jeudi 27 janvier 2011

Temps de Décision : Justice ou Injustice


Sources: VINOUSH, Forum culturel, 27 janvier 2011
Par Ray Killick, 26 janvier 2011
RayHammertonKillick-conscience@yahoo.com


Haïti doit ériger un État de droit. Un tel projet nécessite un changement radical de mentalité que seul un leadership ayant de la volonté et de la très grande dextérité politiques sera capable de réaliser. Quand M. Duvalier a été chassé du pouvoir en 1986, il a laissé un vide politique que n'ont pu guère comblé les régimes militaires. Tout est lié. Et voilà pourquoi un orateur de carrefour arrive au pouvoir le 7 février 1991 avec la même mentalité politique duvaliériste mais avec un dessein de destruction systématique et de chambardement général qu'il poursuivra à son retour en 1994. Anarchiste, impatient et revanchard, Aristide ne pouvait pas concevoir l'État de droit et encore moins l'implémenter. De fait, il choisit sciemment un être qu'il juge inférieur à lui et manipulable par lui pour en faire un président de doublure. Préval ne pouvait pas non plus concevoir l'État de droit. Il n'y a jamais cru. Pour faire le point, je vais partir de l'existence d'un État de droit (exercice mental ou thought experiment).

La justice fonctionne dans l'État de droit, n'est-ce pas? Qui peut alors empêcher quiconque de traduire un autre en justice qui lui aurait causé des torts ? En d'autres termes, l'État de droit, c'est l'État "sine ira et studio" de Max Weber. Sans haine et sans passion, sans parti pris, il dispense ses services au public. (Notez bien que je dis public et non peuple puisque je parle de l'État de droit.) Dans ce même État, on a souvent le pardon présidentiel. Cependant, l'exercice d'une telle discrétion dans le but de favoriser la réconciliation nationale, par exemple, ne peut enlever le droit à aucun citoyen de rechercher une forme de réparation en justice. Pour illustrer, un futur président d'un État de droit peut absoudre Baby Doc, mais madame X ou monsieur Y peut toujours poursuivre celui-là en justice. On ne peut pas décourager ceux qui recherchent réparation. Le faire est injuste. Si un cas n'a aucun mérite, c'est à la justice, et non aux philosophes, de le décider.

En somme, il faut distinguer l'action publique de l'action civile en matière de droit pénal. L'ensemble des discussions en cyberespace concernant la poursuite en justice des anciens tortionnaires du peuple haïtien semble confondre les deux. La première est une action au nom de la société alors que la seconde est réparation recherchée par la victime d'un crime ou en son nom. Par exemple, madame Michèle Montas Dominique a le droit en tant que citoyenne haïtienne d'entamer des poursuites judiciaires contre JCD alors que le gouverenement haïtien poursuit sa comédie soit-disant au nom du public.

Une voie qui requiert l'existence d'une plus haute autorité au-dessus de la justice de l'État de droit pour décider de la validité d'un cas juridique est arbitraire. Toute décision qui n'émane pas du système judiciaire (rôle d'interpréter la loi) concernant un cas juridique est également arbitraire. Décider d'ores et déjà que cela ne vaut pas la peine de poursuivre Jean-Claude Duvalier en justice serait arbitraire et incompatible avec l'État de droit. Dire que c'est une perte de temps, c'est sous-estimer la nécessité pour Haïti de finalement mettre sur pied un système judiciaire compétent. Dire comme Odette Roy Fombrun que si on veut juger JCD, on doit juger tous les autres tortionnaires et criminels, n'est pas un principe de justice. C'est un principe qui relèverait plutôt du domaine de la morale. C'est comme si on disait : si vous voulez juger Michael Jackson pour un cas de pédophilie, il faut que vou jugiez tous les pédophiles. Plus haute autorité que la justice, telle a été justement l'attitude d'Aristide qui s'est cru investi du pouvoir de rendre justice au nom du peuple haïtien au lieu de porter la justice à se réformer pour devenir un véhicule qui puisse remettre la société en confiance ("L'État, c'est moi." dixit Aristide après Louis XIV). La réconciliation nationale passe par l'application de la justice.

