Kesner Pharel ne digère pas l'initiative du président de la République de
présenter le bilan de sa deuxième année au pouvoir sur la place publique. Le
chef de l'Etat devait prononcer mardi après-midi au Champ de Mars, un discours
sur les grandes réalisations de son administration durant ses vingt-quatre mois
de gestion avait annoncé le ministère de la Communication. Cela fait de nous une
démocratie sous les tropiques, ironise Kesner Pharel mardi matin sur les ondes
de Radio Magik 9.
Le responsable du Group Croissance juge la démarche du chef de
l'Etat très inquiétante. Cela pourrait renvoyer à l'idée que nos dirigeants ne
respectent pas les institutions établies, soutient M. Pharel avant de rappeler
aux autorités haïtiennes qu'elles sont tenues de rendre compte suivant la
Constitution devant le Parlement.
Un bilan pas trop rose
Le bilan sur le plan
économique n'est pas rose, deux ans depuis l'arrivée de Michel Martely au
pouvoir. Kesner Pharel relève certes des points positifs quant à la réalisation
de plusieurs programmes sociaux et l'amélioration des conditions de sécurité
dans le pays. Mais cela, précise-t-il, ne suffit pas pour donner de bonnes notes
à Michel Martelly et à son équipe.
« Le produit intérieur brut n'a pas augmenté
de cinq pour cent tel que prévu par le gouvernement. Il a plutôt régressé à
moins de trois pour cent », a expliqué l'économiste, qui croit que les
prévisions des autorités haïtiennes sont parfois trop optimistes.
Le P.D.G. du
Group Croissance a relativisé les chiffres avancés récemment par le chef de
l'Etat sur la quantité d'emplois, l'une des priorités de Michel Martelly, qui
auraient été créés ces douze derniers mois. L'économie haïtienne n'a même pas
400 000 emplois formels, a indiqué M. Pharel, soulignant que si ces emplois ont
été effectivement créés dans le secteur formel le niveau de consommation aurait
grimpé et le produit intérieur brut atteindrait les dix pour cent. Selon
l'économiste, le nombre de gens qui travaillent dans le secteur privé haïtien ne
dépasse pas la barre des 150 000. Dans le secteur public, il fixe ce chiffre à
environ soixante mille.
Même s'il reconnaît que la situation sécuritaire s'est
améliorée ces derniers jours, Kesner Pharel n'a pas relevé suffisamment
d'actions visant à favoriser le climat d'investissement dans le pays. Il a
attiré l'attention sur le fait qu'Haïti, étant passée de la 182e à la 183e, a
encore perdu une place dans le classement Doing business cette année malgré les
appels des autorités qui ne cessent de clamer : « Haiti is open for business ».
Insistant sur le chemin qu'il reste à Michel Martelly à parcourir, Kesner Pharel
estime que tout seul l'exécutif n'y arrivera pas. Il faut la collaboration du
Parlement et du secteur privé des affaires, a-t-il recommandé.
Sans le citer, Michel Joseph Martelly, établissant des différences entre Tèt
Kale et Lavalas, a réagi à quelques flèches lancées la veille par son pire
ennemi politique : Jean-Bertrand Aristide. Sur la faim, Martelly croit que
quelqu'un ment, fait « semblant » d'être préoccupé quand ses actions indiquent
le contraire.
Poussé dans les cordes par l'ex-président Jean-Bertrand Aristide à cause de
l'aggravation de la faim en Haïti ces temps-ci, le président Michel Joseph
Martelly, sans langue de bois, a défendu son bilan et marqué sa différence avec
Lavalas. Son administration, a-t-il confié en exclusivité à Gary Pierre-Paul
Charles, animateur vedette de « Haïti débat » sur Scoop FM ce vendredi, a
insufflé une nouvelle dynamique en vue de faire face à ce problème de la faim.
«
Nous abordons le problème à deux niveaux. Nous assistons la population et nous
travaillons à l'augmentation de la production agricole », a expliqué Martelly.
