la précipitation des dernières heures de la procédure ? Comment expliquer la disparition des Procès verbaux de la séance à partir desquels on pourrait retracer le fil des évènements, et qui en avait la garde ? Sommes-nous en présence d’un cas de désinvolture administrative ou faut-il soupçonner un geste délibéré? Restent les cassettes d’enregistrement télévisé de cette importante séance qui ne sauraient constituer des preuves intangibles,mais permettraient de révéler qui a dit quoi, quand et quel fut le résultat du vote article par article et à quel moment. On est en droit de se demander si ces documents ne se sont pas, eux aussi, volatilisés et sur ordre de qui.
Le second est la Présidence de la République : faut-il incriminer le Président René Préval, le Premier Ministre Jean Max Bellerive, les Ministres ou tous ensemble réunis et consentants pour mener à bien cette grave intervention ? Ils ont signé le texte envoyépar le Président de l’Assemblée Nationale et cautionné l’envoi au Moniteur. Ont-ils pris la peine de lire ce à quoi ils apposaient leur signature lui accordant ainsi un label d’authenticité et de légitimité, ou ont-ils, en la circonstance, fait confiance au Président qui, en signant le document, a dissipé les interrogations possibles ?
Reste un troisième espace, les Presses Nationales elles-mêmes pour fonder une possibilité technique à défaut d’un intérêt politique. La publication au Moniteur est soumise à des instructions reçues du Bureau du Premier Ministre ou du Ministère du Commerce. Sans en écarter l’hypothèse, une collusion avec des centres extérieurs pour effectuer les changements serait audacieuse et aussi dangereuse, car le Journal Officiel, en principe, ferme l’itinéraire d’un texte. Dans notre histoire, il est arrivé qu’un texte publié soit rappelé afin de corriger une erreur de transcription. On lit dans Le Moniteur le compte rendu de ces cas, rares au demeurant, où des parlementaires demandaient et obtenaient des rectifications au sujet de leurs déclarations mal rapportées ouqu’ils estimaient telles. Mais il s’agissait d’erreurs mineures et, à ces époques-là, le Parlement avait directement accès au Journal Officiel. En la circonstance, un tel rappel devrait être effectué par l’entité qui aura eu l’initiative du premier envoi, c’est-à-dire le Président Préval qui n’est plus en fonction. Et il n’est pas sans intérêt de souligner qu’un texte publié au Moniteur jouit du bénéfice de la présomption de légalité en ce sens que sa parution représente la dernière étape du chronogramme; mais une judicieuse controverse relativise ce caractère impératif car il suffirait d’inclure n’importe quel document dans le Journal Officiel pour lui attribuer une nécessité juridique. Ce qui demeure valide à cet égard, ce n’estpas la publication enelle-même mais le respect d’une procédure qui inclut la responsabilité de l’entité quiachemine les textes. Jusqu’à nouvel ordre, aucune rectification n’est venue de l’Exécutif quant à l’authenticité du document. On peut ainsi avancer l’hypothèse que, de son pointde vue, celui publié le 13 mai est bien la pièce qui a été acheminée, ce qui affranchit les Presses Nationales de toute responsabilité.
Ce n’est pas la police civile qui pourrait directement sanctionner ces manquements; elle pourrait seulement initier une enquête pour déterminer les responsabilités, mais elle devrait être requise de le faire et par qui ? Il ne faut pas oublier que les parlementaires jouissent de l’immunitéjuridictionnelle, sauf en cas de flagrant délit. Et il en est demême des membres du Pouvoir Exécutif. Mais comment, en l’occurrence, dans ces conditions de précipitation, établir la flagrance ? Ce cas relèverait plutôt de la Haute Cour de Justice car il s’agit bien d’une forfaiture qui resterait d’ailleurs à prouver; mais,faut-il le rappeler, le Président sortant n’est plus justiciable une fois qu’il a quitté le pouvoir et il serait hautement improbable d’obtenir le vote de 66 députés pour le mettre en accusation devant le Sénat érigé en Haute Cour de Justice. Les Ministres sont responsables des décisions du Chef de l’Etat, mais il faudrait identifier lequel d’entre eux aurait pris la lourde responsabilité de cette altération. Les parlementaires sont les seuls détenteurs du pouvoir d’état qui ne sont pas passibles de cette institution (Article186), ce qui est une anomalie. Dans notre histoire, il n’en a pas toujours été ainsi. La faculté de juger les responsables politiques est inscrite dans toutes nos Constitutions depuis 1806, et trois d’entre elles (1846, 1849, 1874) incluaient les parlementaires comme coupables possibles de forfaiture et de malversations. En les exemptant de toute poursuite devant la Haute Cour de Justice, la Constitution de 1987 n’anticipe pas qu’ils puissent errer dans l’accomplissement de leurs fonctions et leur accorde, avec l’inviolabilité et l’immunité, une totale impunité prospective.
Il est pénible d’anticiper que, malheureusement, comme cela se produit trop souvent,on va assister à une vaste opération de "kase fèy kouvri sa" et, par lassitude et une inertie collective consentie, le souci de préserver les acquis de la révision particulièrement en ce qui concerne la création du Conseil Constitutionnel dont l’intervention serait fort judicieuse en l’occurrence, les dispositions relatives à la nationalité si ardemment attendues de la part de nos compatriotes de l’extérieur, encore que certaines d’entre elles pourraient ne pas combler leurs espérances, on s’achemine vers un "kole piese" par lequel, contrairement à toutes les normes, on sortira prestement d’un chapeau une pièce rafistolée que l’onp résentera comme étant l’authentique votée le 9 mai,alors qu’il a déjà été révélé qu’elle a disparu. Pour comble, il se murmure qu’elle sera promulguée par le nouveau Président qui l’enverra au Moniteur…comportant la même date et revêtue des signatures apposées par l’équipe sortante ! Cet accroc, s’il se réalise au nom de la raison d’état, marquera un nouveau recul dans la construction de l’état de droit.
Je l’écris avec amertume et sans illusion, mais avec une inaltérable conviction en faveur du respect des normes: la seule solution acceptable capable d’assainir les bases juridiques de fonctionnement de l’Etat est de reconnaitre, courageusement, l’échec de la procédure d’amendement et de reporter celle-ci à la fin de la 49ème Législature, en prenant soin de respecter toutes les étapes requises. Ou alors créer les conditions pour organiser une Assemblée Constituante afin de préparer une nouvelle Constitution.
Mirlande H. Manigat
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Source: scribd.com.
vendredi 20 mai 2011
Défense de Dominique Strauss Kahn
Le 16 Mai 2011
Lundi matin.
Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé, avant-hier, samedi, dans la chambre du désormais fameux hôtel Sofitel de New-York.
Je ne sais pas – personne ne sait puisque rien n’a filtré des déclarations de l’intéressé - si Dominique Strauss-Kahn s’y est rendu coupable des faits qui lui sont reprochés ou s’il était, à cette heure-là, en train de déjeuner avec sa fille.
