samedi 20 septembre 2014

Haïti / L'emprunt en 1825 de 30 millions de francs sur le marché des obligations à la Bourse de Paris et son remboursement

Par Dr. Pierre Montès


Pour verser le premier cinquième de l’indemnité de 150 millions de francs imposée par la France, Haïti emprunta à la fin de 1825 sur le marché des obligations à la Bourse de Paris 30 millions de francs à 80%. Cet emprunt (capital et intérêts) fut remboursé de 1826 à 1893. Le présent article résume un peu l’histoire de cet emprunt et de son remboursement.
 
L’Ordonnance du 17 avril 1825
L’article 2 de l’ordonnance de 1825 [1]  fixait à 150 millions de francs le montant de l’indemnité à verser par Haïti pour dédommager les anciens colons qui ont été privés de la jouissance du leurs propriétés  à Saint-Domingue depuis la guerre contre la France (1791-1803). Cette somme, selon la France, représentait 10% de la valeur des biens des colons en 1789 [2]. L’article 2 de l’Ordonnance fixait aussi le mode de paiement de l’indemnité.
Le paiement du premier cinquième de l’indemnité devait s’effectuer le ou avant le 31 décembre 1825. Le paiement complet devait s’échelonner sur 5 ans. Le taux d’intérêt était nul. Les versements demandés étaient égaux; ils s’élevaient donc à 30 millions de francs par an.
Comment Haïti obtint-elle 24 des 30 millions de francs du premier cinquième de l’indemnité ?
Le Président Boyer envoya en France trois commissaires : le sénateur Daumec (qui mourut en France au cours de sa mission), le sénateur Rouanez et le colonel Frémont. Ils avaient pour mandat:  
  • de contracter sur le marché financier en France un emprunt de 30 millions de francs pour payer le premier cinquième de l’indemnité qui arrivait à échéance le 31 décembre 1825;
  • de conclure un traité commercial avec la France en vue de lever les ambiguïtés de l’ordonnance de Charles X.
Ils partirent à bord de la frégate ‘’La Circé ’’du baron de Mackau qui était venu remettre l’Ordonnance de Charles X au Président Boyer. Le Président haïtien remit au baron de Mackau une lettre manuscrite adressée au Roi de France dans laquelle il demandait formellement une réduction du montant de l’indemnité [3].
L.- G. Ternaux [4] avait préparé en octobre 1825, pour le Duc de La Rochefoucault Liancourt, un document qui vantait de manière surréaliste les capacités de payer du nouvel État d’Haïti s’il contractait des emprunts sur le marché financier en France. Ce document fut communiqué au public de l’époque pour les convaincre d’investir dans les obligations de l’emprunt d’Haïti. Les journaux de l'époque relayaient le contenu du rapport de Ternaux.
Au début d’octobre 1825, la banque Ternaux et Gandolphe prépara les documents relatifs à un emprunt projeté pour Haïti d’une somme de 30 millions de francs remboursable en 25 ans. Un appel d’offre fut lancé dans le but de trouver une banque (ou un groupe de banquiers) qui offrirait à Haïti le montant le plus élevé pour l’achat de 30 000 obligations de valeur nominale 1000 francs chacune.
L’emprunt devait donc être vendu par adjudication à un groupe de banquiers qui offrirait les meilleures conditions à Haïti. Dans ce genre d’opérations, le groupe de banquiers offrirait de verser à Haïti un montant inférieur à 1000 francs par obligation, mais son offre devrait être la plus proche possible de la valeur nominale de 1000 francs.
Le groupe de banquiers qui remportait l’adjudication devait verser immédiatement à Haïti le montant correspondant à son offre. Il devait ensuite se rembourser en vendant sur le marché de la Bourse de Paris les 30 000 obligations émises à un prix supérieur au prix consenti à Haïti pour pouvoir faire un profit.
Les obligations de 1000 francs rapporteraient aux porteurs des intérêts simples de 6% par an. À l’époque, le taux légal en France était de 5% ou moins; en matière commercial, il ne devait pas dépasser 6% [5].
Les 30 000 obligations d'Haïti étaient réparties en 25 séries (de A jusqu’à Z, excluant W); chaque série était numérotée de 1 à 1200.
[N.B. : 25 x 1200 = 30 000 obligations;  30 000 obligations x 1000 francs = 30 000 000 francs]
Le capital de 30 000 000 de francs était remboursable par Haïti en 25 ans  par tranches de 1/25e par année par un tirage au sort d’une série de 1200 obligations du 1er janvier 1827 au 1er janvier 1851.
L’image suivante est la copie d’une obligation de l’emprunt d’Haïti en 1825.




Source: Lepelletier de Saint-Rémy [11], p. 121



 
L’adjudication de l’emprunt d’Haïti [6, 7, 8] s’est déroulée à Paris le 3 novembre 1825. Deux groupes de banquiers soumissionnèrent: le premier groupe comprenait MM. Delessert et compagnie  et Casimir Perrier; l’autre,  MM. André et Cottier, Jacques Lefebvre, Mallet et frères et Pillet-Will.  Un troisième groupe intéressé comprenait MM. Jacques Laffitte et compagnie, le syndicat des receveurs généraux, MM.  Rothschild frères, Ardoin Hubbard, Jonas Hagerman, Blanc Colin et compagnie, César de la Panouze, Paravey et compagnie.  Ce troisième groupe n’a pas voulu soumissionner, car il n’acceptait pas de procéder par soumission secrète et il préférait des enchères publiques à la criée.
En milieu de journée du 3 novembre, les deux premiers groupes de banquiers sans se concerter proposèrent 760 francs par obligation d'Haïti de valeur nominale 1000 francs. Mais le minimum secret fixé par les commissaires haïtiens étant de 900 francs, l’adjudication fut donc annulée.
C’est à ce moment qu’intervint le troisième groupe, celui de Jacques Laffitte qui accepta de négocier avec les commissaires haïtiens à condition de ne pas avoir de concurrents. Il proposa 770 francs.  Les commissaires haïtiens abaissèrent alors leur minimum à 850 francs.  Laffitte proposa alors 780 francs sous la condition que son groupe pût organiser l’emprunt comme il l’entendait. Frémont et Rouanez, après avoir consulté Daumec qui était alité, acceptèrent les conditions de Laffitte et déclarèrent que leur minimum final était de 800 francs. Laffitte proposa alors 790 francs.  C’était au lieu de l’après-midi. La négociation fut suspendue.
L’agent de change, Maurenq, chargé de certifier l’opération pour la Bourse de Paris  tenta de rapprocher les parties. De sa propre initiative, il se rendit chez Laffitte pour lui demander de poursuivre la négociation; puis il contacta Rouanez qui accepta de continuer la discussion.  Laffitte et son groupe proposèrent alors 790,50 francs, mais les commissaires haïtiens maintinrent leur minimum à 800 francs. Maurenq suggéra alors fortement à Rothschild d’accepter 800 francs. Ce dernier n’accepta pas tout de suite; il alla discuter avec Laffitte et leurs discussions se prolongea jusqu’à minuit et, à ce moment-là, le groupe Laffitte accepta d’acheter l’emprunt d’Haïti à 800 francs. Maurenq se rendit alors chez Frémont et Rouanez pour leur communiquer la bonne nouvelle [6, 7].
Quelques jours après, les obligations d’Haïti de 1000 francs furent cotées à la Bourse de Paris à 840 francs [8]. Voici ce que fut la cote des obligations de l’emprunt d’Haïti à quelques dates  entre 1826 et 1848 à la Bourse de Paris [7, 11] :
a)      27 septembre 1826 : 660 francs
b)      14 septembre 1827 : 700
c)      19 septembre 1828 : 640
d)      13 mai 1829              : 450
e)      15 octobre 1829       : 345
f)         2 juin 1830               : 530
g)        7 janvier 1831         : 320
h)      21 décembre 1832   : 220
i)        24 juin 1833              : 260
j)        mars 1845                 : 425
k)       1846                          : 360
l)          3 août 1848            : 195
 