Ce qui déchire le tissu social haïtien est justement l'absence de justice, l'impunité. Alors quand est-ce que cela finira si on ne commence pas par appliquer la loi ? Si on décourage ceux qui recherchent justice pour avoir été victimes des régimes Duvalier, militaires, Aristide et Préval, alors avec quel régime va-t-on commencer ? Nos futurs tortionnaires ne diront-ils pas : nous avons commis beaucoup moins de crimes politiques que les Duvalier et Aristide...? Après tout, si on veut empêcher qu'un citoyen poursuive JCD en justice, ne faudrait-il pas intervenir avec une loi pour ce faire ? Serait-ce alors une illustration de l'État de droit, ça ?

La justice du pè lebrin est de l'injustice. Le dechoukaj des macoutes en 1986 fut de l'injustice. Car dans tous ces cas, on n'avait pas entamé des procès qui auraient permis d'appliquer la sentence appropriée pour les crimes commis, et ceci cas par cas. Toutes les fois qu'on recourt en tant que société à de telles pratiques, on divise la société. Toutes les fois qu'on transforme les masses en tant qu'instrument de violence, on s'éloigne de l'État de droit.

Si "un musée de la torture" est un bon exercice de mémoire comme le suggère un internaute, il ne peut toutefois servir d'instrument de dissuasion criminelle. Transformer le Fort Dimanche en musée ne va point résoudre le déficit de justice qui fait qu'Haïti est un pays de hors-la-loi, de m'fè sa'm vlé, sa'm pi pito. On nous montre les atrocités nazies tout le temps à la Télé, mais cela n'empêche guère qu'on enregistre toujours des crimes crapuleux, des régimes "sanguinaires", etc.

Je peux vous garantir que c'est plutôt une justice qui fonctionne qui facilitera finalement la réconciliation nationale, car elle découragera les abus et les actes arbitraires et injustes. Le vrai remède est difficile; c'est l'État de droit. Le mettre sur pied est un effort colossal qui requiert le démantèlement de l'État de non-droit, l'État des privilèges éhontés, des fiefs et des grands seigneurs. Tout raisonnement qui recherche la justice en dehors du système judiciaire est faussée au départ; sa matérialisation ne peut qu'avorter. Il faut apprendre en tant que société à rendre justice "sine ira et studio". Aucune action civile contre JCD ou Aristide ne peut être supprimée. De fait, l'action civile est un test pour la réforme de la justice haïtienne. L'action publique sera un test crédible pour la justice quand elle sera menée par un gouvernement qui voudra réellement établir l'Éat de droit en Haïti. Alors la question de l'heure est à Manigat et Martelly : comment allez-vous pouvoir mettre sur pied cet État de droit ?

REFLEXIONS A PROPOS DE L’ARTICLE "J'accuse"


Par Gérard Bissainthe, 27 janvier 2011
gerardbissainthe@gmail.com
http://www.blocnotes-gbissainthe.com/

J'ai beaucoup aimé le texte ci-dessous "J'accuse" de Madame Odette Roy Fombrun. J'admire surtout le fait qu'elle ait écrit: "Cela ne m’intéresse plus de juger Jean-Claude Duvalier." Je me rappelle à ce propos qu'un de nos hommes politiques dont la famille jérémienne avait été cruellement frappée par la répression de la dictature, m'avait confié que sa mère son lit de mort lui avait demande de pardonner. Lui non plus n'était pas intéressé à réclamer des jugements, surtout lorsque dans la horde des lyncheurs déchaînés on pouvait reconnaitre, parfois aux premiers rangs, un grand nombre d'ex-profiteurs de la dictature. Je ne cite pas le nom de cet homme politique; je lui laisse le soin de le faire s'il le juge opportun. Les braves ne sont pas revanchards: ils veulent la justice et non la vengeance. Ils n'ont jamais ni exalté ni pratiqué le "Père Lebrun". Seuls les lâches et les mercenaires l'ont fait. Quelques uns ont déjà demandé pardon pour leurs déviations. Les autres non. Honte à eux!