Je ne sais pas – mais cela, en revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder – comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des « brigades de ménage » composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète.
Et je veux pas non plus entrer dans les considérations de basse psychologie – comme on dit basse police – qui, prétendant pénétrer dans la tête de l’intéressé et observant, par exemple, que le numéro de la fameuse chambre (2806) correspondait à la date (28.06) de l’ouverture des primaires socialistes dont il est l’incontestable favori, concluent à un acte manqué, un lapsus suicidaire, patati, patata.
Ce que je sais c’est que rien au monde n’autorise à ce qu’un homme soit ainsi jeté aux chiens.
Ce que je sais c’est que rien, aucun soupçon, car je rappelle que l’on ne parle, à l’heure où j’écris ces lignes, que de soupçons, ne permet que le monde entier soit invité à se repaître, ce matin, du spectacle de sa silhouette menottée, brouillée par 30 heures de garde à vue, encore fière.
Ce que je sais c’est que rien, aucune loi au monde, ne devrait permettre qu’une autre femme, sa femme, admirable d’amour et de courage, soit, elle aussi, exposée aux salaceries d’une Opinion ivre de storytelling et d’on ne sait quelle obscure vengeance.
Et ce que je sais, encore, c’est que le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l’ami depuis vingt cinq ans et dont je resterai l’ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l’homme des cavernes, que l’on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d’abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c’est absurde.
J’en veux, ce matin, au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d’images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu’il était un justiciable comme un autre.
J’en veux à un système judiciaire que l’on appelle pudiquement « accusatoire » pour dire que n’importe quel quidam peut venir accuser n’importe quel autre de n’importe quel crime – ce sera à l’accusé de démontrer que l’accusation était mensongère, sans fondement.
J’en veux à cette presse tabloïd new-yorkaise, honte de la profession, qui, sans la moindre précaution, avant d’avoir procédé à la moindre vérification, a dépeint Dominique Strauss-Kahn comme un malade, un pervers, presque un serial killer, un gibier de psychiatrie.
J’en veux, en France, à tous ceux qui se sont jetés sur l’occasion pour régler leurs comptes ou faire avancer leurs petites affaires.
J’en veux aux commentateurs, politologues et autres seconds couteaux d’une classe politique exaltée par sa divine surprise qui, sans décence, ont, tout de suite, dès la première seconde, bavé leur de Profundis en commençant de parler de « redistribution des cartes », de « nouvelle donne » au sein de ceci et de cela, j’arrête, car cela donne la nausée.
J’en veux, car il faut quand même en nommer un, au député Bernard Debré fustigeant, lui, carrément, un homme « peu recommandable » qui « se vautre dans le sexe » et se conduit, depuis longtemps, comme en « misérable ».
J’en veux à tous ceux qui accueillent avec complaisance le témoignage de cette autre jeune femme, française celle-là, qui prétend avoir été victime d’une tentative de viol du même genre ; qui s’est tue pendant huit ans ; mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé.
Et puis je suis consterné, bien sûr, par la portée politique de l’événement.
La gauche qui, si Strauss-Kahn venait à s’éclipser, perdrait son champion.
La France dont il est, depuis tant d’années, l’un des serviteurs les plus dévoués et les plus compétents.
Et puis l’Europe, pour ne pas dire le monde, qui lui doit d’avoir, depuis quatre ans, à la tête du FMI, contribué à éviter le pire.
Il y avait, d’un côté, les ultra libéraux purs et durs ; les partisans de plans de rigueur sans modulations ni nuances – et vous aviez, de l’autre, ceux qui, Dominique Strauss-Kahn en tête, avaient commencé de mettre en œuvre des règles du jeu moins clémentes aux puissants, plus favorables aux nations prolétaires et, au sein de celles-ci, aux plus fragiles et aux plus démunis.
Son arrestation survient à quelques heures de la rencontre où il allait plaider, face à une chancelière allemande plus orthodoxe, la cause d’un pays, la Grèce, qu’il croyait pouvoir remettre en ordre sans, pour autant, le mettre à genoux. Sa défaite serait aussi celle de cette grande cause. Ce serait un désastre pour toute cette part de l’Europe et du monde que le FMI, sous sa houlette, et pour la première fois dans son histoire, n’entendait pas sacrifier aux intérêts supérieurs de la Finance. Et, là, pour le coup, ce serait un signe terrible.
Bernard-Henri Lévy
dimanche 15 mai 2011
Discours d'investiture du président Michel Joseph Martelly
Président Michel Martelly accompagné de son épouse Sophia et de ses 4 enfants pendant la cérémonie de son investiture à Port-au-Prince, Haïti, le 14 mai 2011.
Photo: Reuters/Swoan Parker
Version vidéo: telemetroplehaiti/youtube.com, 14 mai 2011
Version texte: lenouvelliste.com, 14 mai 2011
Mes chers compatriotes,
En me confiant par votre vote du 20 mars dernier la destinée de la République d'Haïti, vous m'en faites le premier serviteur. Je mesure la solennité du jour et surtout l'immense responsabilité qui m'incombe: celle de vous représenter tous. Oui, tous, filles et fils de cette terre chargée d'histoire, si souvent éprouvée mais tellement fière de son passé glorieux et de son rôle de pionnier des libertés individuelles.
Aujourd'hui, c'est l'immense espoir de mon peuple, sa foi en des lendemains meilleurs, son extraordinaire attente qui sont pour moi une obligation puissante. J'y apporterai des réponses concrètes.
La marche vers cette victoire aura été longue et douloureuse. Elle a mobilisé toute notre détermination et le courage du peuple haïtien. Je veux vous dire que sans le support apprécié de la communauté internationale, une fois de plus, une fois de trop, le vote populaire aurait été confisqué. Que le peuple haïtien en soit fier et que les amis d'Haïti en soient remerciés.Aujourd'hui, dans le calme et la sérénité, je prends le relais du président René Gracia Préval. Comme ses prédécesseurs, il a écrit une page d'histoire, histoire de cette fille caraïbe, singulière et turbulente, peut-être, mais désormais et plus que jamais réconciliée avec elle-même.
Pèp ayisyen!
Se pou tèt sa, depi 9 mwa nou te passé pran'm lè'l te fè nwa deyò a, lè sa pat bon tout bon, leu lespwa te kaba. Nou te pase pran'm tet kalé, pou mwen tal a laso, a laso de chanjman a. Mwen te di nou fem konfyans ! E Nou te fem konfyans.
E bien jodi a se mwen mem mem ki vin chaché chak grenn nan nou, san manke youn, pou ke fwa sa, bak la dekole tout bon vre .
Oui, Men Nan Men, zepol ak zepol, gadé non, nou pral chanje Ayiti. Nou pral refè peyi sa a, nou pral refè figil, rebal eskamp li, fe l tounen djanm.