Pour avancer à Haïti les 24 millions de francs, soit les 80% des 30 millions de francs en obligations qu’Haïti allait devoir rembourser en 25 ans avec des intérêts de 6% par année, voici comment le groupe Laffitte s’y était pris. Il emprunta 20 millions de francs de la Caisse des dépôts et consignations à un taux d’intérêt de 3%; il ajouta à cette somme 4 millions de francs provenant des fonds propres du groupe; le tout, soit 24 millions de francs, fut versé à la Caisse des dépôts et consignations en faveur d’Haïti le 31 décembre 1825 [7].
 
Étant donné qu’Haïti n’avait reçu que 24 millions et devrait rembourser 30 millions à 6%, le taux d’intérêt réel qui s’appliquait sur le montant effectivement reçu était plutôt de 7,5% (7,5% de 24 millions de francs est une somme équivalente à 6% de 30 millions de francs, soit 1,8 millions de francs d’intérêts qui seraient dus à la fin de 1826).
Pour pouvoir verser à la Caisse des dépôts et consignations l’intégralité des 30 millions de francs représentant le 1er cinquième du montant initial de l’indemnité, Haïti aurait pu négocier la mise en circulation de 37 500 obligations (au lieu de 30 000) de valeur nominale 1000 francs que le groupe Laffitte aurait (peut-être) achetées à 800 francs. Une telle opération aurait donc donné un total de 30 millions de francs (au lieu de 24 millions) à verser à la Caisse des dépôts et consignations. Mais les instructions du Président Boyer aux commissaires limitaient formellement l'emprunt à contracter à un maximum de 30 millions de francs. 
 
À la fin de 1825, Haïti devait 126 000 000 francs en indemnité aux anciens colons et 30 000 000 de francs aux obligataires de l’emprunt (total 156 000 000 de francs).  C’est ce qu’il a été convenu d’appeler «la double dette».       
[N.B. Des  6 millions manquants sur les 30 millions représentant le 1er cinquième de l’indemnité, Haïti n’avait pu réunir et verser en 1826 que 5,3 millions de francs provenant d’une somme d’un million de piastres fortes provenant du Trésor public haïtien transportée en France par bateau et convertie en francs [9]. Il lui manquait donc la somme de  700 000 francs pour compléter le paiement du premier cinquième de la dette de 150 millions de francs. Ce ne fut qu’entre 1838 et 1840 qu’Haïti allait finir par compléter le paiement du premier cinquième de l’indemnité  à la Caisse des dépôts et consignation de France dû depuis la fin de 1825 [9].]
 
Comment théoriquement aurait dû être remboursée la double dette ?
 En 1826, Haïti devait donc 120 700 000 francs d’indemnité aux anciens colons français et 30 000 000 francs en obligations.
L’indemnité ne comportait pas de paiement d’intérêts si les versements étaient faits sans retard.
Si l’on se replace en 1826, et si Haïti ne contractait aucuns nouveaux emprunts, voici comment le remboursement de la double dette aurait dû se poursuivre :
a)         Le solde de 120 700 000 de francs de l’indemnité aux anciens colons
  1. Le solde de 700 000 francs restant du 1er cinquième aurait dû être payé dès la fin 1825.
  2. Le 2e cinquième, 30 millions de francs, aurait dû être payé le 31 décembre 1826.
  3. Le 3e cinquième, 30 millions de francs, aurait dû être payé le 31 décembre 1827.
  4. Le 4e cinquième, 30 millions de francs, aurait dû être payé le 31 décembre 1828.
  5. Le 5e cinquième, 30 millions de francs, aurait dû être payé le 31 décembre 1829.
b)         Les obligations de l’emprunt de 30 000 000 de francs
Haïti aurait dû verser le 1er janvier de chaque année (de 1827 à 1851) un vingt-cinquième du capital  de 30 millions de francs, soit la somme de 1 200 000  francs,  pour l’amortir en 25 ans.  Elle aurait dû également payer des intérêts annuels de 6% sur le solde du capital dû durant cette période de 25 ans.
Ainsi, du 1er janvier 1827 au 1er janvier 1851, Haïti aurait dû verser un total de 53 400 000 francs au banquier Laffitte (amortissement de l’emprunt : 30 millions, intérêts cumulés : 23 400 000 francs).
Dans les faits, l’emprunt sur le marché des obligations ne fut remboursé que sur une période allant de 1826 à 1893. Quant à l’indemnité aux anciens colons, elle fut réduite de 150 à 90 millions en 1838 et son paiement s'étendit sur une période allant de 1825 à 1878.
Pour un aperçu de l’histoire du paiement de l’indemnité, le lecteur pourra consulter l’article publié précédemment sur LCDP-Politique le 19 août 2014 [10].
 