Madame Odette Roy Fombrun était, et je la cite "rentrée au pays en 1986, l’espoir plein mes poumons, avec un grand rêve." C'était le temps de la ferveur des exilés –j’en étais revenant de mon bannissement– qui retournaient à leur terre natale s'imaginant qu'une page venait de se fermer et qu'une nouvelle page allait s'écrire. Il n'en fut jamais rien. J'ai appelé cette période "la Grande Illusion". Nous n'y avons jamais vu que du bleu. Il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre ce qui s'était passé. C'est la raison pour laquelle je voudrais bien, mais je ne puis, suivre Madame Odette Fombrun dans le choix qu'elle fait dans cette phrase: " Plutôt que d’’accabler Jean-Claude Duvalier, ce qui n’enlève rien à l’horreur des crimes commis sous son gouvernement, je choisis d’accuser l’après -Duvalier." Ma raison est simple: il n'y a jamais eu d'après-Duvalier. Et c'est cela le fond de la "Grande Illusion". Avant et après Duvalier c'est la même farine. Avant, aux heures d’exaltation paroxysmique, on parlait d'un "Himalaya de cadavres". Après, aux heures d’exaltation paroxysmique, on voulait "sentir l'odeur de la chair brûlée sur toute l’étendue du territoire de la République”. “Ejusdem farinae”, de la même farine.

Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

En sortirons-nous jamais?

Non, si nous continuons les “baby talks” qui tournent autour de la validité ou non-validité de ces élections dont une tribu de singes ne voudraient pas.

Oui, si en adultes, nous exigeons une refonte de la Constitution AVANT D’ALLER A DE NOUVELLES ELECTIONS QUI DEVRONT, CETTE FOIS-CI, INCLURE LA DIASPORA. Car c’est la seule voie du salut.

Puisque les bébés veulent continuer à s'amuser, il faut, de plus en plus de guerre lasse, les laisser aux soins de leur babysitteur apparemment adoré qui a nom la Minustah. A moins d'être diplômé en “Early Childhood Education”, personne ne doit ou ne doit plus forcer son talent à tenter de mettre de l’ordre dans le kindergarten des dirigeants déboussolés qui continuent à rêver d'hallalis. L’avenir d’Haïti ne pourra se préparer qu’entre adultes sur des voies parallèles, en particulier celles de l’éducation, à condition que nous, Haïtiens, nous y ayons ou plutôt que nous y prenions l’initiative des opérations.

Si le “Konbitisme” qui est une des pistes qui auraient pu sauver n’est pas (pas encore?) passé, il aura contribué à poser d’utiles jalons pour le renouveau. Les Semeurs ne sont pas toujours les Moissonneurs.

Le mot d’ordre aujourd’hui est: SORTIR DE LA GRANDE ILLUSION.

J’écrivais en 1990 dans mon opuscule “Le Défi des Eclairés” “Toute nation doit avoir ses affaires personnelles, auxquelles les autres se sont pas mêlés. Haïti est la seule nation qui fait pipi devant tout le monde. Papa US et maman France sont toujours là pour changer nos langes.”

Il faut en finir, se reprendre en main.

Nous le pourrons, oui certainement, avec un “Kombit national”. Et ce “Kombit national” c’est, entre autres, un frère étranger, résistant lui aussi, qui pendant et après la dernière guerre mondiale en avait bien compris l’esprit et que, dans ces moments difficiles, où nous devons reconstruire nos ruines, nous avons intérêt à écouter. J’ai toujours aimé ces vers d’Aragon:

“Quand les blés sont sous la grêle,
Fou qui fait le délicat,
Fou qui pense à ses querelles
Au cœur du commun combat.”