Prezidans pa nou ki se gouvenman pa nou an, se pou nou li pral travay, pou rezilta yo tombe tèt kale.
Nou pap kapab kontinye pran imlyasyon nan lonje kwi nou tout tan, nan politik mande, nan tanpri souple.
Pou jan nou kon-n travay, pou jan nou byen travay lè yo ba nou opòtinite ; pou jan pep ayitien se pep ki gen kouraj ; kouraj Capois Lamort ; Kouraj Dessalines ; Kouraj Michaelle Jean, Kouraj Wyclef Jean, Duma Siméus et latrye. Oui, nan tèt ansan-m, yo pral wè kote ayitien ka pwodui, yo pral wè kote ayisyen ka travay pou mennen péyi-a a bon port, sou raille devlopman.
Nal konstwi byen lwen, nal konstrui kay moun, pou nou pata ka fèl lakay pa nou ! Sak te gen tan gen la-a. Ayisyen resezi nou! Peyi-nou se pa nou, an nou mete tèt nou ansan-m pou nou refè peyi nou.
Men pou ka gen travay sou la te d'ayiti, se pou gen sekirite nan peyi a. Sekirite pou moun , Sekirite pou byen nou, sekirite pou pwodiktyon , sekirite pou plasman kob , sekirite pou investisè, pou paysan kapab prodwi pou tout moun Ka kè kal, Pou tout moun poze.
Sa a, mwen pap negocie li et si you nom kompran ke ou pral vin met dezod , vin fè gagot, nan voye roche ,chire pit, kraze brize, kreye enstabilite pou fè peyi-a pa ka mache, mwen regret sa pou ou, la jistis ap sevi avè'w , la jistis ap agi kom sa dwa.
Nan enstabilite, yon peyi pa ka mache pase lajan pa ka antre, ki vle di pa gen travay, ki vle di misè pi rèd. Nan sékirite ou jwenn stabilite, ki vle di rekolt peyizan a, yo pap volè-l, bef li ou pap sengnen li, ti machan-n nan travay la jounen kou lan nwit, ou pa ka mache pran kob li, tè moun ou respekte sa, ou pa ka monte sou li, fok byen moun ka respekte pou investissè ka pran konfyans, antre vin-n investi, vinni konstwi, pou nou ka jwen-n developman map chèche pou nou-a, pou nou ka soti nan mizè. Pou nou ka viv yon lòt jan
Aux autorités judiciaires et policières, mwen di : pran men nou. Mwen renouvele nou konfyans mwen. Mwen di : Ase kidnaping nan peyi-a, assez vyolans sou fanm, Ase assasinaj sou pitit peyi-a, sou polisye, Ase enjistis sou populasyon-a. Nous allons rétablir l'autorité de l'Etat, l'Etat de droit. L'ordre et la discipline devront régner sur le toute l'étendu du territoire national, sur le pays tout entier.
Sou prezidans mwen, obligasyon leta se sèvi pèp ayisyen. Menm jan-an sous prezidans mwen, obligasyon Sitwayen an se ranpli devwa sivik li, se ranpli devwa Sitwayen-li, peye taks li pou-l ka jwen-n sèvis ke leta dwe'l la.
An nou promèt tèt nou tolerans pou nou pas nan chiré pit, pou nou sot nan medizans, mal palan ki mennen divizyon, divizyon ki anpeche nou konstrui peyi-nou.
Sa fè lontan nap sèvi ak misè peyi-a pou nou regle zafè-nou. Twòp moun sèvi ak mizè péyi-a pou géri bosko yo. Fòk sa sispan-n. Li lè li tan pou-n kòmanse vann richès kiltirèl nou. Haiti est un pays riche. Nous avons les plus belles plages du monde, le plus beau soleil de la Caraïbe, la culture la plus profonde, diversifiée et authentique, un passé glorieux. La Citadelle Henri et les ruines du palais de Milot en témoignent. Artisanat se pan-n, pinti ayisyen se gwo kozé, folklò ayisien se pa palé. Wi pep ayitien se pa mizè selman nou gen lakay nou, a pati de jodi-a an nou fè tèt nou promès, an-n profité mande le monde antye mete mizè Haiti nan tiwa, Antere Mizè Ayiti, rale richès nou mete'l deyò, sèvi avè-l pou drapo nou ka flote pi wo.
Combien de célébrités aurions-nous eu si nou te ankadre Jenès la, nan mété-l lan sport, retire-l lan la ri, nan lave machin-n, nan Koripsyon, nan bwè gròg gro soley midi ? Haïtiens, Haïtiens, Haiti tap domi, e byen jodya li pral leve kampe.
Yon sosyete san moral, yon sosyete san valè, sé tan kou yon machin-n san chofè. Yo di nou san moral, se paske nou te rete nan lari a san edikasyon, paske yo pat sonje nou kòm moun. Jodi-a mwen di map mete tout ti moun lekòl gratis. Yo di mwen fou paske mwen di lekòl gratis e byen m gen nouvèl pou nou : non sèlman M'ap mande lékol gratis men mwen pral goumen pou Lekòl la O-BLI-GA-TOIRE. Se konsa pou retire ti moun yo nan lari, se konsa yon leader responsable, se konsa pou Ayiti soti nan mizè.
Kant a zafè pou moun panse que Ayiti se Potoprens sèlman, e byen desantralizasyon an pral vin-n kanpé an fas nou. Se pa Potoprens selman ki pou rebati, se tout peyi a ki bezwen rekonstwi , ki gen pou rebwaze , ki gen pou devlope. Se sa ki repons peyizan yo.
Yon Ayiti kote tè pral labouré, kote semans ap disponib, kote dlo pral rouze plantasyon nou, kote rekolt pap gaspiyé paske ke rekolt pral fè pri, kote la tè pap engra, paske ke les hommes pral pren swen li. Se sa ki repons peyizan yo.
Yon Ayiti kote klas moyenne pral pwospere, paske ke se classe moyenne ki se motè ekonomi yon peyi.
Yon Ayiti kote chanjman, chanjman nan mentalité nou ap pèmet nou rentré nan modènite mond la. Yon Ayiti kote kay pap konstui nan ravin pou dlo pase pran'l, kote se PA BIDONVIL KI VIL, KOTE PEP AYITIEN PRAL JWEN DLO, PRAL JWEN KOURAN, PRAL JWEN SEVIS, POU PEYI-N KA RELE PEYI.
Yon Ayiti kote nou pral bay moun mwayen pou kontwole pouvwa fè pitit, kote la santé pap yon liks, kote pran kanntè, al nan batey, pap yon necessité ankò.
Se manda sa a nou ban mwen, manda pou bagay yo chanjé. Eh bien bagay yo pral chanjé.