L’histoire des obligations de l’emprunt de 30 millions de francs entre 1826 et 1838
 À la fin de 1826, il n’était pas possible pour Haïti de verser à la Caisse des dépôts et consignations le 2e cinquième de l’indemnité (30 millions de francs).
Le 1er janvier 1827, Haïti n’avait pas pu verser non plus la première annuité de 3 000 000 de francs de l’emprunt à la banque Laffitte (paiement de 1 200 000 francs d’amortissement et de 1 800 000 francs d’intérêts). Aucun versement n’a pu être fait par Haïti durant l’année 1827, ni le 1er janvier 1828,  ni durant l’année 1828. Haïti était dans l’incapacité de payer.
Pour garder la confiance des obligataires, ces derniers devaient ignorer le fait qu’Haïti ne pouvait pas momentanément payer. Cependant on ne réussit à maintenir la valeur des obligations d'Haïti qu'entre 600 et 700 francs sur le marché de la Bourse de Paris entre 1826 et 1828. 
 Ainsi, pour venir à la rescousse d’Haïti dont les versements à la banque Laffitte se faisaient attendre, le  Trésor public français (TPF) versa (ou cautionna) pour Haïti à la banque Laffitte des sommes totalisant  4 848 905 francs [11] pour payer aux obligataires de l’emprunt les deux premières annuités et les intérêts de l’emprunt d’Haïti qui s’élevaient en tout à 5 928 000 francs. On peut alors inférer qu’Haïti n’aurait versé à la banque Laffitte, en 1827, qu’une somme de 1 079 905 francs pour compléter la somme avancée par le TPF. La somme de 4 848 905 francs avancée par le TPF fut remboursée par Haïti au TPF en 1835. Les circonstances entourant ce versement ou cette caution ont été débattues à l’occasion du dépôt du rapport de la commission des comptes de la Chambre des députés de France le 13 février 1833 [12].    
En 1827-1828, 2 400 obligations de 1000 francs (séries A et J) ont donc été remboursées aux obligataires par la banque Laffitte; il en restait donc 27 600 en circulation.
Le Président Boyer, tenta sans relâche entre 1826 et 1838 d’obtenir de meilleures conditions tant pour le paiement de l’indemnité aux anciens colons que pour celui des obligations de l’emprunt.  
Dès 1828, les obligataires avaient su qu’Haïti avait de la difficulté de payer. Et dès lors, la valeur des obligations de l’emprunt de 1825 s’était mise à dégringoler sur le marché boursier, passant d’environ 640 francs en 1828 à aussi bas que 220 francs en 1832.
Un certain nombre de porteurs de ces obligations les ont donc revendues à perte sur le marché financier. Et, lorsqu’en 1835 Haïti fit passer la loi sur le paiement des droits d’importation  en monnaies étrangères, des négociants proposèrent au Président Boyer, qui accepta, de payer une portion de ces droits en obligations de l’emprunt à 500 francs chacune (au lieu de 1000). On évalue à 9 987 le nombre total d’obligations que le Président Boyer put ainsi retirer du marché entre 1828 et 1838 (il y en eut d’autres par la suite pendant un certain temps). Dans l’opinion publique, il se disait, en France, que la République d’Haïti était de mauvaise foi  [11, 13].
Donc, au début de 1839, il ne restait que 17 613 obligations seulement en circulation.  
Les documents relatifs à l’indemnité et à l’emprunt permettent d’inférer qu’entre le Président Boyer et le banquier Laffitte, il s’était vite développé un lien de confiance mutuelle. Il convient de souligner ici que le banquier Jacques Laffitte était connu en France pour sa grande honnêteté et sa légendaire générosité. Il ne fait aucun doute pour moi que Jacques Laffitte a permis au Président Boyer d'identifier les moyens à prendre pour qu'Haïti ne soit pas complètement écrasée sous le poids de la double dette. 
 
 
 
Source photo : Thomas Madiou [3], p. 341
 
 
 



Jacques Laffitte, banquier
 
 
 


L’histoire des obligations de l’emprunt de 30 millions de francs en 1838 - 1839


Les arrangements pris par Haïti avec les porteurs d’obligations restant en circulation (environ 17 613 en 1839)


 
 
Monsieur Laffitte, un homme pragmatique et honnête, voulait limiter les dégâts en proposant une solution où Haïti, les porteurs d’obligations et sa banque allaient y gagner.
Selon Beaubrun Ardouin, M. Laffitte écrivit au Président Boyer pour lui dire a)  qu’étant lui-même porteur d’obligations de l’emprunt d’Haïti, il avait la conviction qu’une majorité de prêteurs accepterait un mode de libération de leurs obligations qui devrait être avantageux pour Haïti; b) que l’emprunt serait rapidement éteint si le Président acceptait de remettre un million de francs annuellement à la banque Laffitte pour payer les intérêts et le capital.
Les négociateurs français du Traité de 1838 qui eurent vent du projet de Laffitte et voulant lui nuire (et défendre à tout prix les intérêts de la France au détriment de ceux d’Haïti) tentèrent d’influencer le Président Boyer et de le porter à faire déposer de préférence à la Banque de France les sommes destinées au paiement de l’emprunt.
 Les plénipotentiaires haïtiens (Inginac en tête) firent comprendre aux négociateurs français que les questions concernant l’emprunt seraient discutées avec la banque Laffitte comme étant une affaire privée.
Cette décision par Haïti de s’entendre avec le banquier Laffitte pour négocier avec les porteurs d’obligations en France se révélera moins lourde financièrement pour Haïti que si elle déposait les paiements à la Banque de France et confiait au gouvernement français la répartition de ces fonds aux porteurs d’obligations. Inginac a eu raison de dire au baron de Las Cases : «La République aimera mieux courir le risque d’une faillite dans une banque particulière. [13] »
En combinant les informations contenues dans Beaubrun Ardouin [13], Lepelletier de Saint-Rémy [11], Thomas Madiou [14], des documents émanant de la Caisse des dépôts et consignations (publiés dans les Archives parlementaires, dans les Annales du Sénat, dans le Journal officiel de la république française, dans le Journal des Débats politiques et littéraires, etc. ), et des documents officiels émanant des gouvernements successifs d’Haïti (e.g. Recueil des Lois et Actes, Documents diplomatiques, etc.), il est possible de se faire une assez bonne idée de ce qu’a pu être l’histoire du paiement des 30 000 obligations mis sur le marché en 1825 et du paiement des intérêts que cet emprunt a engendrés (et l’histoire du paiement de l’indemnité aux anciens colons).
Donc, en 1839, il ne restait seulement que 17 613 obligations en circulation.   
Après la conclusion des traités de 1838, un million de francs devait être consacré au remboursement des obligations de l’emprunt et au paiement des intérêts. Deux commissaires haïtiens, Faubert et Frémont se sont rendus à la Banque Laffitte pour prendre les arrangements avec les porteurs d’obligations avec l’appui de M. Laffitte.  Les obligataires furent convoqués en assemblée générale. La situation réelle des finances d’Haïti leur fut exposée. Les obligataires ont alors accepté le plan conçu par la banque Laffitte et présenté par les commissaires haïtien :
·         Abandon des intérêts au taux de 6% accumulés sur 10 ans du 1er janvier 1829 au 1er janvier 1838 inclusivement sur les 27 600 obligations censées en circulation, soit 16 560 000 francs.
·         Réduction du taux d’intérêt  de 6% à 3% sur les 17 613 obligations restant dues.
·         Réduction de 1200 à 600 du nombre d’obligations remboursables annuellement par tirage au sort.
 