Gérard Bissainthe

J’ACCUSE

Sources diverses: le document circule sur le Web depuis deux jours (e.g., Charles Dupuy, historien)

Par Odette Roy Fombrun

Ayant passé 27 ans en exil et consciente des crimes commis par les Duvalier, je devrais élever ma voix pour réclamer le jugement de l’ex-président à vie, Jean-Claude Duvalier.

Pendant ce long exil, aux côtés de mon mari Marcel Fombrun, et au sein d’une diaspora déterminée à combattre la dictature, j’ai lutté activement contre les gouvernements du père et du fils. Des membres de ma famille ont payé de leurs vies cette lutte : mon beau-frère, des neveux, des cousins, plusieurs simplement « disparus»…Je ne puis donc être duvaliériste. MAIS ! Plutôt que d’’accabler Jean-Claude Duvalier- ce qui n’enlève rien à l’horreur des crimes commis sous son gouvernement -, je choisis d’accuser l’après -Duvalier.

Rentrée au pays en 1986, l’espoir plein mes poumons, avec un grand rêve : en 2004, Haïti sera le Centre historique et culturel de la Caraïbe. C’ETAIT POSSIBLE. En effet, au départ des Duvalier, nous avions en mains tous les atouts. Le pays était en situation de force pour se développer : le monde offrait ses services. L’UNESCO en tête, avec ses projets de flagellation du système esclavagiste. Elle avait choisi Haïti –où l’abolition avait été proclamée en 1789 - pour inaugurer en grandes pompes, en 1989, sa Route de l’Esclave et le Musée de l’Esclave. (J’avais suggéré de faire ce Musée au Palais aux 365 portes abandonné. Mais, les gouvernants étant désintéressés, l’UNESCO va le faire à Cuba). Le Serment du Bois-Caïman (1789) forçait à protéger et développer la ville historique du Cap. 1992 serait déclaré Année de l’Indien avec expositions d’art taino ; 1993 année de l’abolition de l’esclavage…. Ainsi, en 2004 Haïti tape kanpe. Je ne voyais pas comment en 2004, Haïti ne serait pas le Centre historique et culturel de la Caraïbe.

Imaginez ma profonde déception :

- de voir gouvernement après gouvernement anéantir toutes les superbes opportunités qui s’offraient et le pays descendre jusqu’à nous voir patauger dans une boue puante!

- de constater que les droits de l’homme-pour lesquels on avait tant lutté – étaient impunément bafoués. Tandis que l’on danse le carnaval, des macoutes invisibles exercent violences physiques, emprisonnements, expulsions, kidnappings…

- de réaliser que, concernant la corruption, alors que la famille Duvalier et quelques proches étaient seuls à piller les caisses plutôt pleines de l’Etat, la corruption s’est tellement généralisée que l’on se demande quel élu aura assez de force pour la combattre, voire y mettre fin.

- de vivre jour après jour la destruction physique du pays :’exploitation anarchique de carrières de sable, bidonvilisation sauvage des mornes dominant la capitale et Pétion-Ville, alors qu’à mon arrivée en 1986 ces mornes étaient boisés, verdoyants, non bâtis.



Quant à la division, Il suffit de mentionner que, malgré ce drame du 12 janvier, on a eu 70 partis politiques et 39 candidats à la présidence pour réaliser qu’il n’y a aucun accord, aucun regroupement. Et tous se disent nationalistes, alors qu’ils sont presque tous égoïstes, égocentristes. Malgré tous les appels pressants du Konbitisme : pas de konbites nationales de développement, pas de konbites de construction. Les gouvernements sont activistes, populistes, rongés par la haine et l’esprit de vengeance. Au lieu d’un Mendela, pacificateur, unificateur, nous avons eu des génies de la division ; au point de voir aujourd’hui notre indépendance menacée à cause d’élections frauduleuses.