PEP MWEN, Brendjenn yo, ti mésyé la ri yo, chomè yo, NOU MET FEM KONFYANS, BAGAY YO PRAL CHANJE VRE. SEKTE PRIVE A, KOMESAN, MACHAN, OUVRIYE, FANM TE DAYITI, ANDIKAPE YO, Mwen pap bliye nou, Nou konnen Kè'm Fèb Pou nou, anbake, leve kanpe, met men, Ayiti ap tan-n nou. Prezidan nou pare pou mache men nan la men avek nou pou nou pote la vi miyo.
Kominote intènasyonal la, fèm konfyans, se yon lòt leadership nap jwen, pou yon partenariat tout bon, nan respè youn lot, bon-n gouvenans nan transparans ak onète. This is A New Haiti, Open For Business Now !
Ak volonte nou chak, avek gras Gran Mèt la, nou pral met Haiti devant, Haiti d'abord, Haiti toujours.
Haiti peyi'm, Haiti chérie.
Tèt kalé.
mardi 3 mai 2011
Canada-élections/Un vent de changement a soufflé sur le Québec
Le Parti Conservateur de Stephen Harper a été reconduit au pouvoir pour la troisième fois, mais pour former un gouvernement majoritaire. C'est ce que recherchait Stephen Harper. Cette majorité, Harper l'a obtenue principalement grâce à l'Ontario. Le Parti Conservateur a perdu la moitié de ses députés au Québec (12 députés à la dissolution du Parlement, 6 députés élus hier).
Cependant, le Québec a non seulement rejeté le Parti Conservateur, mais il a rejeté du même coup assez brutalement, et le Parti Libéral de Michael Ignatieff, et le Bloc Québecois de Gilles Duceppe. Les québécois ont voté pour le changement. Et le changement s'incarne, aux yeux des québécois, dans le parti NPD (Nouveau Parti Démocrate) de Jack Layton. Le parti NPD a raflé 58 sièges au Québec, laissant 7 au Parti Libéral, 6 au Parti Conservateur et 4 seulement au Bloc Québecois.
Voici comment se présente la composition de la Chambre des Communes à Ottawa à depuis les élections d'hier:
Parti Conservateur: 167 députés;
Parti NPD: 102 députés;
Parti Libéral du Canada: 34 députés;
Bloc Québecois: 4 députés;
Part Vert: 1 député.
Total: 308 députés.
Pour avoir la majorité au Parlement canadien, un parti doit donc avoir au moins 155 députés. Le Parti Conservateur satisfait donc largement à cette condition: une victoire personnelle pour Stephen Harper qui s'est farouchement battu pour obtenir cette majorité, malgré la vague Layton.
Le Parti Libéral ne forme donc plus l'oppostion officielle; son chef Michael Ignatieff n'a même pas été réélu. Ce dernier a démissionné comme chef du parti et retournera vraisemblablement dans l'enseignement à l'Université Harvard.
Avec l'échec spectaculaire du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, qui n'a pas été réélu, a immédiatement démissionné de la direction du parti.
Le Québec compte 75 députés à la Chambre des Communes à Ottawa. Voici comment ce nombre de sièges se répartit avec les élections d'hier:
NPD: 58 députés québecois;
PLC: 7 députés québécois;
PC: 6 députés québécois;
BQ: 4 députés;
Total: 75 députés québécois.
C'est donc au parti de Jack Layton (NPD) de défendre désormais, principalement, les intérêts du Québec à Ottawa. On peut s'attendre à ce que le NPD accomplisse correctement sa tâche, mais ne cherchant pas, évidemment, à séparer le Québec du Canada. Si les souverainistes du Québec veulent travailler pour la séparation du Québec du Canada, c'est à Québec que la lutte doit se mener et non à Ottawa: c'est peut-être le message à tirer des résultats des élections d'hier pour le Québec en tout cas.
Le Parti Libéral du Canada traînant derrière lui encore les conséquences du scandale des commandites, n'a pas pu gagner la faveur des québécois et n'a pas pu faire des gains dans le reste du Canada. Avec 34 députés aux Communes, rélégué au rang de deuxième opposition, le PLC aura tout le temps nécessaire pour se rebâtir et pour chercher à reconquérir la faveur des québécois et celle du reste du Canada d'un océan à l'autre.
Le Parti néo-démocrate de Jack Layton a le fardeau de prouver s'il peut réellement s'implanter au Québec et s'il sera capable de battre dans le futur, et les libéraux et les conservateurs, pour pouvoir former le gouvernement. Ce ne sera pas facile...
Le taux de participation aux élections d'hier a été de 61,2%.
Le vote populaire se répartit comme suit:
PC: 39,6%;
NPD: 30,6%;
PLC: 18,9%;
BQ: 6,0%
Autres: 4,9%
Le dernier sondage Nanos Research, publié juste avant les élections, donnait:
PC: 37%;
NPD: 30,6%;
PLC: 22,7%.
Au Québec, ce même sondage donnait 45% des intentions de votes au NPD et seulement 26% au BQ.
lundi 2 mai 2011
USA/Oussama ben Laden est mort
Le président américain Barack Obama a annoncé dimanche la mort d'Oussama ben Laden, le commanditaire des attentats du 11 septembre 2001, dans une opération terrestre menée par les États-Unis.
Dans un discours à la nation d'une dizaine de minutes, M. Obama a indiqué que le chef d'Al-Qaïda a été tué dimanche lors d'un échange de tirs dans un complexe d'Abbottabad, à environ 100 km au nord d'Islamabad, la capitale du Pakistan.
« Justice a été rendue », a déclaré le président, avertissant que la nébuleuse, bien que privée de son chef, tenterait à nouveau de s'en prendre aux Américains.
Des informations selon lesquelles l'homme le plus recherché de la planète se trouvait dans cette région du Pakistan émanaient depuis août dernier, a précisé le président, qui a ajouté que la décision de lancer l'opération a été prise la semaine dernière.
Barack Obama a déclaré qu'il avait lui-même ordonné aux troupes américaines de lancer l'assaut, indiquant que les autorités pakistanaises avaient contribué à débusquer Ben Laden. Le président a précisé qu'aucun militaire américain n'a été tué ou blessé lors de la charge.
M. Obama a estimé que la nouvelle de la mort de Ben Laden devrait être « accueillie favorablement par tous ceux qui croient en la paix et en la dignité » avant de souligner que les États-Unis « n'étaient pas et ne seraient jamais en guerre contre l'islam ».
Dans une entrevue à l'agence Reuters, un responsable de la sécurité nationale américaine a confirmé que la mission était de tuer et pas de capturer le chef d'Al-Qaïda.
Corps déjà inhumé
Des responsables américains ont confirmé à l'Agence France-Presse lundi que le corps d'Oussama ben Laden a été inhumé en mer. Le lieu et les circonstances de cette inhumation n'ont pas été précisés.