Grâce aux travaux de curage du canal Sally flood way, des terres sont sauvées de
l'inondation et 7 000 carreaux sont irrigués. « Nous donnons aux agriculteurs
des espaces à cultiver et nous leur donnons aussi les moyens », poursuit Michel
Joseph Martelly, qui insiste sur l'importance de la consommation de produits
locaux et sur le choix fait par l'Etat d'acheter des produits locaux. « Donc,
imaginez-vous qu'un tel canal a passé 50 ans sans être curé. Et quelqu'un fait
semblant d'attaquer le problème de la faim alors qu'il a passé 10 ans au
pouvoir. C'est du mensonge », a balancé le président Michel Joseph Martelly,
sans citer une seule fois le nom de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide qui
avait la veille appelé à « l'unité », à un « mariage de raison » entre le peuple
et la bourgeoisie pour trouver une solution au problème de la faim touchant de
plus en plus d'Haïtiens.
Le président Michel Joseph Martelly, face à l'agression
du journaliste Frantz Henry Délice de Radio Télé Guinen qui couvrait la marche
des supporteurs de Lavalas après l'audition de JBA mercredi, a indiqué que l'on
ne peut pas retourner aux attitudes de désordre. « On ne peut pas retourner dans
ce temps », a ajouté Martelly. Dans la foulée, en dépit de certaines critiques
formulées contre lui, Martelly a appelé à la « différence » entre ses relations
et celles de Lavalas avec la presse.
Sur la projection de JBA de la victoire
écrasante du Parti Fanmi Lavalas dans les prochaines élections si elles sont
honnêtes et démocratiques, Michel Martelly relativise: «C'est le rêve de tout
parti politique et de tout leader.»
Ces deux présidents ou titans de la scène
politique qui s'affrontent dans la presse ne se sont jamais aimés. Musicien,
icône du compas, Michel Joseph Martelly avait supporté le coup d'Etat du 30
septembre 1991 contre Jean- Bertrand Aristide. Au retour de JBA de l'exil en
1994, Michel Martelly avait pris le chemin en sens inverse avec sa famille. Lors
du mouvement GNB contre JBA entre 2003 et 2004, Michel Martelly s'était rangé du
côté d'autres artistes, musiciens, intellectuels et politiques pour réclamer le
départ de JBA, qui a finalement eut lieu le 29 février 2004.
Revenu de son
second exil, JBA, contrairement aux espérances de certains, ne s'était pas mis
sur le chemin de Michel Joseph Martelly à la présidence. Sans contester de
manière frontale l'élection de Martelly au pouvoir, Fanmi Lavalas, le parti de
JBA, a qualifié ces élections d'élections sélections et d'exclusion.
Michel
Joseph Martelly, quelques mois après sa prestation de serment, avait entrepris
de visiter tous les présidents haïtiens encore vivants, dont les plus
emblématiques: Jean-Claude Duvalier et JBA. Michel Joseph Martelly avait exprimé
le voeu d'une grande réconciliation nationale. C'est resté un voeu pieux.
Et, au
fil des mois, à cause de plaintes portées contre Jean- Bertrand Aristide par
Rosemond Jean de CONASOVIC, Ti Sonny et d'autres anciens de Lafanmi Selavi
(oeuvre de bienfaisance de JBA), la tension est montée d'un cran entre Lavalas
et le pouvoir Tèt Kale. La convocation de mercredi dernier a radicalisé les
positions au point que JBA et MJM se lancent des piques avant les prochaines
élections.
Ne vous attendez pas à un long discours aujourd'hui.
Une image parle mieux que mille mots.
J'ai donc emprunté l'image suivante de la page FaceBook de Nicolas Maduro.
Cette image fait référence aux comédiens de "The Three Stooges" ("Los Tres Chiflados") [1, 2, 3] Elle traduirait bien la situation de la plupart des polititiens d'un pays que nous connaissons tous: Haïti. Il y manque cependant un quatrième personnage: " l'international ".
Pour ceux et celles qui veulent un discours politique, je les renvoie au film/livre "Les Comédiens" ("The Comedians") [4, 5].