A l’écoute de Marie France Claude , (entendue à radio Kiskeya le 21 janvier)Comme moi, elle est moins intéressée à juger Jean-Claude Duvalier qu’à porter plainte contre ceux qui lui ont succédé, à évoquer les crimes qu’ils ont commis contre ceux qui ne pouvaient fuir : l’utilisation de l’odieux Père Lebrun, les destructions et pillages sauvages ; sans oublier les bastonnades, emprisonnements, expulsions de journalistes…. Elle a mentionné évidemment les multiples assassinats dont celui de son père, celui de Jean Dominique. Elle a aussi dénoncé la bidonvilisation de la capitale et celle des mornes qui dominent la capitale et Pétion-Ville : assassinat physique qui enlève toute possibilité de développement de ces deux villes.

A l’écoute de Liliane, (vue et entendue à Télé nationale après l’arrivée de Jean-Claude Duvalier).Comme moi, elle pense que nous n’avons pas rempli notre devoir de MEMOIRES. En 1986, on avait invité le Gouvernement à faire du Fort Dimanche un Musée des horreurs commises par les Duvalier. Il y avait eu une exposition à la Mairie de milliers de photos de victimes des Duvalier. On les aurait placées à ce Musée et ajouté tous les témoignages écrits- comme ceux que l’on fait aujourd’hui à travers tous les medias.

Si les avocats avaient invité les victimes à venir déposer leurs plaintes et, plus avant, à les renouveler, les successeurs des Duvalier auraient réfléchi à deux fois avant de violer les droits de l’homme, sachant qu’Ils pourraient être accusés de crimes contre l’humanité, avec menace d’être jugés au tribunal international de la Haye. Et nos jeunes, ayant sous les yeux ces horreurs, n’auraient pas crié : « Vive Duvalier ».

Pour moi, la déception est énorme ; la blessure incurable. Oui ! Je suis profondément affectée et c’est avec peine que je continue la lutte pour un pays dans lequel les dirigeants ne pensent pas pays. J’ai énormément de difficultés à accepter cet assassinat physique du pays et celui de mon rêve ; encore moins cette persistante division au niveau politique. Ceci en dépit des menaces exprimées par nos Grands Voisins et qui impliquent la perte de notre fierté légendaire, de toute dignité et celle, progressive, de notre souveraineté.

Cela ne m’intéresse plus de juger Jean-Claude Duvalier. Je suis malade à cause surtout de ce que j’ai vécu et vis encore dans l’après-Duvalier. Je me dis que Jean-Claude est venu au pouvoir à 19 ans, dans un système sanguinaire établi par son père et qu’il est parti refusant le bain de sang que voulait son entourage. Il a au moins cela à sa décharge.

Tous mes combats de 27 ans d’exil et tous mes rêves de 1986 ont été ASSASSINES par les successeurs des Duvalier. Qu’ont-ils à leurs décharges ? Est-ce pays exsangue ?

EN CONCLUSION :

S’IL FAUT PARLER JUSTICE, IL FAUT L’APPLIQUER A TOUS CEUX QUI ONT VIOLE LES DROITS DE L’HOMME, PENDANT ET APRES DUVALIER.

CEPENDANT, MALGRE CETTE PENIBLE SENSATION D’ETRE SOUS PRESSION DE FORCES OCCLTES, JE CONTINUE LE COMBAT EN FAVEUR DE L’UNION NATIONALE, ME FORCANT A PENSER QU’UNE GRANDE KONBITE NATIONALE PEUT ENCORE SE TENIR POUR QUE MON REVE SE REALISE :


HAITI CENTRE HISTORIQUE ET CULTUREL DE LA CARAIBE.

mercredi 26 janvier 2011

Présidentielle en Haïti: le parti au pouvoir décide de retirer son candidat


Source: google.com, 26 janvier 2011

PORT-AU-PRINCE (AFP) — Le parti du pouvoir en Haïti, Inité, a annoncé mercredi avoir officiellement décidé de retirer la candidature de son candidat Jude Célestin à la présidence du pays, indique-t-il dans un communiqué.

"Même si nous sommes certains que Jude Célestin a recueilli le nombre de voix nécessaires et qu'il est ainsi admis pour aller au deuxième tour, Inité est d'accord pour le retirer comme candidat à la présidence", indique le texte en créole signé des principaux dirigeants du parti.