L’histoire des obligations de l’emprunt de 30 millions de francs entre 1839 et 1893
 Paiement du solde du solde de l’emprunt à partir du traité financier de 1838.
Les annuités de cinq premières années (1838-1842) furent réglées comme convenu avec les porteurs d’obligations. Puis, il y eut la révolution de 1843 qui suivit le tremblement de terre de 1842.  Les paiements furent suspendus en 1843 peu après la chute de Boyer.
Jacques Laffitte décéda en 1844 et le président Boyer, exilé à Paris où, dit-on, il vivait dans des conditions difficiles, mourut en 1850.
Il y eut entre la France et Haïti, une convention en 1847 [15], sous Soulouque, qui fut renégociée en 1854 [16], Elle concernait la reprise des paiements de l’indemnité et de l’emprunt.
Le remboursement de l’emprunt aux obligataires avait été repris en 1856 pour se terminer en 1885-1886 selon le Président Salomon, en 1887 selon le ministre Frédéric Marcelin, en 1893 selon le ministère français des Affaires étrangères en se basant sur le rapport d’une commission d’arbitrage franco-haïtienne.
Dans son exposé des Relations extérieures à l’Assemblée nationale pour l’année 1885, le Président Salomon présenta la situation du remboursement de la double dette d’Haïti [17]:
«Il a été compté à la France sur notre double dette, Indemnité et Emprunt, les intérêts de retard compris, une somme de Frs 727,421.36. Elle se décompose comme suit:
Terme échu le 31 mars 1883 …………………………………………. Frs  223,059.37
Intérêts sur ce terme à 5% l'an du 1er avril l883 au
31 décembre 1884, …………………………………………………………..  19,517.66
Terme échu le 30 juin 1883 ……………………………………………….. 223,059.37
Intérêts sur ce terme à 5 % l'an du 1er juillet 1883 au
31 mars 1885 ………………………………………………………………… 19,517.81
Terme échu le 30 septembre 1885 ………………………………………  223,059.37
Intérêts sur le terme à 5 % l'an du 1er octobre 1883 au
20 juin 1885 …………………………………………………………………   19,207.78
                                                                                                         _______________
                                                                                                         Frs 727,421.36
«Avec le règlement des deux trimestres échus le 30 septembre et le 31 décembre 1883, cette double dette sera éteinte.»
«Je n'oublie pas que ce dernier trimestre est seulement porté pour mémoire dans l'état de 1870, une liquidation générale et définitive devant être faite pour en fixer le chiffre exact.»
Le Président Salomon fait référence à l’indemnité aux anciens colons de Saint-Domingue, mais il a été montré dans l’article précédent [11] que l’indemnité avait déjà été éteinte dès 1878.
Le 2 juin 1893, le ministre français des Affaires étrangères, M. Develle,  écrivit au ministre d’Haïti à Paris, M. Box, une lettre dans laquelle il dit ce qui suit [18]:
« J'ai l'honneur de vous faire connaître que, à la suite de l'examen auquel les comptes de l'Emprunt d'Haïti de 1825 ont été soumis de la part de MM. Hamot, Inspecteur Général des Finances, et Gluck, Consul Général d'Haïti à Paris, qui avaient été désignés par les deux Gouvernements pour cette mission, le Gouvernement Français a décidé de considérer le Gouvernement Haïtien comme désormais libéré envers lui par les paiements effectués à ce jour pour le service des intérêts et l'amortissement de l'emprunt dont il s'agit.»
 «Le Gouvernement Français se réserve de prendre, en conséquence, les dispositions nécessaires en vue d'assurer le remboursement, dans un délai aussi rapproché que possible, de ce qui peut rester en circulation aujourd'hui des titres de cet emprunt.»
 
Voici comment Frédéric Marcelin, ancien ministre des finances du gouvernement du Président Florvil Hyppolite en 1892-1894, rapporta l’extinction de la l’emprunt de 1825 à la fin de 1893 [19]:
«Après bien des difficultés et des lenteurs compromettantes pour le crédit national, la question de la double dette française vient d'être réglée.»
«Depuis le 1er juillet 1887, le gouvernement estimait sa créance éteinte : toutes les valeurs de l'état général de la double dette ayant été intégralement payées, soit à échéance, soit avec des retards compensés par des intérêts calculés au taux de 5 %, sauf celle du dernier trimestre de 1883 portée pour mémoire à 228,059 fr. 87, mais dont le chiffre exact devait être fixé à la liquidation générale - or, à cette même époque il existait encore dans la roue, conformément au certificat de notre Légation à Paris, onze cent vingt-quatre numéros non amortis, valeur 1,124,000 fr. à notre débit.»
 
«Notre ministre à Paris était assailli journellement par les porteurs réclamant le paiement de leurs obligations, et qui, par le fait, ne connaissaient que nous. Il faut aussi ajouter qu'il avait été complètement établi par l'examen des comptes de la Caisse des Dépôts et Consignations que les 1,288,712 fr. 87 que M. Charles Noël, notre ancien consul, avait comptés à M. Laforestrie et que l'on croyait à tort ne pas figurer au crédit du Gouvernement, s'y trouvaient bel et bien. Pourtant, les experts ayant admis que la Caisse des Dépôts et Consignations avait fait une mauvaise application des remises du Gouvernement et que des intérêts excessifs avaient été payés aux porteurs de titres de l'Indemnité alors que la Caisse eût dû approprier ces fonds à l'amortissement de la dette, un compromis fut proposé sur la base que le Gouvernement français renoncerait formellement à toute demande ultérieure de remboursement, en ce qui concerne la double dette de 1825, qu'il considérerait comme définitivement réglée et accepterait comme siens les engagements envers les tiers représentés par les 1,124 obligations - 1825 qui restent encore dans la roue. Ce compromis, fortement appuyé par notre ministre à Paris, a été accepté par les deux Gouvernements.»
 
 
Pour terminer cet article, je présente le tableau suivant que j'ai bâti pour résumer le déroulement des paiements de l’emprunt de 1825. Il est axé sur les dates des tirages au sort des obligations retirées de la circulation. Ces informations permettent d’apprécier indirectement le flux des paiements d’Haïti et directement le flux des montants rendus disponibles aux obligataires de l’emprunt de 1825. Les montants versés par Haïti en intérêts sur l’emprunt et en intérêts pour retards de paiement sur l’emprunt ont été considérables; ils ne sont pas indiqués dans le tableau. Ils ont été payés intégralement par Haïti.
 



 
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Bibliographie
 
  1. François Blancpain (2001) – ‘‘Un siècle de relations financières entre Haïti et la France (1825-1922)’’ – Édition L’Harmattan, 2001, 213 p. – Voir pages 66-67.
  2. Frédéric Marcelin (1896) – Les chambres Législativesd’Haïti (1892-1894), Exposé général de la situtation – 1893 – Finances, pages 180-181                                                                                         [  https://archive.org/details/leschambreslgi00marc  ]
 
 

 
 
 

mardi 19 août 2014

Haïti / Indemnité en faveur des anciens colons de Saint-Domingue: les versements d'Haïti à la Caisse des Dépôts et Consignations

Par Dr. Pierre Montès
Mise à jour: 28 août 2014

Nous avons consulté un certain nombre de documents relatifs au paiement par Haïti de l'indemnité aux anciens colons de Saint-Domingue (indemnité de 150 000 000 de francs en 1825, ramenée à 90 000 000 de francs en 1838) et relatifs au paiement par Haïti de l'emprunt de 30 000 000 de francs contracté en 1825 sur le marché obligataire à Paris.

Le paiement de l'indemnité s'échelonna de 1825 à 1878. Le remboursement de l'emprunt se fit de 1826 à 1883 (1893 selon la Caisse des dépôts et consignations).
Ce travail a permis de constater, contrairement à ce qu'on croit, que le paiement de l'indemnité de Saint-Domingue a été achevé avant l'accession Lysius Salomon à la Présidence. Mais le Président Salomon acheva de payer ce qu'il restait dû sur l'emprunt de 1825 à la Caisse des dépôts et consignations.

Nous  présentons au tableau suivant les versements effectués par Haïti, selon les rapports émis par la Caisse des dépôts et consignations, pour payer l'indemnité de 90 000 000 de francs aux anciens colons de Saint-Domingue.