« L'inhumation en mer a déjà eu lieu », a déclaré un responsable américain sous couvert de l'anonymat. « Oui, je peux le confirmer », a dit un autre responsable de l'administration américaine.
« Nous nous assurons que son corps est traité en accord avec la pratique et la tradition musulmane. C'est quelque chose que nous prenons très au sérieux », avait auparavant affirmé un haut responsable de l'administration Obama.
Le corps d'un musulman doit être lavé par d'autres musulmans et inhumé dès que possible, généralement dans les 24 heures suivant sa mort. En général, un linceul blanc recouvre le corps, qu'il soit enterré ou immergé.
Une opération de 40 minutes
Le président Obama n'a pas donné plus de détails sur l'opération. Sous le couvert de l'anonymat, des responsables américains ont affirmé que le raid avait été mené par une « petite équipe », mais n'ont pas précisé s'il s'agissait de membres de la CIA ou des militaires des forces spéciales.
Ils ont ajouté que cinq personnes, dont Oussama ben Laden, ont été tuées dans l'opération qui a duré 40 minutes. Les autres victimes seraient un fils du chef d'Al-Qaïda, deux autres hommes, vraisemblablement des messagers d'Oussama ben Laden, et une femme derrière laquelle un homme s'abritait.
Deux autres femmes ont aussi été blessées, selon les responsables. Plusieurs femmes et enfants se trouvaient dans l'enceinte de la résidence.
Un responsable américain a dit à l'agence Reuters qu'Oussama ben Laden a résisté avant d'être atteint à la tête. Selon lui, les commandos qui l'ont tué ont utilisé des techniques de reconnaissance faciale pour identifier le chef d'Al-Qaïda.
Un haut responsable américain a précisé lundi que les tests d'ADN avaient permis de certifier qu'il s'agissait bien du corps de Ben Laden.
L'opération a été suivie en direct par le directeur de la CIA, Leon Panetta, et d'autres responsables des services de renseignement réunis dans une salle de conférence au siège de la CIA à Langley, en Virginie.
Un hélicoptère a été perdu lors de l'opération en raison d'une panne mécanique, ce qui a obligé tous les membres du commando à prendre place dans l'autre appareil utilisé pour cette opération.
Selon les responsables américains, le complexe résidentiel où se trouvait Ben Laden a été construit il y a environ cinq ans. Il était entouré de hauts murs et de barbelés.
Bush et Bloomberg crient victoire
L'ancien président américain George W. Bush a félicité son successeur à la Maison-Blanche. Dans un communiqué, M. Bush a souligné que Barack Obama l'avait personnellement appelé pour l'informer de la nouvelle.
« Cet extraordinaire tour de force représente un triomphe pour les États-Unis, pour les gens qui recherchent la paix dans le monde, et pour tous ceux qui ont perdu des êtres chers le 11 septembre 2001 », a-t-il déclaré. Selon M. Bush, Washington a envoyé « un message qui ne se dément pas : peu importe le temps qu'il faudra, justice sera rendue ».
De son côté, le maire de New York, Michael Bloomberg, a noté que si la mort de Ben Laden n'efface pas les souffrances qu'ont éprouvées les Américains le jour de l'effondrement des tours jumelles, elle constitue néanmoins une « victoire d'une importance cruciale » pour le pays.
Radio-Canada.ca avec AFP, Associated Press et Reuters
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Autres articles réunis par Robert Benodin et posté ci-dessous:
1) The Guardian
Osama bin Laden: it took years to find him but just minutes to kill him
Contrary to speculation that Osama bin Laden was in a remote tribal area, he was instead found in an affluent suburb near Islamabad
By Ewen MacAskill in Washington
Guardian.co.uk Monday 2 May 2011
The trail that led the CIA to Osama bin Laden began with his most trusted courier. It had taken the CIA years to discover first his name and then the home where he was hiding the al-Qaida leader. But it took only 40 minutes on Sunday for US Special Forces to kill both the courier and Bin Laden.
Contrary to repeated speculation over the past decade that Bin Laden was living in one of the remote tribal areas of Pakistan or even across the border in Afghanistan, the al-Qaida leader was found in an affluent suburb of Pakistan's capital, Islamabad.
Senior US administration officials, briefing journalists in a late-night teleconference, said that after 9/11 the CIA chased various leads about Bin Laden's inner circle, in particular his couriers. One of these couriers came in for special attention, mentioned by detainees at Guantánamo Bay by his nom de guerre. He was said to be a protégé of Khalid Sheikh Mohammed, the 9/11 mastermind, and one of the few couriers Bin Laden trusted.
Officials said they were initially unable to identify him but finally did so four years ago. They did not disclose his name to reporters on Sunday.
Two years ago, the CIA found the rough location where the courier and his brother lived in Pakistan, and on August last year they narrowed it down to a compound in Abbottabad, an affluent area about 35 miles north of Islamabad that had been founded as a British garrison town in the 1840s and named after its first deputy commissioner, Major James Abbott.
They realised immediately this was no normal residence. The walls of the 3,000 sq ft compound were 12-18ft high, topped with barbed wire. There were two security gates, and access to the compound was severely restricted. The main part of the residence was three storeys high but had few windows, and a third-floor terrace was shielded by a privacy wall. Built around five years ago, it was valued at about $1m but had no phone or internet connection.
The two brothers had no known source of income, adding to CIA suspicions. The CIA learned too that there was a family living with them, and that the composition of this family matched Bin Laden's.
Local suspicions were understood to have been aroused by the fact that the residents of the compound burned their rubbish rather than putting it out for collection. Salman Riaz, a film actor, said that five months ago he and a crew tried to do some filming next to the house, but were told to stop by two men who came out. "They told me that this is haram (forbidden) in Islam," he said. He did not know that he had stumbled across a bespoke terrorist hideaway "custom-built to hide someone of significance", according to a US official.
By September, the CIA had determined there was a "strong possibility" that the hideout was Bin Laden's, and by February, they were confident they had the right location. In March Barack Obama began chairing a series of five national security meetings. At the last of these, on Friday 29 April, while the world's attention was on the royal wedding taking place in London, he gave the order to mount an operation.
At that meeting, at 8.20am in the diplomatic room at the White House, Obama met his national security adviser Thomas Donilon, counter-terrorism adviser John O Brennan, and other senior national security aides to go through the detailed plan to attack the compound and sign the formal orders authorizing it, the New York Times reported.
"We shared our intelligence on this compound with no other country, including Pakistan," a senior administration official told the paper. Only a tiny handful of people within the administration were aware of the operation.
Obama spent part of Sunday on the golf course, the Associated Press reported, but cut short his round to return to the White House for a meeting where he and top national security aides reviewed final preparations for the raid.