Toutefois, M. Célestin, dont la candidature a été soutenue par le président sortant René Préval, n'a pas confirmé lui-même son retrait, et sa signature n'apparaît pas sur le document.

Une source proche du parti a indiqué à l'AFP, sous couvert d'anonymat, que M. Célestin refusait de se retirer de la course à la présidence et menaçait de tenir une conférence de presse pour dénoncer l'annonce de son retrait.

Depuis le premier tour de la présidentielle du 28 novembre, Haïti est plongé dans une crise politique liée à la qualification pour le second tour, aux côtés de l'ex-Première dame Mirlande Manigat, de Jude Célestin, selon les résultats préliminaires diffusés début décembre par le Conseil électoral.

Ces résultats ont été dénoncés par les partisans du candidat arrivé à la troisième place, Michel Martelly, et donc exclu du second tour. Ils ont aussi été remis en cause par une mission de vérification des votes de l'Organisation des Etats américains (OEA), qui a suggéré un duel entre Mme Manigat et M. Martelly au second tour.

Le parti Inité (Unité en créole), qui critique le rapport des experts de l'OEA, a appelé ses partisans à "garder leur calme et à rester mobilisés".

"Nous allons nous battre pour assurer la victoire de nos candidats au Sénat et à la députation lors du deuxième tour des élections", indique-t-il.

Le 28 novembre se sont également tenues des élections législatives.

A l'inverse, dans un communiqué la diplomatie américaine a estimé mercredi que "le gouvernement haïtien devrait accepter les conclusions du rapport de l'OEA et passer au deuxième tour des élections". "Nous suivons la situation de très près", a ajouté Philip Crowley, porte-parole du département d'Etat, dans ce texte.

Washington "n'a exprimé aucune préférence pour tel ou tel candidat. (Les Etats-Unis) veulent un processus électoral équitable", a renchéri Thomas Adams, coordonnateur spécial pour Haïti, le même jour.

Au Congrès, Bill Nelson et Marco Rubio, les deux sénateurs de Floride (sud-est), où réside une forte communauté haïtienne, ont de leur côté appelé, dans une résolution, à la fin de la crise politique en Haïti, réclamant la mise en place d'un nouveau gouvernement le 7 février ou dans les jours qui suivent.

C'est le 7 février qu'arrive à expiration le mandat du président sortant René Préval.

"Il faut que les choses soient clarifiées avant le 7", a aussi expliqué le secrétaire général adjoint de l'OEA Albert Ramdin. "Nous devons savoir ce qui va se passer parce que la situation est trop confuse", a-t-il déclaré à des journalistes avant une réunion de l'organisation à Washington.

samedi 22 janvier 2011

Haïti/Cinq jours après son arrivée spectaculaire au pays, le président Jean-Claude Duvalier s'adresse à la presse et au peuple haïtien

*

Président Jean-Claude Duvalier,
à Pétion-ville, Haïti, le 21 janvier 2011
Photo: AFP




Président Jean-Claude Duvalier devant la Presse,
dans un hôtel à Pétion-ville, Haïti, le 21 janvier 2011
Photo: Hector Retamal, AFP


Point de presse
de M. Jean-Claude DUVALIER
et de son conseil juridique


Chers amis de la presse,

Je vous remercie d'avoir répondu à mon invitation de ce jour et saisis cette opportunité qui m'est offerte de m'adresser à mes concitoyens.

Très brièvement, je vous dirai combien j'ai été favorablement impressionné par l'accueil qui m'a été réservé depuis l'Aéroport International Francois Duvalier pour cette visite, surtout par cette foule de jeunes qui ne m'ont pas connu.

Cela donne chaud au cœur. M di yo mèsi anpil, m'te kontan viv moman sa-a.

Cela dit, je sais à quel point nombre de vous sont curieux de savoir l'objet de mon retour à Port-au-Prince après un quart de siècle d'absence. Cette question est sur toutes les lèvres.