Dans un prochain article, nous présenterons un tableau pour les paiements de l'emprunt de 1825.







vendredi 1 août 2014

Harper, Israël et Gaza / L'abandon de la vocation pacifique

Source: ledevoir.com, Montréal, 1er août 2014
Par:
Yvon Rivard - Écrivain et professeur retraité, Université McGill
Michel Seymour - Professeur, Université de Montréal
Samuel Mercier - Rédacteur en chef de la revue Spirale


Nous sommes du parti de la paix, et tous ceux qui s’opposent à la haine devraient être nos alliés


Nous avons tous été témoins, par médias interposés, de la dernière offensive israélienne dans la bande de Gaza. Notre but ici n’est pas de déterminer qui a commencé ou qui est à l’origine de ce conflit, même si par ailleurs notre devoir d’intellectuels est d’essayer de situer ce qui se passe maintenant dans la trame plus large de l’histoire. Si nous n’avons aucun pouvoir sur l’État d’Israël, sur le Hamas ou sur l’Autorité palestinienne, nous avons cependant une responsabilité envers notre gouvernement, et cette responsabilité est, en ce moment, marquée par la honte.

Le Canada a longtemps été, sans être une puissance mondiale, une force de paix, mais l’appui inconditionnel du gouvernement Harper au pouvoir israélien l’a éloigné de sa vocation pacifique qui, au-delà des intérêts géopolitiques et de la loi du plus fort, devrait reposer sur :

la Déclaration universelle des droits de l’homme en vertu de laquelle aucune révolte justifiée contre la tyrannie et l’oppression ne peut inclure une action armée contre des civils, règle que violent aussi bien les tirs de roquettes du Hamas que le bombardement israélien de Gaza ;

le respect du droit international, ce qui impliquerait l’arrêt de la colonisation en territoire palestinien, le retrait des territoires occupés, l’élimination du mur, la fin du blocus de la bande de Gaza, conformément aux décisions prises par les tribunaux internationaux.

Nous attendons du gouvernement Harper qu’il travaille concrètement à l’établissement d’une paix durable au Moyen-Orient plutôt que d’attiser le conflit actuel par ses prises de position partisanes. Nombreux sont les Israéliens qui s’opposent à la politique belliqueuse de Nétanyahou : il serait peut-être temps de les entendre et de cesser de croire qu’Israël parle d’une seule voix. Nombreux sont les Palestiniens qui croient à une solution pacifique au conflit : il serait peut-être temps de prendre au sérieux l’union récente du Hamas et du Fatah et d’appuyer cette démarche politique plutôt que de définir tout acte de résistance palestinienne comme un acte terroriste.

Nous sommes du parti de la paix, et tous ceux qui s’opposent à la haine devraient être nos alliés. Qu’ils soient Israéliens ou Palestiniens, nos amis sont ceux qui s’opposent à la violence et mettent au-dessus des intérêts partisans et des considérations doctrinaires le droit des personnes et des peuples de vivre dans la liberté et la dignité. Nous joignons ici nos voix à toutes celles qui dans le monde entier plaident pour que cesse le massacre de la bande de Gaza et espèrent que la Palestine et Israël en arrivent à la création de deux États, sans quoi il n’y aura pas de paix durable.

Que pouvons-nous faire pour atteindre cet objectif ?

1. Dénoncer l’aveuglement du gouvernement Harper.

2. Regretter le silence du gouvernement québécois.

3. Appuyer toute démarche d’ici ou d’ailleurs susceptible d’enrayer la violence : boycottage des compagnies qui font affaire avec les colonies israéliennes, des banques et entreprises qui financent les fabricants d’armes israéliennes, pétitions pour l’imposition d’un embargo militaire immédiat sur Israël comme celui qui frappe déjà le Hamas, dons pour les habitants de Gaza, etc.

4. Ne pas laisser la distance, les vacances ou le confort nous éloigner de ce qui se passe présentement dans la bande de Gaza parce que nous serions ainsi complices de la mort d’innocents et que c’est aussi notre avenir à tous, c’est-à-dire la possibilité pour les peuples de vivre en paix, qui s’y joue.

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Cosignataires de la lettre:

Georges Leroux, professeur émérite, UQAM 
Pierre Nepveu, professeur émérite, Université de Montréal
Julius Grey, avocat, Grey-Casgrain
Gérard Bouchard, professeur, UQAC
Dominique Scarfone, psychanalyste, professeur, Université de Montréal
Mélissa Grégoire, professeure, Cégep de L’Assomption
Alain Deneault, essayiste
Élise Turcotte, professeure, Cégep du Vieux-Montréal
Paule Baillargeon, cinéaste
Marc Zaffran, médecin et écrivain
Alain-G. Gagnon, Science politique, UQAM
Normand Baillargeon, professeur, UQAM
Christian Nadeau, professeur, Université de Montréal
Pierre Jasmin, vice-président des Artistes pour la Paix
Jonathan Livernois, professeur, Université Laval
Samuel Archibald, professeur, UQAM
Robert Hébert, professeure retraité, Collège de Maisonneuve
Nathalie Watteyne, poète et professeure, Université de Sherbrooke
Eric Martin professeur de philosophie, Cégep Édouard-Montpetit
Itay Sapir, professeur, UQAM
Louise Harel, ex-chef de Vision Montréal
Nicolas Lévesque, psychologue et écrivain
Sarah Rocheville, professeure, Université de Sherbrooke
Gilles Dupuis, professeur, Université de Montréal
Anne-Marie Le Saux, professeure, Collège de Maisonneuve
Jacques Pelletier, professeur, UQAM
Martine Delvaux, professeure, UQAM
Éric Méchoulan, professeur, Université de Montréal
Robert Lévesque, écrivain
Jean Pichette, sociologue
René Lapierre, professeur, UQAM
Marie-Sophie Briquet, professeure, Cégep Gérald-Godin
Michel Roche, professeur, UQAC
François Hébert, écrivain
Marie-Pascale Huglo, professeure, Université de Montréal
Barbara Thériault, professeur, Université de Montréal
Joan Senechal, professeur, Collège Ahuntsic
Frédéric Bérard, Avocat constitutionnaliste
Thomas Hellman, auteur-compositeur
Guillaume Asselin, professeur, Cégep Marie-Victorin
Linda Cardinal, professeure, Université d'Ottawa
Jean Bédard, professeur, UQAR
France Boisvert, professeure, Collège Lionel-Groulx
Julien Villeneuve, professeur, Cégep Maisonneuve
Isabelle Bouchard, professeure, Cégep de Jonquière
Mourad Ali-Khodja, professeur, Université de Moncton
Etienne Poulin, professeur, Cégep Maisonneuve
Geneviève Sicotte, professeure, Université Concordia
Julien Lefort-Favreau, chercheur postdoctoral, Université de Toronto
Gaëtan Lévesque, éditeur
Isabelle Boisclair, professeure, Université de Sherbrooke
Jean-François Bourgeault, professeur, Cégep Saint-Laurent
Benoit Guilmain, professeur, Édouard- Montpetit
Pascale Millot, Cégep Édouard Montpetit, Longueuil
Étienne Beaulieu, professeur, Cégep de Drummondville
Annie Bérubé, professeure, Collège Mérici
Thomas Mainguy, écrivain
Marina Girardin, professeure, Collège Édouard Montpetit
Paul Dumais, enseignant en mathématiques, Collège de Rosemont
Sylvie Morel, professeure, Université Laval
Mathieu Marion, Philosophie, UQAM
Annie Royer, professeur, UdeLaval
Isabelle Malouin, professeure, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu
Valerie Amiraux, Sociologie, Université de Montréal
Éric Paquin, professeur, Cégep Gérald-Godin
Anne-Marie Miller, professeure, Cégep du Vieux-Montréal
Patrick Poirier, Coordonnateur scientifique, Université de Montréal
Veronica Ponce professeure, Collège Marianapolis
Sonia Gauthier, École de service social, Université de Montréal
Annie Lévesque, professeure, Cégep Lévis-Lauzon
Louise Dupré, écrivaine
Daniel Valois, professeur Linguistique, Université de Montréal
Diane Gendron, professeure, Cégep Maisonneuve
Martin Godon, professeur, Cégep du Vieux Montréal
Stéphane Paquin, professeur École nationale d'administration publique
Antoine Boisclair, Professeur, Collège Brébeuf
Anne Legaré, politicologue
Isabelle Baez, chargée de cours, UQAM
Ryoa Chung professeur Université de Montréal
André Poupart, juriste
Sylvie Paquerot, Professeure, Université d'Ottawa
Sébastien Lévesque, professeur, Cégep de Jonquière
Dominique Garand, professeur, UQAM
Stéphane Thellen, Professeur, Cégep du Vieux-Montréal
Diane Lamoureux, professeure, Université Laval
Mathieu Bélisle, professeur, Collège Brébeuf
Lynda Forgues, correctrice, Ministère de l'Éducation du Québec
Vincent Romani, professeur, UQAM
Nancy Moreau, professeure, Cégep de Maisonneuve
Patrick Cady, psychanalyste et écrivain
Isabelle Côté, professeure, Cégep de St-Jérôme
Catherine Leclerc, professeure, Université McGill
Marc-André Cyr, chargé de cours, UQAM
Jean-François Thibault, professeur, Université de Moncton
Marie-Andrée Bergeron, chercheuse, UQAM
Kiev Renaud, écrivaine
Frédéric d'Anjou, professeur, Collège Gérald-Godin
Karine Damarsing, professeure, Collège de Maisonneuve
Anne Deret, professeure, Cégep Gérald-Godin
Michel A. Paquette, professeur, Cégep Maisonneuve
Mireille Beaudet, professeure retraitée, Université de Montréal
Jacques Guèvremont, professeur, Cégep Gérald-Godin
Jacques Audet, professeur, cégep Saint-Jean-sur-Richelieu
Ginette Michaud, professeure, Université de Montréal
Emilie Sarah Caravecchia, professeure, Collège Montmorency
Louis Rousseau, professeur retraité, UQAM
Louise Blais, professeure, Université d'Ottawa
Sébastien Manka, professeur, Cégep Montmorency
Daniel Laforest, professeur, University of Alberta
Francis Gingras, professeur, Université de Montréal
Francine Prévost, professeure retraitée, Cégep Marie-Victorin
Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure, Université de Montréal
Philippe de Grosbois, professeur, Collège Ahuntsic
Rachad Antonius, professeur, Université du Québec à Montréal
Samira Laouni, service à la clientèle
François Lett, professeur, Collège Gérald-Godin
Marc Beaudry professeur, Cégep St-Jean-sur-Richelieu
Jérémie McEwen, professeur, Cégep Montmorency
Jean-François Marçal, professeur, Collège de Maisonneuve
Benoît Tellier professeur, Cégep St-Jérôme
Alexandre Comeau, professeur, Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu
Philippe de Grosbois, professeur, Collège Ahuntsic
Silvie Lemelin, professeur, Cégep de Victoriaville
Anne-Marie Voisard, professeure, Cégep Saint-Laurent
Régine Robin, professeure, UQAM
Élisabeth Nardout-Lafarge, professeure, UdeM
Yvan Lamonde, professeur, Université McGill
Jean-François Hamel, professeur, Université Laval.

samedi 5 juillet 2014

Ce que vous ne savez pas sur le professeur Leslie F. Manigat

Entrevue
 
Source: lenouvelliste, 3 juillet 2014
 
Propos recuellis par Robenson Geffrard et décryptés par Martine Stavius
 
 
Le notaire Ernst M. Avin connaissait Leslie F. Manigat depuis son plus jeune âge. A l’école classique, à l’université jusqu’au palais national, Ernst et Leslie sont demeurés inséparables. Ils étaient encore ensemble aux derniers jours de l’ancien président de la République. Dans son bureau d’études, Me Avin a reçu Le Nouvelliste et lui a fait bien de confidences sur ses relations d’amitié avec l’éminent professeur.
 
 
Saint-Louis de Gonzague 1934. Le petit Leslie, innocent avec un visage angélique, fait ses premiers pas à l’école. A ses côtés, deux ans plus tard, Ernst M. Avin qui allait devenir l’un de ses plus fidèles compagnons de lutte politique. « (…) Nous avons fait toutes nos études classiques ensemble, de la dixième jusqu’à la philo. On a terminé en 1948, c’est pourquoi j’ai dit toujours que notre promotion, c’est la promotion des droits de l’homme parce qu' en 1948, c’était la nouvelle donne, la Déclaration universelle des droits de l’homme », raconte calmement et avec précision le notaire Avin. Dans son bureau où est empilée une montagne de dossiers, l’homme de 82 ans n’oublie rien. Il parle de ses expériences avec Leslie Manigat comme si c’était hier. « Manigat, lui, fait de la politique depuis son plus jeune âge, dit-il. Nous sommes à Saint-Louis de Gonzague en dixième, en 1939, nous étions déjà en train de parler des nazis, de l’Angleterre, de tout ce qui se passait…Il était intéressé par la politique, d’autant que sa famille est une famille politique. Il s’intéressait à tout ce qui bouge, c’était une sorte d’encyclopédie… »

« Nous avons été séparés en 1948. Lui est parti, il a été poursuivre des études à Paris, et moi je suis resté ici. En 1951, j'ai quitté le pays pour aller faire des études de notariat. Mais nous nous sommes rencontrés à Paris. Il a fait de grandes études, il a été maître de conférences à l’Institut des sciences politique de Paris, ce qui n’est pas une mince affaire, pour un Haïtien en plus. »

« Il a commencé à faire de la politique à partir du moment où il a été à Paris, et qu’il est retourné pour ensuite aller former son parti politique au Venezuela. Comme notaire, j’ai fait l’ajustement pour mettre les statuts du RDNP en harmonie avec la loi sur les partis politiques, ici en Haïti. »


Manigat, un fervent chrétien

« Vous parlez de politique, mais Manigat, esprit encyclopédique, est musicien et aussi un fervent chrétien. Je peux vous faire un témoignage de sa vie spirituelle. Tout le monde voit l’homme politique, mais on ne savait pas les combats qu’il menait sur le plan spirituel. Je peux te donner un exemple. Il m'a fait chercher un matin par le ministre des Affaires étrangères. Il m'a dit qu’on a trouvé un charme au palais national, dans une petite pièce l’on trouvait des ossements ressemblant à ceux des enfants, comme si on faisait des sacrifices humains. Je faisais le tour du palais pour visiter, quand je suis arrivé devant cette pièce, on m’a dit que ne je ne pouvais pas rentrer. Il a demandé pourquoi il ne pouvait pas rentrer. Il a fait chercher l’intendant qui confirme que personne n’est jamais rentré dans cette pièce. Il a dit ‘’ map fè kraze l’’. Je veux voir. »