At around 1.15am local time on Monday, Abbottabad residents became aware that something was happening. "Helicopter hovering above Abbottabad at 1:00am (is a rare event)," tweeted one local, Sohaib Athar (@ReallyVirtual); following that some minutes later by: "A huge window shaking bang here in Abbottabad Cantt. I hope it’s not the start of something nasty :-S"
In fact there were four US military helicopters, carrying elite troops from Navy Seal Team Six, a top counter-terrorism unit, US officials told the Associated Press, under the direct command of the CIA director, Leon Panetta, whose analysts monitored the compound from his conference room, which was transformed into a command centre.
One Pakistani official said the helicopters had taken off from the Ghazi airbase in the north-west of the country. Fighters on the roof opened fire on the choppers with rocket-propelled grenades as they came close to the building, according witnesses and Pakistani sources, and one of the helicopters crashed due to mechanical problems. Witnesses reported hearing two small blasts followed by a huge explosion.
"I heard a thundering sound, followed by heavy firing. Then firing suddenly stopped," said a local resident, Mohammad Haroon Rasheed. "Then more thundering, then a big blast," he said. "In the morning when we went out to see what happened, some helicopter wreckage was lying in an open field."
The details of the operation, including the number of US military personnel involved, remain unclear. Senior administration officials will only say that Bin Laden "resisted" during a gun battle. He died from a bullet to the head, they said.
Bin Laden was identified by facial recognition, one official said, declining to say whether DNA analysis had also been used.
The al-Qaida courier, his brother and one of Bin Laden's sons, whom officials did not name, were also killed. One of Bin Laden's sons, Hamza, is a senior member of al-Qaida. The officials said one woman died when she was used as a shield by a male combatant, and two other women were injured.
Other unidentified males were taken from the scene, a Pakistani official told the Associated Press, while four children and two women were arrested and left in an ambulance, the official said.
The operation took 40 minutes in total, after which flames were visible on the roof of the building. Before withdrawing, US forces blew up the helicopter wreckage. "The aircraft was destroyed by the crew, and the assault force and crew members boarded the remaining aircraft to exit the compound," a senior administration source told the New York Times. "All non-combatants were moved safely away from the compound before the detonation."
Bin Laden's body was loaded on to one of the helicopters and taken from the scene. US officials later confirmed he had been buried at sea, mindful of the Islamic imperative for a speedy burial. The location was not revealed. "We don't want a bunch of people going to the shrine forever," an official told the Washington Post.
It was mid-afternoon at CIA headquarters when Panetta and his team received word that Bin Laden was dead, the Associated Press reported, after which cheers and applause broke out across the conference room.
Informed immediately of the developments, Obama spoke on Sunday night to former presidents George Bush and Bill Clinton. Keith Urbahn, the former chief of staff to Bush's defense secretary Donald Rumsfeld, gave the first public indication of the news, tweeting at 10.25pm EST Sunday evening (3.25am BST Monday morning): "So I'm told by a reputable person they have killed Osama Bin Laden. Hot damn."
2) The Guardian
Osama bin Laden: the Americans got him in the end in true John Wayne style
The killing of the al-Qaida leader will thrill Americans and give Barack Obama a boost - but what is the significance of his death?
By Michael White
Guardian.co.uk Monday 2 May 2011
Revenge is an unfashionable word among post-imperial Europeans, who feel more comfortable with notions of justice, preferably after due legal process. Gleeful Americans, who chanted "USA, USA!" outside the White House after Barack Obama announced the killing of Osama bin Laden, show fewer inhibitions. They do capital punishment too.
A rough kind of justice it was, Sunday night's firefight at Bin Laden's hideaway in a sleepy, military town in northern Pakistan. But it was also revenge for the 9/11 attacks, for the bombing of those African embassies, the USS Cole and countless other atrocities, mostly against fellow Muslims.
Plenty of Europeans - including friends of mine - muttered quietly when they watched the twin towers fall in Manhattan that "the Americans had it coming". Plenty of Muslims, especially in the Middle East, cheered openly as the death toll mounted in New York.
You could follow their thinking without agreeing with their conclusions or the manner of its expression. This time the boot is on the other foot, which means that the revenge-minded will already be plotting the next cycle of retaliation like Sicilian villagers.
Yet the striking feature of Monday morning's news is the sense of unfinished business that is way past its date stamp. The world has moved on since September 2001 and in unpredictable ways, as it always does, ignoring the blueprints devised for it by armchair theoreticians.
Who has been the big loser in the global reconfiguration that coincided with the decade-long Osama hunt? The United States? How big a role did radical political Islamplay in its decline from that brief, misleading moment of post-cold war hegemony? Other than as an expendable decoy, a mere distraction from urgent tasks of economic and social reform in the US, none at all.
Wall Street investment bankers, capitalism's fifth column, did the Great Satan much more harm than obscurantist Wahhabi puritans dreaming of a revived caliphate. Chinese factory workers and Chinese bankers who loaned American consumers the money to buy their output did much of the rest. Osama who?
Why, even the political transformation of the Middle East during the much-to-be-welcomed Arab spring owes little or nothing to militant Islam. The crowds that gathered in Tahrir Square to demand the removal of Hosni Mubarak explicitly repudiated both Bin Laden - whose sights were also on Mubarak - and the Islamic theocratic model which purports to rule in Shia Tehran. They want what TV allows them to see other people enjoying, including accountable politics.
Osama bin Laden probably didn't have much to say - or even think - about the re-emergence of China as a world power, a civilization largely unaffected by Islam, even in its heyday a millennium ago. Millennia don't cut much mustard from a Chinese perspective. Even in India, even though it was much more affected, Islam never uprooted much older Hinduism as it displaced Christianity in disaffected eastern provinces of the Roman empire. Osama who again?
In truth, 9/11 may have been a spectacular one-off coup - low-tech, high-concept - but it was also a dead end, except for the security industry where countless jobs were created with the investment bankers' approval. Like many revolutionary romantics steeped in cleansing dreams of bloodshed, Bin Laden was a hero for losers too.
So what is the significance of his death? It will thrill Americans, long hardened to bad news, and dismay his more simple-minded followers, some of them in well-paid university jobs. It will give Barack Obama a boost. He promised that US forces would "capture or kill" Bin Laden on his watch - I doubt if they tried hard to capture him - and they have done so.
It may well help secure his re-election next year. Is there anything in it for David Cameron, too? No, but association with success does no harm. Even if some nasty bombing spoils the moment we will all understand who did it and why.
Prepare yourself for malicious details about Bin Laden's hideaway: they may be installing a whirlpool bath and other naughtiest as we speak. One early report spoke of him taking cover behind a woman. And now reports say he has been buried at sea - fed to the fishes, as they say in Brooklyn - it will allow some people to insist "he's not dead at all".
None of which will change much of importance. The Afghan war will stagger blindly on and Taliban prisoners continue to escape in industrial quantities. Militant Islam will not go away, even if the Arab spring delivers pluralism, peace and prosperity to the Middle East. China will go on rising, so will India and Brazil, which owes as much to Che Guevara as prosperous Malaysia owes to OBL. The al-Qaida franchise will find new leaders: it already has done. Beijing in its pomp will take a less tolerant view, much as Moscow does.