Pour ceux qui veulent aller davantage en profondeur, il leur faudra absolument lire la thèse de Monsieur Roselor François: "Aliénation des Haïtiens par rapport à leur Education ancrée au système esclavagiste français" (6). Il en a parlé dans une excellente entrevue à Vision 2000, le 18 janvier 2013, que j'ai eu la chance d'écouter intégralement en direct. Roselor François explique pourquoi le système éducatif haïtien a été/est la cause principale de l'aliénation. Monsieur Jean-Junior Joseph a mis en ligne cette belle entreveue de Roselor François. On peut l'écouter en cliquant sur le lien donné ci-dessous (7). Nous disons un grand merci à JJJ. Il faut aussi le rappeler, cette entrevue pouvait être écoutée en différé dans la rubrique Invité du jour, sur le site Web de Vision 2000 pendant quelques jours après le 18 janvier 2013 et y était téléchargeable.
Los Tres Chiflados
Source de l'image: page FaceBook de Nicolas Maduro
(6) Depuis plusieurs années, je souligne le fait que les pays de la Caraïbe anglophone fonctionnent bien politiquement parlant avec le système parlementaire calqué sur le système britannique. Et je mentionne qu'Haïti aurait intérêt à expérimenter un tel système politique. De plus, depuis un plus grand nombre d'années (plus de 40), je constate, impuissant, que bon nombre d'intellectuels et de professionnels haïtiens croient en la supériorité de tout ce qui vient de la France (ou de l'Europe) par rapport à ce qui émane d'eux-mêmes et/ou des autres continents réunis. La thèse de Roselor François tente d'identifer l'une des causes de ce phénomène. On pourra également lire ou relire les livres du père (ou du grand-père) de la négritude, Jean Price-Mars, pour enfin entreprendre et, souhaitons-le, gagner le combat contre ce phénomène qui a trop duré.
Je n’ai pas encore mis les pieds au Vénézuela. Toutefois, vers la fin des années 90, une fois terminés les cours du samedi à Pétion-Bolivar, je restais dans une salle, pour approfondir Doña Bárbara ou Canta Claro. C’est pas facile à vous expliquer ; presque 4 ans au Centre m’avait fait découvrir que, lorsqu’on y lisait Rómulo Gallegos, un parfum, mystérieux et agréable – qui ne pouvait être que du Vénézuela – empreignait, tout doucement, la pièce.
Presqu’une décennie après, je reçois un appel vers 9h du soir, de Luis Quesada.
–Demain, tôt, vous allez rencontrer le lieutenant-colonel Juan Valero et le major Alberto Fabio Carrillo, de la Brigade Simón Bolívar.
En très peu de mots, Quesada me fit un brillant exposé du fonctionnement des structures institutionnelles solidaires du Poder Popular Bolivariano (à travers La Corporación de Abastecimiento y Servicios Agrícolas, C.A.S.A. ; Mercal, Mercado de Alimentos, entre autres) en temps de crise et me laissa entendre que, chaque jour, le Commandant serait ponctuellement informé de l’évolution respective de nos missions.
J’ai commencé à parler de Gallegos au major Carrillo, sur le campus de l’Université adventiste de Diquini. Nous étions en tournée d’inspection des principales boulangeries de la capitale. Troublante conjoncture, celle-là, lorsqu’une branche de l’Exécutif national venait de magouiller pour se débarrasser d’une autre branche, prétextant « émeutes de la faim », l’analyse des microstructures de production/distribution alimentaire, rien pour la région métropolitaine, nous révélerait de précieux détails.
A notre première réunion de travail à l’Ambassade –Bicentenaire–, nos alliés sourirent, en remarquant l’impressionnant paquet de revues et publications liées au chavisme que me remit le compañeroministre conseiller, Luís Quesada. L’analyse de nos enquêtes de terrain et l’analyse de toutes les données, alors disponibles, avaient convaincu, en haut lieu, à Miraflores, que pour la capitale, l’alimentation et le logement constituaient deux bombes à retardement pour n’importe quel gouvernement.
Je vous signale, en passant, que nous ne sommes qu’en 2008. Mai-Juin, 2008…Chavez rêvait d’un puissant ministère du logement, pour Haïti, et d’une superstructure équivalente à trois de nos ministères pour l’alimentation.