« À Paris, nous avons fait plusieurs pèlerinages ensemble pour aller prier, nous avons été sur la voie Apia pour voir les martyrs, là où se trouvent les tombes des martyrs, nous avons visité Saint-Pierre de Rome, la Basilique de Latran. Et tout ça c’est pour vous dire qu’il était profondément croyant et je peux dire que dans un sens c’est ce qui nous a sauvé la vie. Ce combat spirituel que nous étions en train de mener et que tout le monde ne connaissait pas. »

«Avec lui, on savait avec qui on avait à faire. C’était ça la philosophie politique de Manigat. Et comme je vous dis, au point de vue spirituel, c’était un croyant, un croyant ferme. Et nous avons été sauvés, parce que, maintes fois, nous avons eu des signes d’une protection divine. »


L'idéologie politique

« En ce qui a trait à l'idéologie politique, Ernst Avin loue aussi son ancien camarade. «Je lui ai dit : Ami, écoute-moi, je partage tes convictions politiques, je partage ta philosophie politique. Dans l’exercice de tes fonctions, c’est autre chose. Ce n’est pas un vain mot, j’ai horreur des gens qui n’ont pas de philosophie ou d’idéologie politique. Ils sont capables de toutes les vilaineries . Si vous me dites que je suis socialiste, pas de problème, je suis communiste, je n’ai pas de problème. Mais il faut vous définir. Manigat se définissait.»

« Après avoir été victime d’un coup d’Etat en 1988, Leslie Manigat devait partir pour l’exil. Là encore, Ernst M. Avin était à ses côtés. « Au bout d’un certain temps, là où nous étions, on nous a dit que l’avion était là. Trois rangées de soldats me séparaient de lui. Il a dit : « Mais où est Ernst » ? J’ai répondu : « Je suis là ». Il a traversé la haie de soldats, on l'a laissé faire et il est venu me trouver. Il a dit : « Je ne comprends absolument rien. Comment as-tu pu faire tout cela ? Tu étais avec moi dans la Villa d’accueil. Tu es sorti avec ma fille, tu es retourné encore dans la gueule du loup, tu as été prendre des choses pour moi à la Villa d’accueil. Voici que tu me ramènes maintenant de la nourriture. »


« Il était toujours le plus fort »

« Après le coup d'Etat, Manigat m'a dit : « Je vais te demander quelque chose. Sauve ma bibliothèque, c’est la chose à laquelle je tiens le plus au monde. Je lui ai dit « Je ne sais pas si je vais réussir , mais je te promets d’essayer ». J’ai sauvé la bibliothèque en la déposant chez les Frères de Saint- Louis de Gonzague. Les Frères de Saint- Louis de Gonzague, c’est notre creuset. C’est là que nous avons appris tout ce que nous produisons maintenant. Manigat, musicien, jouait du bulbe. Il était aussi un homme de théâtre. Manigat, qu’il s’agisse de la littérature, il était toujours le plus fort. En littérature, il pouvait citer Jude d’Élia. Il pouvait citer tous les poètes de l’époque, la philosophie, n’en parlons pas. Manigat vous parlera même de la spirale de Frankétienne jusqu’à cette date. C’est ce qu’on appelle un esprit encyclopédique, un esprit curieux.»

« Avec Manigat tu as toujours des surprises. Au moment tu t’y attends le moins, tu lui parles de quelque chose, il te dit il faut que tu lises Untel. Il n’a absolument rien oublié. Au contraire, il fait de nouvelles études sur la question et il te donne des ouvrages de références. »


« Ce n’est pas Namphy qui a fait partir Manigat »

« Bon au pouvoir, lui et moi, on se parlait presque chaque jour. Il y a quand même des choses que je ne dirai pas, parce que ce sont peut-être des secrets d’Etat. J’étais au courant de tout ce qu’il faisait. Mais ce n’est pas Namphy qui a fait partir Manigat. Permettez-moi de me taire. Namphy n’aspirait pas à cela. Il y a comme une sorte de conjuration qui est partie du fait que Jean-Claude Paul qui était le chef aux Casernes on voulait le faire arrêter parce qu’on prétendait qu’il était impliqué dans une affaire de drogue. On l’avait déplacé. Manigat a dit mais non, vous ne pouvez pas le déplacer, il est un officier des Forces armées d’Haïti. S’il a fait quelque chose, on le jugera ici. On ne peut pas le prendre et l’envoyer aux Etats-Unis, comme un vulgaire quelconque. Nous sommes un Etat souverain. Il était intraitable sur ces questions-là.»

« Moi je l’ai vu au moment où il venait d’être élu, mais il n’était pas encore installé. Un représentant de la Croix-Rouge me demande de l’introduire auprès de Manigat. Je demande à Manigat. Manigat dit, ne refuse jamais quand les gens te demandent, ‘’Yap ba w gwo pye’’. Dis lui qu’il peut venir. Je revois le type et je lui dis de faire attention, car Manigat est très chatouilleux sous les questions de protocole et les questions politiques. Ce n’est pas le genre de personne à qui vous allez dire n’importe quoi et qui va vous faire de cadeaux. Le type n’a pas suivi le conseil. Il a commencé par lui parler de la Croix-Rouge, à un certain moment il lui dit et l’affaire des prisonniers politiques. Manigat lui dit comment ? Je ne suis même pas encore installé et vous me parlez de prisonniers politiques. Sachez, Monsieur, que je n’ai pas l’intention, moi, d’avoir des prisonniers politiques. Manigat lui dit vous êtes français ? Le type lui dit, oui je suis français. Il lui dit : vous avez lu le rapport Badenteir ? Le type n’avait pas lu le rapport. Badenteir était un ministre de la Justice qui avait essayé d’aménager l’univers carcéral en France qui n’était vraiment pas brillant.»

  « Manigat lui dit : Monsieur, avant de venir me parler, allez lire le rapport de Badenteir, vous verrez que l’univers carcéral en France n’est pas du tout recommandable. Alors vous demandez à notre agent de vous introduire. C’est la meilleure personne que vous auriez pu trouver pour vous introduire auprès de moi. Mais quand je serai installé au pouvoir, votre fenêtre d’entrée auprès de moi, ce sera le ministère des Affaires étrangères. ‘’Li voye misye au pilori’’. Pour lui, la souveraineté nationale n’était pas un vain mot.»

« J’étais son conseiller au culte, puisque ma fonction de notaire m’interdit de faire de la politique. Dans ce sens que la fonction de notaire est incompatible avec celle de l’ordre administratif, judiciaire et militaire. Puisque je gère un service public, je n’ai pas le droit, moi, d’être pour ou contre X. Je peux avoir ma philosophie personnelle, comme je vous ai dit, je me suis défini. Moi je suis un défenseur des droits humains, c’est la même chose avec Manigat.»