It will not prevent Bin Laden being revered as the man who challenged the mighty secular enemy in Washington. He is a curious role model. Yesterday's Sunday papers carried an unflattering account of his escape from Tora Bora in 2001, sacrificing loyal fighters in the process. It may even be true.
But what should we have expected from a poor little rich boy with four wives and up to 24children? The awkward fact is that many people who have ended up revered as saints or heroes were actually pretty monstrous. Hitler, Lenin, Stalin all still have their fan clubs. Mao Tse Tung, arguably the most bloodthirsty mass murderer in the pack, is currently being lionized again in China as the succession struggle intensifies.
Bin Laden will not be forgotten. But nor will the fact that, in true John Wayne style, the Americans got him in the end. They said they would, and might not have succeeded. But they did.
3) The Guardian
Osama bin Laden's death will haunt Pakistan
Bin Laden's discovery in a compound 35 miles from Islamabad is a dangerous embarrassment for Pakistan and the ISI
By Simon Tisdall
Guardian.co.uk Monday 2 May 2011
The extraordinary discovery that Osama bin Laden had been living, possibly since 2005, in a luxury compound in a popular summer resort a short drive from the national capital, Islamabad, is an enormous and dangerous embarrassment for Pakistan's government.
Officials from President Asif Ali Zardari downwards have consistently maintained that the al-Qaida chief was not sheltering on Pakistani soil, suggesting instead that the Americans look for him elsewhere, particularly in Afghanistan. The Pakistani stance was part of a wider policy of denial, dating back to the 9/11 attacks, premised on the argument that Pakistan was not the source and springboard for Islamist-inspired terrorism but rather its principal victim.
Islamabad's head-in-the-sand position, as it is seen by some analysts in the west, has led to intensifying friction with Washington in recent months, as the Obama administration struggles to bring an ordered end to its 10-year involvement in Afghanistan. There have been furious rows about unmanned cross-border drone attacks, the arrest in Lahore of a CIA contractor, and Pakistani criticism of US failure to open peace talks with the Taliban.
But all that is as nothing compared with what may now follow. Official denial-ism has also hampered Pakistan's efforts to deal forcefully with its own violent Islamists, the so-called Pakistani Taliban, with which al-Qaida is said to have links. Tens of thousands of people have died in Pakistan as a result of terrorist activity since 9/11, more than all the European and American victims combined.
Given this context, and amid predictions by western commentators of possible terrorist retaliation against US and British targets, it is Pakistanis, along with Afghans, who are most likely to pay a blood price in terms of revenge attacks for the slaying of a man who is seen by some in the Muslim world as an iconic figure.
Tellingly, the Pakistani government was not informed beforehand of the American special forces' raid. The truth is, US officials would simply not have trusted their counterparts in Inter-Services Intelligence (ISI), Pakistan's powerful security and spy agency, with such sensitive information.
Extremely pointed questions are now certain to be asked about whether the ISI or its various branches and minions, knew of the existence of the highly unusual, heavily fortified, expensively built compound in Abbottabad, 35 miles north of Islamabad – and of its high-value, low-profile tenant. If they did, why did they not investigate? If they did not, was it because they didn't want to know?
The most damaging (and familiar) suspicion, which is certain to resurface in the coming days, is that elements within the ISI who have maintained links with terrorist groups such as the Haqqani network, did indeed know Bin Laden and his retinue were in Abbottabad, and by keeping silent, were effectively providing him with protection.
The Pakistani government will energetically deny any such suggestion. But given its tenuous control over the ISI, sometimes described as a state within a state, and given its record for candor to date, it will have a hard time being believed.
"When we saw the compound, we were shocked by what we saw: an extraordinarily unique compound," a senior US administration official said. The building, about eight times the size of other nearby houses, sat on a large plot of land that was relatively secluded when it was built in 2005. The villa had comprehensive security measures in place, the official said, including 12- to 18-foot outer walls topped with barbed wire and internal walls. Like some kind of medieval keep, two security gates restricted access. Only a few windows of the three-story building faced outwards, and its terrace had a seven-foot privacy wall, officials said.
Pakistan will now face possibly strong reactions not only from the Americans, but also from home-grown militants – plus possible spillover from Afghanistan, where fighting is in any case expected to intensify as the weather warms.
Renewed trouble could also extend to disputed Kashmir, where repression by Indian security forces of the Muslim population intensified last year and Pakistani Punjabi militant groups have a long history of involvement. Significantly, India was quick to point this out. The home ministry in New Delhi lost no time in saying the discovery of Bin Laden in Pakistan underscored its concern that "terrorists belonging to different organizations find sanctuary in Pakistan".
In Washington and New York as in London and Delhi, relief that the world's most wanted man has been killed will be tempered, and may yet be overtaken by deep anger that he was apparently living not in some freezing mountain cave, as many assumed, but freely, undisturbed and untroubled by the authorities, in comfort in a desirable Pakistani neighborhood.
lundi 18 avril 2011
Michel Martelly songe à amnistier Duvalier et Aristide
Par Vincent Marissal
La Presse
Le nouveau président d'Haïti, Michel Martelly, ne prendra pas de décisions précipitées dans le cas des anciens présidents Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, mais il songe à leur accorder une amnistie dans le but, dit-il, de favoriser le processus de réconciliation dans son pays durement éprouvé.
Dans une entrevue exclusive à La Presse, via Skype, le populaire chanteur qui deviendra officiellement président dans les prochains jours, dit avoir un «plan pour l'avenir, pas pour le passé», tout en précisant qu'il respecte la douleur des victimes de ces régimes.
Cette position risque de faire des remous, en particulier auprès des centaines de Québécois d'origine haïtienne qui ont dû fuir leur pays pendant les années Bébé Doc (de 1971 à 1986), le plus souvent après avoir été arrêtés, torturés, menacés. Ces gens s'organisent pour faire condamner l'ancien dictateur, une démarche soutenue, notamment, par l'organisme Human Rights Watch.
On accuse Jean-Claude Duvalier d'être responsable de milliers de morts et de disparitions. À son retour à Port-au-Prince, en janvier, il a été accusé formellement de corruption et de détournement de fonds. Il a toutefois été relâché.
En entrevue, le président Martelly promet par ailleurs de mettre fin à des décennies de corruption et de gaspillage pour redonner confiance à son peuple et à la communauté internationale.
Il appelle en outre la diaspora haïtienne à revoir sa relation avec la mère patrie et reconnaît que les dirigeants de son pays ont cruellement manqué à leurs obligations dans le passé.
Voici, en blocs distincts, résumant les immenses défis qui se dressent devant Haïti, les réponses, le plan et la vision de son nouveau président.