En effet, j'ai voulu rendre un hommage aux nombreuses victimes du séisme dévastateur du 12 janvier 2010 qui a fait, selon des estimations officielles, trois cent seize mille (316.000) morts. Malheureusement, je ne suis pas arrivé à temps pour cette commémoration.

Chers compatriotes,

Me voici revenu vous témoigner de ma solidarité en cette période extrêmement difficile de la vie nationale où vous êtes encore des centaines de milliers à vivre à la belle étoile, au milieu des ruines. Dès l'instant que j'ai pris la décision de revenir en Haïti pour commémorer avec vous, dans notre pays, ce triste anniversaire, je m'attendais à toutes sortes de persécutions ; mais croyez-moi, le désir de participer à vos cotés, à cette Konbit pour la reconstruction nationale, dépasse de loin les tracasseries auxquelles je pourrais être confronté… Peu importe le prix à payer, l'essentiel pour moi étant de me trouver avec vous. Et j'affirme qu'à ce titre, tous les Haïtiens et Haïtiennes de bonne volonté ont le droit de vouloir y prendre part.

Je saisis cette occasion pour présenter publiquement mes sympathies à mes millions de partisans qui, après mon départ volontaire d'Haïti, afin d'éviter un bain de sang et de faciliter le dénouement rapide de la crise politique, en 1986, ont été livrés à eux-mêmes. Des milliers ont été lâchement assassinés, boucanés, grillés, suppliciés au « pè lebrun », mot devenu tristement célèbre ; leurs maisons, leurs biens pillés, déchoukés , incendiés. Et tout cela, sous les feux des caméras du monde entier.

Je saisis aussi cette occasion pour exprimer, une fois de plus, ma profonde tristesse à l'endroit de mes compatriotes qui se reconnaissent, à juste titre, d'avoir été victimes sous mon gouvernement.

Jeunesse de mon pays,

Durant mon long séjour en France, j'ai toujours été attentif à vos cris et à vos malheurs. J'ai vécu vos moments difficiles avec beaucoup de peine et de chagrin. C'est à vous, futurs leaders de ce pays, qu'il convient d'assumer la relève et montrer au monde que l'âme haïtienne est bien vivace et forte.

Et comme pour parodier le Révérend Martin Luther King : « quand vous ferez en sorte que la cloche de la réconciliation nationale puisse résonner dans tous les cœurs et que nous la laissions carillonner dans chaque commune, dans chaque ville, dans chaque quartier , dans chaque foyer, alors, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants d'Haïti, hommes et femmes, vieux et jeunes, riches et pauvres, ceux de l'intérieur comme ceux de la diaspora, puissent marcher la main dans la main sans exclusion et participer ensemble à la renaissance d'Haïti ».

Tel est le message de mon retour.

Vive Haïti ! Que Dieu nous bénisse !

Merci.

mercredi 19 janvier 2011

Haïti-élections/Rapport final de vérification des experts de l'OEA

Voici le lien vers le rapport officiel des experts de l'OEA:
Haïti-élections/rapport de vérification des experts de l'OEA, 13 janvier 2011.

Les experts recommandent de retirer le candidat Judes Célestin de la deuxième place et de le mettre en troisième.

Le rapport recommande de retirer le candidat Michel Martelly de la troisième place et de le mettre en deuxième.

Les experts recommandent que le second tour soit organisé entre Mirlande Manigat et Michel Martelly.

Voici les résultats du premier tour recommandés par les experts de l'OEA après vérifications:
  • Total votes valides: 1 023 121 (la coquille que j'avais signalée dans un article antérieur a été corrigée par l'OEA).
  • Mirlande Manigat, 1ère, 323 048 voix, 31,6%
  • Michel Martelly, 2eme, 227 467 voix, 22,2%
  • Jude Célestin, 3eme, 224 242 voix, 21,9%

Malgré l'écart de 3225 voix qui sépare Jude Célestin de Michel Martelly, l'inférence statistique (test d'hypothèse) ne permet pas de conclure que ces deux candidats soient considérés ex aequo. C'est pourquoi les experts écartent clairement toute possibilité de recommandation que Jude Célestin soit éligible au second tour.