A l’issue de la réunion, le major Carrillo me présenta au capitaine Juan Prato, commandant du mini-contingent alors en poste à l’Ambassade et impliqué dans la construction du marché. A trois reprises, au cours de nos rencontres ultérieures, le capitaine Prato, de sa tente du Bord de mer, savait avec une effrayante précision microscopique, Qui faisait quoi, avec l’aide détournée, dans chaque corridor d’Haïti. Entre nous, gens de la Caraïbe, qui comprennent vite les choses compliquées, un délicat sourire philosophique terminait la conversation…
De Grand-Ravine à La Saline, en passant par Delmas –au delà de la vitrine–, jusqu’au Canapé-Vert (Rosa et alentours), pendant 21 jours, nous avons apporté le message et la personnalité doctrinale de Hugo Rafael Chavez Frías, efficacement. La plupart de ces cellules sont restées « dormantes », pendant quelques mois, avant de disparaître, purement et simplement. Accompagné d’un jeune ingénieur vénézuélien, apparemment civil, nous avions toujours cru que la quincaillerie politicienne nationale s’intéressait uniquement à l’argent de Chavez, mais pas au chavisme, dans son éruptive complexité émancipatrice.
En quelques jours et sans grand effort mental, j’avais vite compris que l’intérêt solidaire qui se manifestait dans la poitrine de ces officiers (Valero, Carrillo, Prato), envers la République d’Haïti, allait très au-delà des belles photos-souvenirs, généralement sans avenir, donc condamné à ne pas trouverd’écho consistant ou de vis-à-vis sérieux. Quelques jours après cette mémorable mission, les décideurs locaux firent publier une petite note réductrice, au bas d’une page perdue, d’un de nos quotidiens. Enfin ! Et Hélas, plusieurs fois…
Ami lecteur, l’une des rares personnalités solides de cette planète, qui nourrissait des rêves de dignité pour ce qui nous reste de pays, vient de s’éteindre. Nous lui devons une pensée spéciale. Merci pour cette longue minute !
[1]Dr. Carlo A. Désinor, Un
Siècle Au Quotidien, Tome 1. ________________________________ NDCDP-Politique.- Pour lire un résumé de la biographie du Président Hugo Chavez, cliquez sur le lien suivant: Wikipedia/ Hugo Chavez
L'obsession du déficit zéro empêche de réfléchir, croit l'ancien premier ministre.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les étudiants « ne sont pas hors norme, ils ne sont pas hors d’ordre. C’est ridicule de les envoyer paître », estime l’ancien premier ministre Jacques Parizeau.
La gratuité scolaire est une option financièrement réaliste qui doit être discutée dans le cadre du Sommet sur l’enseignement supérieur.
C’est ce que croit l’ex-premier ministre Jacques Parizeau, qui s’explique mal que le gouvernement Marois n’ait pas manifesté une ouverture spontanée au discours des étudiants sur l’abolition des droits de scolarité, une des visées de la création des universités du Québec.
« Est-ce que [la gratuité scolaire] peut se financer ? Eh bien oui, il faut regarder cela », a-t-il affirmé au cours d’une rencontre avec Le Devoir. M. Parizeau, qui a notamment été ministre des Finances et ministre du Revenu du Québec, admet que la question est complexe et qu’elle mérite une analyse sérieuse. Mais selon lui, le sommet qui doit se tenir dans deux semaines est un lieu tout à fait approprié pour lancer cet important « débat de société ».
Il critique indirectement l’attitude du gouvernement Marois par rapport aux demandes des étudiants, lui qui a tergiversé pendant quelques semaines avant de finalement promettre que la question de la gratuité pourra être abordée lors des discussions. « Pendant plus de 20 ans, la société québécoise a fonctionné sur la base d’une gratuité scolaire qui, éventuellement, devait venir quand les frais de scolarité ne devaient plus représenter grand-chose, à cause de l’inflation. Que des jeunes d’aujourd’hui veuillent discuter de ça, eh bien, il y a toute une génération qui a pensé la même chose. Ils ne sont pas hors-norme, ils ne sont pas hors d’ordre. C’est ridicule de les envoyer paître. »
M. Parizeau a ainsi rappelé qu’à la fin des années 60, au moment d’implanter le réseau des universités du Québec, le gouvernement s’était clairement donné comme objectif de tendre, à long terme, vers la réduction à néant des droits de scolarité. Ainsi, au moment de la naissance des polyvalentes et des cégeps, Québec avait décidé que la gratuité serait évidemment la norme au secondaire, mais aussi au collégial. « Mais en arrivant aux universités, on a constaté qu’on n’avait pas assez d’argent pour rendre ça gratuit. C’est ce qu’on voulait, mais on n’avait pas les moyens, a expliqué M. Parizeau, qui était alors conseiller économique du premier ministre Daniel Johnson. On a pris la moyenne des frais de scolarité des universités du Québec à ce moment-là. On a établi le montant des frais à 567 $ partout, on a décidé de le geler et de laisser l’inflation gruger ça. Nous étions tous d’accord, et il y avait un consensus social évident. On voulait laisser l’inflation réduire le fardeau des étudiants. »
Ce gel a été en vigueur de 1968 à 1989. La facture a par la suite été multipliée par trois en quelques années. Depuis, le débat sur la hausse des droits de scolarité refait constamment surface. Le Parti québécois, qui privilégie la voie de l’indexation, juge que la gratuité scolaire n’est tout simplement pas possible, en raison de l’état actuel des finances du Québec. « La gratuité scolaire nous apparaît plus comme un idéal à long terme que comme une mesure concrète dans le contexte actuel », a dit le ministre de l’Enseignement supérieur - et auteur d’une biographie en trois tomes de Jacques Parizeau -, Pierre Duchesne, la semaine dernière.