1. Reconstruire le pays
Avant le tremblement de terre de janvier 2010, Haïti représentait déjà un défi incommensurable. Alors, maintenant, avec la dévastation en plus, peut-on encore y croire? Par où commencer?
«Les priorités sont multiples, reprend M. Martelly. On parle d'éducation, de relocalisation de ceux qui vivent sous les tentes, de la relance agricole, de la faim, de la crise alimentaire, de l'accès inexistant à la santé...
«Pour moi, le plus important, c'est de parler de la confiance qui n'existe plus entre la population et l'État et avec les partenaires d'Haïti. Il est impératif de rétablir cette confiance de telle sorte que l'on donne courage et force à la population. Redonner aussi confiance aux amis et partenaires d'Haïti parce que ça fait longtemps qu'ils se penchent sur la cause haïtienne et, malgré tout, on tarde à voir des résultats. On se demande même si c'est fait exprès. Et finalement on a réalisé que c'est le leadership haïtien qui n'a jamais donné la priorité aux intérêts d'Haïti, qui n'a jamais voulu donner ce développement durable, ce qui fait que l'on doit aujourd'hui vivre d'assistanat.»
Et que dites-vous aux Québécois qui pensent que ça ne vaut plus la peine de donner de l'argent à Haïti, que c'est un trou sans fond?
«D'abord, je leur dis merci d'avoir essayé, d'avoir fait ça avec leur coeur. Je connais bien l'amour que les Québécois et les Canadiens ont pour Haïti et je comprends aussi leur déception, parce qu'ils voudraient tous voir Haïti changer un jour.
«Je veux leur dire qu'Haïti va changer.
«Je veux voir Haïti progresser et non plus seulement collecter de l'argent. Cela m'intéresse beaucoup plus d'inviter les partenaires à faire des dons d'infrastructures, des hôpitaux, des centres de santé, des bibliothèques, de la machinerie agricole et mettre sur pied une structure de contrôle. Je suis beaucoup moins pour l'argent que pour les résultats.»
«On apporte une garantie: nous avons la bonne volonté. Sous ma présidence, la corruption ne sera pas de mise (...). Je vous garantis des résultats.»
2. Reprendre sa place et ses responsabilités
Qui doit diriger le colossal effort de reconstruction? La communauté internationale, Bill Clinton, le gouvernement haïtien?
«C'est le gouvernement haïtien qui doit mener, qui doit prendre sa place dans la reconstruction. Haïti est un pays libre et indépendant et a un président fraîchement élu. Il s'agit de donner la priorité aux besoins de la population.
«Il y a eu des doutes par le passé et parfois, par manque de confiance, on a même décidé pour Haïti. L'opinion des Haïtiens n'a pas toujours compté. Même au sein de la CIRH (Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti), la représentation haïtienne était presque inexistante. Les projets sont choisis par la partie étrangère. Les Haïtiens ont été le problème par le passé, mais maintenant c'est une nouvelle approche. On est conscients d'être allés à reculons.»
3. Trop d'ONG, trop peu de surveillance
«La communauté internationale a tout essayé pour aider Haïti, mais malheureusement, la corruption, le manque de transparence, le manque de cadre. Ça n'a pas toujours marché, ce qui a donné naissance à cette vague d'ONG qui sont sur le terrain et qui reçoivent beaucoup plus d'argent que l'État haïtien.
«Ce qui fait que les institutions sont faibles et que les ONG ont beaucoup d'argent. Malheureusement, elles ne répondent à personne, on ne leur pose pas de questions et elles agissent comme elles lde veulent dans n'importe quelle zone. Il faudrait blâmer l'État parce qu'il autorise les ONG. L'État aurait pu au moins superviser ces ONG et s'assurer qu'elles oeuvrent dans des endroits bien précis et que leurs programmes intègrent un plan national. Je blâme le leadership haïtien et le manque de volonté et de transparence. Cela va changer dès que nous serons installés.»
4. Les cas Bébé Doc et Aristide
Que faire des anciens présidents Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide récemment rentrés au pays, ravivant de douloureux souvenirs dans la population en plus de soulever des questions juridiques cruciales? Doit-on les arrêter et les juger pour les exactions et les fraudes commises sous leur présidence?
«Leur cas n'est pas aussi particulier que vous le pensez. La Constitution d'Haïti ne prévoit pas l'exil. Alors, ils sont bel et bien chez eux et je leur dis bienvenue. S'ils ont eu des problèmes ou s'ils ont mal agi par le passé, cela a à voir avec la justice.
«Je leur dis bienvenue et nous prônons la réconciliation et l'inclusion. Il ne s'agit pas de prôner l'idéologie. Mon gouvernement a un plan pour l'avenir. J'ai toujours évité de planifier sur le passé. Je dirais tout simplement que nous pourrons éventuellement penser à ça (l'amnistie) dans la mesure où ceux qui ont été blessés dans le passé comprennent la nécessité de se réconcilier. Avant de penser à ça, il faut faire un travail de sensibilisation et de réconfort pour comprendre les victimes et respecter leurs sentiments.
«Donc, on ne s'empressera pas de prendre des décisions, mais la tendance veut que je penche du côté de l'amnistie et de la clémence, de sorte que l'on puisse penser à demain et non pas au passé. Mais il faudra toujours tenir en compte du passé pour ne pas répéter les erreurs.»
5. Un nouveau rôle pour la diaspora
«La diaspora haïtienne envoie plus de 1 milliard et demi par année à des proches restés au pays. Un «apport considérable», mais mal dirigé et peu efficace.
«Cet argent arrive à coups de 100$ par personne ou 200$ par semaine. Il n'est pas utilisé pour des projets qui apporteraient le développement durable dans certaines villes. Je propose de créer une équipe qui prendra contact avec la diaspora, représentée elle aussi par une équipe, et ces deux équipes pourront travailler ensemble à des projets qui apporteraient du développement durable.
«La diaspora a un rôle à jouer. Elle doit revenir chez elle. Elle a eu peur de revenir à cause de l'insécurité. Le premier rôle serait d'être les premiers touristes, dont on a tellement besoin. Elle pourrait donner l'exemple. Elle pourrait aussi venir avec des projets solides qui puissent faire une différence. Il ne s'agit pas de payer l'écolage (NDLR: droits de scolarité) des petits ou d'envoyer 100$ pour la mangeaille.
«Parce qu'à ce moment-là, on ne voit pas les faits de cet apport. Je suggère que cette diaspora se constitue en force et que cela donne quelque chose de tangible.»
6. Message au prochain premier ministre canadien
«Il y a toujours eu une histoire d'amour entre Haïti et le Canada et je souhaite que le prochain premier ministre s'assure que les relations restent les meilleures. Je vous dis en plus merci pour toute l'assistance que votre pays a apportée par le passé et nous allons travailler à ce que vous ne regrettiez plus d'avoir fait tous ces efforts pour Haïti.»