Haïti: Duvalier aspire à retrouver le pouvoir, mais son passé le poursuit



Haïti- Jean-Claude Duvalier salue la foule à l'hôtel Karibe, Pétion-ville.
Photo: AFP, 19 janvier 2011


Source: lexpress.fr, 19 janvier 2011
Par AFP, publié le 18/01/2011 et mis à jour le 19/01/2011

PORT-AU-PRINCE - Jean-Claude Duvalier ambitionne de redevenir président d'Haïti, a affirmé mercredi son entourage, malgré des plaintes pour crimes contre l'humanité déposées contre l'ancien dictateur rentré dans son pays à la surprise générale.
Trois jours après son retour à Port-au-Prince et 25 années d'exil en France, "Baby Doc", 59 ans, est apparu brièvement à la mi-journée à une cinquantaine de partisans qui l'ont acclamé à l'extérieur de son hôtel.

Parallèlement, son porte-parole, Henri-Robert Sterlin, a dévoilé à l'AFP la stratégie de l'ex-président, rentré à Port-au-Prince au moment où son pays traverse une grave crise politique depuis le premier tour contesté de la présidentielle du 28 novembre.

"Il faut tout bouleverser pour qu'on annule les élections. Et qu'après il y ait de nouvelles élections générales où Duvalier se présente. Et là, bingo" (il est élu), a expliqué M. Sterlin, ancien ambassadeur d'Haïti à Paris.

Mais l'ancien dictateur est poursuivi par son passé: il est tenu responsable par des organisations internationales de défense des droits de l'homme de la mort de milliers d'opposants sous sa présidence (1971-86). Mercredi, quatre plaintes pour crimes contre l'humanité ont été déposées contre lui devant la justice haïtienne.

La journaliste Michèle Montas, ancienne porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, a annoncé avoir porté plainte pour "séquestration arbitraire, exil, destruction de biens privés, torture physique et morale, violation des droits civils et politiques".

Baby Doc est déjà inculpé depuis mardi de corruption, détournements de fonds publics et association de malfaiteurs.

Dans un communiqué, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a rappelé les autorités haïtiennes à leur "devoir continu d'enquêter, de poursuivre, de punir et de remédier aux atteintes aux droits de la personne", rappelant que la dictature Duvalier s'était caractérisée par "des violations massives des droits de la personne".

M. Duvalier s'est borné depuis son retour à déclarer qu'il était venu "pour aider" les Haïtiens après le séisme qui a dévasté le pays il y a tout juste un an. Il n'a toujours pas donné de conférence de presse.

De son côté, le Conseil électoral a entrouvert la porte à une révision des résultats de la présidentielle en indiquant qu'il prendrait "en considération" une révision des résultats du premier tour en fonction d'éventuelles contestations.

Les résultats préliminaires annoncés début décembre ont provoqué des violences de la part des partisans du chanteur Michel Martelly, arrivé en troisième position et donc exclu du deuxième tour.

Avec 21% des voix, M. Martelly ne comptait que quelques milliers de voix de moins que le candidat du pouvoir, Jude Célestin (22%), ce dernier étant donc qualifié pour affronter au deuxième tour une ancienne première dame, Mirlande Manigat, arrivée première avec 31% des voix.

Mais une mission d'enquête dépêchée par l'Organisation des Etats américains (OEA) a conclu que des fraudes avaient faussé les résultats et recommandé de rétrograder M. Célestin en troisième position.

Outre l'hypothèse de l'annulation du scrutin, qui permettrait à M. Duvalier d'être candidat, M. Sterlin a formulé une deuxième hypothèse qui verrait finalement M. Martelly accéder au second tour, voire à la présidence, avec le soutien des duvaliéristes.

Si un second tour est organisé, "M. Martelly arriverait au pouvoir", a pronostiqué M. Sterlin, précisant que le parti duvaliériste n'avait "aucun problème avec M. Martelly".