« Il a été en exil au vénézuela et à Trinidad and Tobago. Je l’ai rencontré à Trinidad. Nous sommes restés très liés, tandis qu’il était en exil. Je n’étais pas en exil. Mais vous savez, les gens ne doivent pas exagérer non plus. Il y a des choses qui sont toujours dans l’ordre du possible et vous n’imaginez pas que vous puissiez passer au travers. Donc, il s’agit de faire les choses, quand même, avec une certaine intelligence. D’avoir un certain crédit. Ça ne veut pas dire qu’un malheur ne puisse pas vous arriver.»

« Il est revenu au pays en 90 après son exil. Il a milité dans le RDNP. On ne voulait pas qu’il soit président. On lui a refusé sa candidature disant qu’il avait été déjà président. Nous avons mené un combat sur le plan juridique. Nous avons été dans les BEC et les BED et au Conseil électoral pour demander où il est écrit que Manigat ne pouvait pas être candidat.»

« C’était une décision politique. Sur le point juridique, ça avait des conséquences. On a sommé l’Etat et nous avions attaqué ce texte en inconstitutionnalité. Vous savez que vous ne pouvez pas attaquer par la voie directe pour l’inconstitutionnalité. On a révoqué trois juges de Cassation pour qu’ils ne rendent pas la décision. C’est Ertha Pascal Trouillot qui est responsable de ce forfait-là. Juridiquement parlant, nous avions eu raison.»

« Vous savez, ça n’a pas changé. C’est la même chose, puisque le président Martelly non plus, on a jamais dit quel était son score. Tout le monde sait que c’est l’international qui a pris la décision. Nous sommes sur le chemin de voir la même chose en ce moment. Dans ce sens là, la vision de Manigat était encore la bonne. Ce sont toujours ces gens-là qui font les élections. »


« Ici, on n’aime pas les gens de savoir »

« Evidemment, comme vous savez, ici on n’aime pas les gens de savoir. Et qu’à partir du moment où quelqu’un est un intellectuel vraiment brillant et extraordinaire, on a toujours tendance à le rabaisser. Et à dire qu’il n’est pas l’homme du peuple, ‘’pèp la pa konprann anyen nan sa l ap di a’’. On peut dire que c’est de l’élitisme. C’est possible, je dis que tout le monde doit faire des études classiques, des études primaires. C’est souhaitable. Il est même souhaitable que tout le monde fasse des études secondaires. Mais tout le monde ne peut pas aller à l’université. »

« Il y a un stade qui est réservé à une élite. Il n’est pas donné à tout le monde d’être un licencié en mathématiques, tout comme il n’est pas donné à tout le monde d’être docteur en droit. Plus vous possédez de la connaissance, plus les gens vous en veulent. Manigat n’avait peut-être pas le charisme d’un leader populaire comme Aristide. Mais même du côté des intellectuels, on lui en voulait à mort. Ce n’est pas de la droite seulement. De la gauche comme de la droite.»


La fin

« Il est tombé malade, il a été opéré. Vraiment ça n’allait pas. Il y a eu le Chikungunya qui l’a vraiment terrassé. Oui, pendant les six ou huit dernier mois, Manigat était obligé de rester dans sa chambre. Il ne sortait pas. Les derniers moments étaient vraiment pénibles, il ne croyait plus à rien. Il s’est, en quelque sorte, laissé mourir. Parce qu’il voyait les malheurs de son pays.»

« Cette génération doit retenir qu’il y a quand même des Haïtiens qui ont essayé de dégager une vision de l’homme haïtien dans toute sa totalité, dans ce que nous avons non seulement comme culture, mais de ce que nous avons dans notre spiritualité, dans nos potentialités. C’est ce que Manigat, à mon avis, a voulu apporter. Mais malheureusement, il n’y a pas eu le temps de faire tout ça. »

« Il est l’ami vrai, dans le sens du partage, parce qu’il partageait tout ce qu’il avait avec tout le monde. Jamais il ne refusait le dialogue ou les explications. Donc, c’était un homme de partage. C’était un homme qui apportait non seulement le côté politique, mais le savoir dans tous les domaines. C’est ce que je retiens de lui comme ami et comme homme politique, mais malheureusement le sort ne l’a pas voulu.»

« Certainement, le pays a fait une énorme perte. La mort d’un homme, c’est la mort de l’homme. Mais quand il s’agit d’un homme comme Manigat, le pays a perdu, parce que le pays n’a pas su, n’a pas pu ou n’a pas voulu ; ou peut-être, lui, il n’a pas pu transmettre toutes ses idées, ces choses pour lesquelles, il avait rêvé. Donc son rêve, il ne l’a pas réalisé. Son plus grand rêve, c’était de faire avancer, de développer le pays. Pas seulement au point de vue du savoir, mais dans tous les domaines. Qu’il s’agisse de la finance mais surtout dans le domaine de l’éducation. On ne va pas oublier qu’il a été lui-même le fondateur de Institut des hautes études internationales devenu Institut national d'administration, de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI).»

dimanche 18 mai 2014

Haïti / Le mouton noir de Lakou Sé Pam ou le Moïse Jean-Charles de Montréal

Par Dr. Pierre Montès

Un peu d'humour...

Plus tôt cette semaine sur Vision 2000, l'animateur Valéry Numa a demandé à Moïse Jean-Charles de lui nommer une bonne chose réalisée par le Président Michel Joseph Martelly durant ses trois premières années au pouvoir. Le sénateur anarchopopuliste a été incapable de répondre à cette question facile.

Hier (samedi) à Montréal, la même question a été posée par l'animateur JerPi à IsmaRe à Lakou Sé Pam, émission Grasse Matinée. Ce dernier a refusé de répondre parce que, dit-il, il ne veut pas faire de la propagande pour Martelly.

On sait que depuis la campagne présidentielle de 2010 au début de laquelle le candidat Martelly avait fait un saut à Montréal, ça ne clique pas entre Martelly et IsmaRe.

Apparemment, ça ne clique pas constamment entre IsmaRe et ses collègues journalistes: JerPi, JemPi, JenuGou, etc. d'une part; entre IsmaRe et beaucoup d'auditeurs de Lakou Sé Pam d'autre part.
IsmaRe est donc le mouton noir de Lakou Sé Pam.

Pourtant, IsmaRe me semble rempli de bonnes qualités. Mais il a souvent de la difficulté à interagir de manière appropriée (agréable) avec les autres, surtout quand il s'agit d'analyser objectivement la politique haïtienne.

Puisque l'exemple et/ou le contact de JemPi, de JerPi, de JenuGou, de JeroBou, d'AsHeu, de JeFisAi, de JecloMar, etc. ne suffisent pas pour édulcorer les mœurs d'IsmaRe, alors j'ose suggérer à IsmaRe de tenter cette pénultime démarche:

Prendre pour modèle l'animateur Raymond Laurent de l'émission Samedi-midi de CKUT dont l'objectivité journalistique nous surprend agréablement chaque samedi.

Une chance qu'il n'y a pas de conflit d'horaire entre l'émission Samedi-midi de CKUT et la phase d'analyse politique de l'émission Grasse Matinée de Lakou Sé Pam.