Se donner les moyens
L’ancien ministre des Finances croit plutôt que le gouvernement devrait mettre de côté l’absolue nécessité de boucler chaque année financière sans le moindre déficit, sans quoi le débat sur le financement des études supérieures ne pourra se faire. « Le déficit zéro bousille tout. À partir du moment où vous fixez l’objectif zéro pour une date butoir et que ça devient une religion, vous cessez de réfléchir. On coupe partout, on ne se pose pas de questions », a-t-il laissé tomber.
Acteur important de la Révolution tranquille, Jacques Parizeau suggère en outre de réfléchir aux moyens que l’État pourrait se donner pour accroître ses revenus. « Pour le financement des universités, si on décide que la gratuité est un objectif à long terme, c’est certain que la contribution des entreprises doit être augmentée », a-t-il souligné. « Par exemple, voulez-vous bien me dire pourquoi on a enlevé la taxe sur le capital au Québec ? Qu’est-ce que ça a donné ? Enlever les taxes pour l’industrie manufacturière, je comprends ça. C’est important pour la maintenir. Mais pour les banques, ça ne crée pas une job. Tout ce que ça fait, c’est transférer de l’argent des contribuables aux actionnaires. »
« Réimposer la taxe sur le capital pour les banques, ça ne me dérangerait pas, a-t-il poursuivi. Et on parle de quelques centaines de millions de dollars. Ce n’est pas rien. C’est au moins deux fois ce que le gouvernement [de Jean Charest] attendait de ses propres hausses. » Pour les seules institutions financières, les revenus pour l’État québécois provenant de cette taxe abolie par les libéraux entre 2007 et 2011 ont déjà représenté plus de 600 millions de dollars. Ce montant représente à lui seul la majorité de la somme nécessaire pour financer la gratuité, selon les diverses évaluations disponibles.
Le rôle de l’université
Au-delà des questions financières, Jacques Parizeau se dit convaincu de la nécessité de réfléchir à la mission des universités. « C’est de ça qu’il faudrait discuter d’abord. On se fixe un objectif, et ensuite, on cherche de l’argent, pas le contraire. À l’heure actuelle, on fait toujours le contraire. » Selon lui, les institutions accordent trop de place à la recherche, au détriment de la mission d’enseignement, à laquelle il faudrait pourtant accorder la priorité. « Quand on dit qu’il faut avoir des professeurs d’excellence, de première qualité, pour rivaliser avec les autres universités, on ne pense pas à l’enseignement ou à la qualité de l’enseignement. On pense à la recherche. »
Il s’oppose par ailleurs à l’idée - défendue par le chef caquiste François Legault et la rectrice sortante de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum - d’instaurer un système universitaire qui distinguerait les grandes universités tournées vers la compétition mondiale de celles plus vouées au développement régional. « C’est proprement insensé, a lancé M. Parizeau. Les petites universités régionales jouent un rôle qui est sans aucune commune mesure avec leur taille. C’est habituellement le plus grand centre culturel de la région. Elles jouent souvent le rôle de levier économique que les grandes entreprises jouaient auparavant quand elles venaient ouvrir une usine ou une mine. »